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1427CO – Denier Cornelia – Lucius Cornelius Lentulus

Avers : Anépigraphe

Tête de Jupiter à droite.

Revers : L LENTVLVS C MARC COS (Lucius Lentulus – Marcellus / Consules, Lucius Lentulus Marcellus consuls)

Statue de culte d’Arthémis d’Ephèse avec les bras tendus avec des bandelettes de laine verticales

Bibliothèque nationale de France 4.06g

1

10+

ATELIER : Asie mineure

Datation 49 avant J.C.

Matière Argent

Gentes : Cornelia et Claudia

Références : RRC 445/3a – B.67 (Cornelia) – Syd.1031b

Ce denier n’est pas seulement une pièce de monnaie ; c’est un manifeste politique frappé dans l’urgence. Émis en 49 av. J.-C. par les consuls L. Cornelius Lentulus Crus et C. Claudius Marcellus, il témoigne de la fracture idéologique de la Rome antique au début de la guerre civile.

Voici une analyse détaillée de son symbolisme et de son contexte.


1. Contexte Historique : La République en Exil

En janvier 49 av. J.-C., Jules César franchit le Rubicon. Pris de court, les deux consuls en titre (Lentulus et Marcellus) et Pompée fuient Rome pour l’Orient.

  • Une monnaie itinérante : Ce denier a été frappé dans un atelier militaire mobile, probablement à Éphèse ou Apollonie.

  • Légitimité contre Force : Pour les consuls, César est un rebelle. En frappant monnaie avec leurs noms et leur titre officiel (COS pour Consul), ils affirment que le véritable gouvernement romain n’est plus à Rome, mais là où ils se trouvent.

2. Symbolisme de l’Avers : Jupiter le Protecteur

L’avers montre la tête de Jupiter, barbu et lauré.

  • Souveraineté : Jupiter est le dieu suprême du panthéon romain (Jupiter Optimus Maximus). Son image rappelle que la cause des Pompéiens est protégée par les dieux et incarne l’ordre traditionnel de la République face à l’insurrection césarienne.

  • Lien avec Rome : Même en exil en Asie Mineure, l’utilisation de Jupiter souligne que les consuls conservent l’autorité religieuse et civile de l’État romain.

3. Symbolisme du Revers : L’Artémis d’Éphèse

Le revers représente la statue cultuelle d’Artémis (Diane) telle qu’elle apparaissait dans son célèbre temple à Éphèse (l’une des Sept Merveilles du monde).

  • Allégeance Locale : Le choix d’une divinité orientale spécifique n’est pas anodin. C’est un message de propagande destiné aux populations d’Asie Mineure. Les consuls avaient besoin de recruter des troupes et de lever des fonds localement ; honorer la grande déesse d’Éphèse était un moyen diplomatique fort de s’assurer le soutien de la région.

  • Syncrétisme : En associant Jupiter (Rome) et Artémis (Orient), la pièce symbolise l’union de l’autorité romaine et des ressources orientales contre César.

Pour ce denier, l’autorité émettrice n’est pas un simple magistrat monétaire (comme c’est souvent le cas sous la République), mais le collège des deux consuls en exercice en 49 av. J.-C. : Lucius Cornelius Lentulus Crus et Gaius Claudius Marcellus.

Cette émission « exceptionnelle » souligne l’état d’urgence de la guerre civile.

1. Lucius Cornelius Lentulus Crus

Issu de la prestigieuse gens Cornelia, Lentulus Crus était un opposant acharné à Jules César.

  • Rôle politique : Élu consul pour l’année 49 av. J.-C. précisément pour contrer les ambitions de César. C’est lui qui, au Sénat, aurait expulsé violemment les tribuns de la plèbe Marc Antoine et Curion, fournissant ainsi à César le prétexte légal pour franchir le Rubicon.

  • Pendant la guerre : Il fuit Rome avec Pompée vers l’Orient (Illyrie/Grèce). C’est durant cet exil qu’il fait frapper ce denier pour financer les légions pompéiennes.

  • Fin de vie : Après la défaite de Pharsale en 48 av. J.-C., il s’enfuit en Égypte. Il y est arrêté et exécuté par les ministres du roi Ptolémée XIII, le lendemain même de l’assassinat de Pompée.

2. Gaius Claudius Marcellus

Membre de la branche plébéienne mais illustre des Claudii Marcelli.

  • Lignage : Il est le frère de Marcus Claudius Marcellus (consul en 51 av. J.-C.). Son choix de mettre un triskèle sur l’avers de la monnaie est un hommage direct à son ancêtre, le célèbre général Marcus Claudius Marcellus, conquérant de Syracuse en Sicile durant la seconde guerre punique.

  • Action militaire : En tant que consul, il commande une partie de la flotte de Pompée. Contrairement à son collègue Lentulus, il survit à la phase initiale du conflit mais s’efface de la scène politique après la victoire définitive de César.


Pourquoi leurs noms sont-ils associés ?

La présence de leurs deux noms (LENT MAR COS) sur le denier est un acte de propagande politique :

  1. Légitimité : Ils affirment que le véritable gouvernement de Rome (les consuls et le Sénat) est avec Pompée, et non avec César à Rome.

  2. Identité Familiale : L’avers célèbre la gloire des Marcelli (Sicile), tandis que le revers avec Jupiter rend hommage aux Cornelii (Jupiter étant une divinité protectrice majeure pour les Lentuli).

Note numismatique : Comme le précise LesDioscures.com, ce denier a probablement été frappé à Apollonie d’Illyrie, qui servait de quartier général aux forces pompéiennes au moment de la frappe.

Variante avec la légende au revers L·LENTVLVS – (MAR) COS

Références : RRC 445/3b – B.66 (Cornelia) – Syd.1031

British Museum 3.96g

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon

L. Cornelius Lentulus Crus. Consul en 705 (49 av. J.-C.)

Ce personnage fut consul en 705, avec C. Claudius Marcellus, et les monnaies que nous allons décrire portent les noms de l’un et de l’autre ; nous avons retraçé la biographie du second à la famille Claudia. Quant à L. Cornelius Lentulus Crus, nous le voyons dès l’an 663 (91 av. J.-C.) parmi les plus ardents accusateurs de P. Clodius qui avait violé les mystères de la Bona Dea ; il est préteur en 696 (58 av. J.-C.), et c’est à cause de son hostilité connue à l’égard de César qu’il fut nommé consul en 705. A l’approche de César il dut quitter Rome avec son collègue; il passa à Dyrrachium, puis en Grèce et en Asie-Mineure, et les monnaies qui portent son nom ont été émises dans les différentes villes que les deux fugitifs traversèrent avec l’armée de Pompée, jusqu’à Pharsale. Les types de ces monnaies le démontrent jusqu’à l’évidence, sans compter que la mention même des consuls sur ces médailles, nous prouve que l émission eut lieu dans des circonstances tout à fait extraordinaires.
Le n. 64, avec la triquetra,emblème de la Sicile, a été frappé dans cette île et rappelle en même temps des souvenirs chers à la famille Claudia. La pièce suivante ayant le même type de revers, doit sortir du même atelier; la lettre Q.qu’elle porte dans le champ,est l’initiale du mot Quaestor, et désigne probablement le questeur Nerius qui mis a son nom sur la pièce n. 68. Enfin, le n. 66 a certainement été frappé à Ephèse, puisqu’il représente la statue célèbre de la Diane adorée dans cette ville. Le questeur Nerius avait quitté Rome en emportant la réserve métallique de l’aerarium de l’Etat, et pendant qu’il se trouvait encore à Capoue, Cassius le somma d’avoir à restituer ces trésors qui devaient subventionner les soldats de Pompée. Après Pharsale, il s ‘enfuit en Egypte où il fut arrêté et il mourut en prison.

Lieux de découverte (4 exemplaires)

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