
1435VI – Denier Vibia – Caius Vibius Pansa
Avers : PANSA
Tête imberbe de Liber à droite, coiffée d’une couronne de vigne.
Revers : C. VIBIVS. C. F. C. N (Caius Vibius Caii filius Caii nepos, Caius Vibius fils de Caius, petit-fils de Caius)
Cérès drapée, marchant à droite, tenant dans chaque main une torche allumée; devant elle, dans le champ, un araire.
INDICE DE RARETE : 4
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ATELIER : Rome
Datation : 48 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Vibia
Références : RRC 449/2 – B.16 (Vibia) – Syd.946
Pour comprendre la portée de ce denier, il faut se replonger dans l’atmosphère de l’année 48 av. J.-C., une période de bascule totale pour la République romaine.
1. Le Contexte Historique : L’Ombre de César
En 48 av. J.-C., la guerre civile entre Jules César et Pompée atteint son paroxysme.
La Victoire de Pharsale : C’est l’année où César bat Pompée en Grèce. Rome est dans une situation précaire, marquée par l’incertitude et les pénuries.
L’ascension de Pansa : Le magistrat monétaire, C. Vibius Pansa, est un partisan acharné de César. En frappant cette monnaie, il cherche à stabiliser l’opinion publique romaine en faveur de son chef.
2. Le Symbolisme des Divinités
Le denier met en scène un duo divin (Liber et Cérès) très cher à la Plèbe (le peuple), par opposition aux divinités plus aristocratiques souvent utilisées par le camp de Pompée.
L’Avers : Liber (Bacchus)
Sens symbolique : Liber est le dieu de la liberté, du vin et de la croissance.
Message politique : Son portrait évoque la « Libertas » retrouvée. En pleine guerre civile, César prétendait défendre la liberté du peuple contre l’oppression du Sénat. Utiliser Liber, c’est affirmer que le camp césarien est celui de la liberté populaire.
Le Revers : Cérès et la Charrue
Sens symbolique : Cérès est la déesse de l’agriculture et des moissons. Elle est représentée ici avec deux torches, cherchant sa fille Proserpine, et accompagnée d’une charrue.
Le retour à l’ordre : La charrue symbolise le retour au travail de la terre et à la paix. Après des années de ravages dus à la guerre, la monnaie promet le retour de l’abondance et la fin de la famine.
Légitimité : La figure de Cérès rappelle que César contrôle désormais les grandes sources de blé (comme l’Égypte après la mort de Pompée), assurant ainsi la subsistance du peuple romain.
3. Synthèse du Message
Ce denier est une promesse de normalisation. En associant la liberté (Liber) à la prospérité retrouvée (Cérès), Pansa envoie un message clair aux citoyens : la victoire de César signifie la fin du chaos, le retour du pain et la protection des droits populaires.
Note numismatique : On remarque que le style de ce denier est particulièrement soigné, ce qui souligne l’importance que les césariens accordaient à la qualité de leur propagande monétaire pour se distinguer des émissions d’urgence souvent plus frustes.
Le monétaire de ce denier, Caius Vibius Pansa Caetronianus, est une figure marquante de la fin de la République romaine. Proche de Jules César, il a joué un rôle clé lors des guerres civiles qui ont mené à la chute de la République.
1. Ses Origines : Un « Homme Nouveau »
Famille : Il appartient à la gens Vibia, une famille d’origine étrusque (de Pérouse). C’est un homo novus (homme nouveau), le premier de sa lignée à atteindre le sommet de l’État romain.
Adoption : Son nom « Caetronianus » indique qu’il est né dans la gens Caetronia avant d’être adopté par un Caius Vibius Pansa (probablement le monétaire de 90 av. J.-C., célèbre pour ses types à la tête d’Apollon).
2. Carrière et Allégeance à César
Compagnon de César : Il sert comme légat sous Jules César pendant la Guerre des Gaules.
Tribun de la plèbe (51 av. J.-C.) : Il utilise son droit de veto pour protéger les intérêts de César contre le parti aristocratique (les Optimates).
Monétaire (48 av. J.-C.) : C’est l’année où il frappe votre denier. À cette époque, il est probablement édile ou préteur. Le choix de Jupiter Axurus sur sa monnaie rappelle les origines de sa famille à Anxur (Terracina).
3. Le Consulat et la Fin Tragique (43 av. J.-C.)
Après l’assassinat de César en 44 av. J.-C., Pansa se retrouve dans une position délicate. Bien que césarien, il se rapproche du Sénat et de Cicéron pour tenter de stabiliser la République.
Consul : Il devient consul en 43 av. J.-C. aux côtés d’Aulus Hirtius.
Bataille de Modène : Il mène les armées du Sénat (aux côtés du jeune Octave, futur Auguste) contre Marc Antoine, qui assiégeait Modène.
Mort au combat : Bien que la campagne soit victorieuse, Pansa est mortellement blessé lors de la bataille de Forum Gallorum. Il meurt quelques jours plus tard, le 23 avril 43 av. J.-C. Son collègue Hirtius étant également tombé, la République se retrouve sans consuls, ouvrant la voie à l’ascension définitive d’Octave.
Anecdote historique : Pansa était réputé pour son éloquence et son caractère modéré. Sur son lit de mort, il aurait conseillé à Octave de se méfier de Cicéron et du Sénat, pressentant que ces derniers l’utiliseraient avant de s’en débarrasser.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
C. Vibius C. f. C. n. Pansa. En 711 (43 av. J.-C.)
Il s’agit de C. Vibius Pansa qui fut consul en 711 avec A. Hirtius. Tribun du peuple en 703 (51 av. J.-C.) et probablement préteur en 706 (48 av. J.-C.), il se montra un ardent partisan de Jules César, qui l’honora de sa confiance et lui donna, en 709 (45 av. J.-C.), le gouvernement de la Gaule Cisalpine. Pansa rentra à Rome l’année suivante, et, en 710, César le fit désigner comme consul avec Hirtius, pour l’an 711 (43 av. J.-C.). En cette année-là, quand la guerre civile fut déclarée, les consuls Hirtius et Pansa se mirent à la tête de l’armée sénatoriale pour aller délivrer Decimus Brutus qui, à ce moment, faisait cause commune avec le sénat et se trouvait assiégé dans Modène par Marc Antoine. Ainsi s’expliquent les monnaies qui portent, à la fois, le nom de D. Brutus et de Pansa. Ce dernier organisa à Rome quatre nouvelles légions qu’il conduisait aux tyrannicides lorsque Antoine vint s’opposer à son passage près de Forum Gallorum (Castel – Franco). Pansa, obligé de se jeter dans la mêlée, fut mortellement blessé : il expira à Bologne quelques jours après. Il résulte de ce qui précède que toutes les monnaies de C. Vibius Pansa n’ont pu être frappées qu’en 711, au cours de la guerre de Modène. Sur le denier n. 16, nous voyons, comme sur les pièces du monétaire précédent, Cérès à la recherche de sa fille Perséphone enlevée par Pluton. Souvent aussi, comme sur le denier n. 17, on représente Cérès dans un bige de dragons.
Jupiter Anxur ou Axur, sur le n. 18, tire son nom de la ville d’Anxur .(Terracine) où il avait un sanctuaire célèbre. Jupiter Anxur, associé à la déesse Féronie, dans le culte de cette ville, était représenté sous les traits d’un jeune homme imberbe, ressemblant beaucoup à Apollon Véjovis, tandis que Féronie avait, de son côté, plus d’un point de contact avec Juno virgo.
Les événements qui s’accomplirent en 711 expliquent d’eux-mêmes les types du n. 20 : Pansa, allié aux tyrannicides, combattait pour Rome et la liberté. Rome assise sur des boucliers est un type déjà usité antérieurement par d’autres monétaires. Les mains jointes, le caducée et Mercure, sur les n. 21 et 22, sont des symboles de paix et étaient les emblèmes particuliers du sénat.
Lieux de découverte (313 exemplaires)