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1453AN – Denier Antia – Caius Antius Restio

Avers : RESTIO 

Tête nue de Caius Antius Restio à droite.

Revers : C. ANTIVS.C.F (Caius Antius Caii Filius, Caius Antius fils de Caius)

Hercule marchant à droite, la léonté sur le bras gauche tenant une massue de la main droite et un trophée de la gauche.

Bibliothèque nationale de France 4.08g

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10+

ATELIER : Rome

Datation 47 avant J.C.

Matière Argent

Gens : Antia

Références : RRC 455/1 – B.1 (Antia) – Syd.970

Ce denier, frappé en 47 av. J.-C., est un chef-d’œuvre de la numismatique romaine qui allie réalisme politique et mythologie familiale. Son symbolisme reflète les tensions et les valeurs d’une République à l’aube de sa transformation en Empire.

Voici une analyse détaillée du symbolisme et du contexte de cette monnaie, avec l’appui des recherches de LesDioscures.com.


1. Le Portrait du Droit : Le Vérisme Républicain

Le portrait de Caius Antius Restio (père du monétaire) est l’un des exemples les plus frappants du style « vériste ». Contrairement à l’idéalisation grecque, le vérisme romain accentue les marques de l’âge (rides, traits émaciés, calvitie).

  • Symbolisme : Ce style véhicule les valeurs de la Gravitas (sérieux) et de l’ Auctoritas (autorité). Il montre un homme qui a consacré sa vie au service de l’État.

  • Contexte Politique : En 47 av. J.-C., Rome est en pleine guerre civile entre les partisans de César et de Pompée. En affichant le portrait de son père, le monétaire Caius Antius Restio fils cherche à légitimer sa position par le prestige de son ascendance, une pratique qui préfigure le culte impérial.

2. Le Revers : Hercule et l’Héritage Mythique

Le revers montre Hercule triomphant, marchant avec une massue et un trophée.

  • Origines Divines : La gens Antia prétendait descendre d’Antiades, fils d’Hercule et d’Aglaé. Comme Jules César qui revendiquait descendre de Vénus, le monétaire utilise Hercule pour affirmer la noblesse « divine » de sa lignée.

  • Hercule Victor : Le trophée porté par Hercule évoque la victoire. Dans le contexte de 47 av. J.-C. (juste après la bataille de Pharsale), cela peut être interprété comme un souhait de retour à l’ordre et à la paix par la force héroïque.

  • Lien avec la Loi : Le père représenté à l’avers était célèbre pour la Lex Antia Sumptuaria (68 av. J.-C.), une loi visant à limiter le luxe des banquets. Hercule, dompteur de monstres et symbole de discipline, renforce cette image de rigueur morale associée à la famille.

Le monétaire responsable de l’émission de cette monnaie est Caius Antius Restio (parfois désigné sous le nom de C. Antius C.f. Restio).

1. Identité et Fonction

  • Nom : Caius Antius Restio.

  • Rôle : Il occupait la fonction de Triumvir Monetalis (magistrat monétaire) en 47 av. J.-C.

  • Contexte : Il frappe cette monnaie durant une période charnière, alors que Jules César consolide son pouvoir après ses victoires en Grèce et en Égypte.

2. Un hommage filial : Le père du monétaire

Contrairement à beaucoup d’autres monétaires qui utilisaient des figures divines ou des ancêtres lointains, Caius Antius Restio choisit de représenter son propre père sur l’avers de la pièce.

  • Caius Antius Restio (le père) : Il fut Tribun de la Plèbe en 68 av. J.-C.

  • La Lex Antia Sumptuaria : Il est célèbre pour avoir fait voter une loi somptuaire stricte visant à limiter les dépenses excessives lors des banquets romains. On raconte qu’il était si intègre qu’il refusa par la suite toute invitation à dîner pour ne pas voir sa propre loi transgressée par les convives.

3. Les revendications de la Gens Antia

À travers cette monnaie, le monétaire cherche à souligner deux piliers de sa famille :

  • La Rigueur Morale : Le portrait réaliste (vériste) de son père rappelle l’austérité et l’intégrité républicaine, des valeurs alors en déclin.

  • L’Origine Divine : Le revers avec Hercule (mentionné précédemment) sert à rappeler que la gens Antia se considérait comme descendante d’Antiades, fils d’Hercule.

4. Positionnement Politique

Bien que peu de détails subsistent sur la carrière ultérieure du monétaire lui-même, son choix iconographique montre une volonté de s’inscrire dans la tradition des grandes familles romaines qui utilisaient le monnayage comme un outil de propagande pour asseoir leur dignitas (prestige) dans une période de guerre civile instable.

Variante sans léonté sur le bras gauche d’Hercule au revers.

Référence : RRC 455/1b

Moins de quinze exemplaires observés.

Numismatica Ars Classica 4.01g

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon

Très ancienne et d’origine plébéienne, la gens Antia compte parmi ses membres les plus illustres, Sp. Antius qui fut envoyé avec trois autres Romains, en qualité d’ambassadeur, à Lar Tolumnius, roi de Véies, l’an 316 (438 av. J.-C.). Les ambassadeurs furent assassinés et, en souvenir de leur malheur, on leur érigea des statues sur le Forum. Plus tard, les membres, de la gens Antia se fabriquèrent une origine étymologique fabuleuse, imitant en cela, la plupart des plus illustres familles de Rome ; ils se prétendirent issus d’Antiades fils d’Hercule et d’Aglaé.
Les Antii comptent, parmi leurs illustrations, le tribun du peuple Antius Restio qui est célèbre par la loi somptuaire qu’il fit décréter en faveur du peuple, peu après le consulat d’Æmilius Lepidus, c’est à- dire vers l’an 680 (74 av. J.-C.) .
Son fils C. Antius Restio est le seul magistrat monétaire qu’ait fourni cette famille ; il exerçait ses fonctions vers les années 705 à 709 (49 à 45 av. J.-C.). Sur ses monnaies, figure le type d’Hercule victorieux sur le brigand Cacus, lors de ses exploits en Italie avant la fondation de Rome, type qui se rapporte à la fois à la mythologie romaine, et à l’origine fabuleuse que s’attribuait la gens Antia; on y voit aussi le portrait du tribun du peuple, pèrè du monétaire, dont nous avons parlé plus haut.
Sur la seconde pièce, on a remplacé la tête du tribun Antius Restio par celles des dieux Pénates, en souvenir de ce que ce tribun, après sa loi somptuaire, avait été obligé de s’exiler et de chercher un refuge à Lavinium, ville où les Pénates étaient honorés d’un culte particulier et avaient un sanctuaire célèbre ; on peut rapprocher leurs deux têtes accolées de celles des Dioscures, qui figurent sur les deniers de Man. Fonteius et de G. Sulpicius; les Pénates et les Dioscures étaient parfois assimilés dans la mythologie romaines.
Si les deux deniers dont nous venons de parler ont pu être émis dans l’atelier du Capitole, il n’en est pas de même des quinaires et des sesterces qui suivent (nos 3, 4, 5, 6 et 7); ces pièces paraissent avoir été frappées en Mysie, où C. Antius Restio, le monétaire, dut exercer une charge importante, par exemple, celle de questeur de l’armée de Pompée, ou même de triumvir monetalis : dans ce cas on pourrait le considérer comme un des magistrats réguliers de Rome forcés de fuir en Orient avec Pompée, à l’approche de César, en 705 (49 av. J.-C.). Les types des quinaires et des sesterces de C. Antius Restio sont copiés sur les types des monnaies autonomes des villes de Mysie. La tête de Diane avec le cerf se voit sur les monnaies de Priapus; le bucrâne avec l’autel allumé est copié les pièces de Parium sur aux mêmes types; le casque figure sur les monnaies de Lampsaque; la chouette se voit sur celles de Sigeum, de Synnada, de Lebedus, etc. Ces rapprochements nous permettent donc d’établir que les monnaies de C. Antius Restio sont sorties d’un atelier de la Mysie. En l’an 711 (43 àv. J.-C.), Restio fut compris sur les listes de proscription des triumvirs, et il ne dut son salut qu’au dévouement d’un de ses esclaves qui lui facilita les moyens de se réfugier en Sicile, auprès de Sextus Pompée.

Lieux de découverte (34 exemplaires)

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