
1461JU – Denier César – Caius Julius Cæsar
INDICE DE RARETE : 3
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ATELIER : Afrique
Datation : 47-46 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Julia
Références : RRC 458/1 – B.10 (Julia) – Syd.1013
Ce denier de Jules César est un chef-d’œuvre de communication politique. Bien plus qu’une simple monnaie de solde, il sert de manifeste idéologique pour légitimer son pouvoir absolu à un moment charnière de la guerre civile.
Voici une analyse approfondie du symbolisme et du contexte qui entourent cette émission.
1. Le Symbolisme : L’Origine Divine et la Pietas
César utilise l’iconographie pour répondre à une question centrale : de quel droit dirige-t-il Rome ? Sa réponse est double : par son sang (Vénus) et par sa vertu (Énée).
L’Avers : Vénus Genetrix
Le portrait de Vénus rappelle que la Gens Julia prétend descendre directement de la déesse via son petit-fils Iule.
Le message : César n’est pas un simple politicien, il est d’essence divine. En tant que « mère » de la lignée, Vénus apporte la victoire (Venus Victrix) et la fécondité au nouvel État que César construit.
Le Revers : Énée, Anchise et le Palladium
L’image d’Énée fuyant Troie en portant son père Anchise et tenant le Palladium (la statuette sacrée de Minerve) est riche en sens :
La Pietas : C’est la vertu romaine par excellence — le respect dû aux dieux, à la patrie et à la famille. En se liant à Énée, César se présente comme l’homme providentiel qui, au milieu du chaos (la guerre civile), sauve les traditions et les dieux de Rome.
La Continuité : Le Palladium symbolise la survie de l’État. En le tenant, Énée (et par extension César) devient le gardien de la destinée de Rome.
Légitimation du nom : Le nom CAESAR est placé verticalement à côté d’Énée, créant une fusion visuelle entre le héros fondateur et le général contemporain.
2. Le Contexte Historique : L’Afrique et Thapsus (47-46 av. J.-C.)
Cette monnaie est frappée par un atelier militaire itinérant lors de la campagne d’Afrique du Nord.
Le dernier carré républicain : Après sa victoire à Pharsale contre Pompée, César doit faire face aux derniers partisans de la République (Scipion et Caton d’Utique) alliés au roi Juba Ier de Numidie.
Financer la guerre : César a besoin de payer ses légions (notamment la fameuse Legio X Equestris) pour s’assurer de leur loyauté avant l’affrontement décisif.
Guerre d’image : Alors que ses adversaires se présentent comme les défenseurs de la « Liberté » et du Sénat, César déplace le débat sur le terrain de la destinée religieuse. Il ne combat pas pour la tyrannie, mais pour accomplir le destin de sa lignée divine.
3. Un tournant numismatique
Ce denier marque une étape vers le culte de la personnalité. Peu de temps après cette émission, César deviendra le premier Romain vivant à faire figurer son propre portrait sur une monnaie (en 44 av. J.-C.), brisant ainsi un tabou séculaire. Ici, il reste encore « modeste » en utilisant ses ancêtres mythologiques, mais le message de domination personnelle est déjà limpide.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
Ce denier a été restitué par Trajan. Le revers forme une pièce hybride avec le droit du denier de Q. Caecilius Metellus Pius (Caecilla, 47). On le trouve également accolé au droit d une pièce qui porte la légende AVGVSTVS, avec la tête d’Auguste.
Les types de cette médaille s’expliquent facilement par les souvenirs légendaires de la gens Julia : nous les avons résumés plus haut. Il n’est pas certain que cette pièce ait été frappée, comme on le prétend généralement, vers l’an 704 (5o av. J.-C.) ; mais elle doit figurer parmi les plus anciennes de Jules César. C’est en 708 (46 av. J.-C.) que César fit bâtir à Vénus Genetrix un temple dont on célébrait chaque année la dédicace le 25 septembre.
Lieux de découverte (541 exemplaires)