
1462CA – Denier Scipion – Quintus Cæcilius Metellus Pius Scipio
Avers : Q. METEL / PIVS (Quintus Metellus Pius, Quintus Metellus pieux)
Tête laurée de Jupiter à droite.
Revers : SCIPIO // IMP (Scipion imperator)
Éléphant passant à droite.
INDICE DE RARETE : 5
1
10+
ATELIER : Afrique
Datation : 47-46 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Caecilia
Références : RRC 459/1 – B.47 (Caecilia) – Syd.1046
L’émission de ce denier s’inscrit dans l’un des moments les plus dramatiques de l’histoire romaine : la phase finale de la guerre civile entre Jules César et les partisans du Sénat (les Pompéiens).
Voici l’analyse détaillée du contexte et de la symbolique de cette pièce.
1. Le Contexte Historique : La Résistance Africaine (47-46 av. J.-C.)
Après la défaite de Pompée à Pharsale et sa mort en Égypte, les chefs de la cause républicaine se regroupent en Afrique du Nord (actuelle Tunisie/Libye). Quintus Caecilius Metellus Pius Scipio, beau-père de Pompée, prend le commandement suprême des forces sénatoriales.
Légitimité Républicaine : Contrairement à César, qui est alors perçu comme un dictateur, Scipion et ses alliés (dont Caton d’Utique) se présentent comme les défenseurs légitimes de la République.
Le Besoin de Numéraire : Cette pièce a été frappée par un atelier militaire itinérant pour payer les légions stationnées en Afrique avant l’affrontement final.
2. La Symbolique de l’Avers : Jupiter le Protecteur
La tête de Jupiter, dieu souverain du panthéon romain, n’est pas choisie au hasard.
Contre la Tyrannie : En invoquant Jupiter Optimus Maximus, Scipion affirme que les dieux sont du côté du Sénat. C’est une réponse directe à César, qui mettait en avant ses origines divines via Vénus.
L’Ordre Établi : Jupiter représente la stabilité des institutions de Rome que Scipion prétend protéger contre l’ambition personnelle d’un seul homme.
3. La Symbolique du Revers : L’Éléphant et l’Héritage
L’éléphant est l’élément le plus iconique de cette monnaie. Il porte une triple signification :
L’Emblème Familial : L’éléphant est le symbole de la gens Caecilia. Il rappelle la victoire de L. Caecilius Metellus lors de la bataille de Panormus (250 av. J.-C.) durant la Première Guerre punique, où il captura les éléphants de guerre carthaginois.
Le Duel de Propagande : César avait déjà frappé un denier célèbre avec un éléphant (RRC 443/1). En reprenant ce motif, Scipion dit en substance : « Le véritable héritier de la gloire de Rome et celui qui maîtrise le terrain africain, c’est moi, pas l’usurpateur. »
La Réalité Militaire : Scipion disposait réellement d’un contingent d’éléphants de guerre fournis par le roi numide Juba Ier. L’image sur la pièce servait donc aussi à intimider les troupes césariennes en rappelant la puissance de feu (ou de piétinement) des Pompéiens.
La Fin d’une Époque
Ce symbolisme n’a pourtant pas suffi. En février 46 av. J.-C., lors de la bataille de Thapsus, les éléphants de Scipion ont paniqué sous les flèches des archers de César, se retournant contre leurs propres lignes. Cette défaite a marqué la fin de la résistance organisée en Afrique.
Le monétaire de ce denier, Quintus Caecilius Metellus Pius Scipio (souvent appelé Métellus Scipion), est l’une des figures les plus aristocratiques et paradoxales de la fin de la République romaine.
Voici les points clés pour comprendre qui il était et pourquoi son nom apparaît sur cette monnaie :
1. Une généalogie prestigieuse (Double héritage)
Il est né Publius Cornelius Scipio Nasica, issu de la prestigieuse branche des Scipions. Cependant, il a été adopté par testament par Quintus Caecilius Metellus Pius (un grand général partisan de Sylla).
Ce croisement fait de lui l’héritier des deux familles les plus puissantes de Rome : les Cornelii Scipiones et les Caecilii Metelli.
Sur ce denier, il signe
Q. METEL PIVSpour honorer son père adoptif, tout en ajoutantSCIPIOpour rappeler sa lignée d’origine.
2. Le gendre et allié de Pompée
Métellus Scipion devient une figure centrale de la politique romaine grâce à ses alliances :
Mariage politique : En 52 av. J.-C., sa fille Cornelia Metella (veuve du fils de Crassus) épouse Pompée le Grand.
Consulat : Pompée le choisit alors comme collègue pour le consulat cette même année afin de stabiliser Rome après les émeutes liées à la mort de Clodius.
3. Le chef des « Optimates » contre César
Il fut l’un des ennemis les plus acharnés de Jules César. C’est lui qui, en janvier 49 av. J.-C., a proposé au Sénat l’ultimatum exigeant que César licencie son armée, déclenchant ainsi la guerre civile.
Commandant militaire : Il commande le centre de l’armée de Pompée à la bataille de Pharsale (48 av. J.-C.).
Imperator en Afrique : Après la défaite, il s’enfuit en Afrique. En raison d’une vieille superstition disant qu’un Scipion était invincible en Afrique, les républicains lui confièrent le commandement suprême contre César.
4. Une personnalité controversée
Malgré son nom illustre, les historiens (y compris César et même certains de ses alliés comme Cicéron) le décrivent souvent comme un chef médiocre, arrogant et parfois cruel.
On raconte qu’il a pillé les temples en Asie et qu’il a géré la province d’Afrique avec une grande dureté pour financer ses troupes.
Sa fin : Après sa défaite à Thapsus en 46 av. J.-C., il tente de fuir par mer vers l’Espagne. Intercepté par la flotte césarienne, il se poignarde. Ses derniers mots célèbres, adressés aux soldats qui lui demandaient où se trouvait le général, furent : « Imperator se bene habet » (« Le général va bien »).
Pourquoi est-il « Monétaire » ?
À cette époque, le titre d’Imperator (présent sur la pièce : SCIPIO IMP) lui donnait le droit de frapper monnaie pour payer ses soldats (la solde). Ce n’est donc pas un « magistrat monétaire » classique de Rome, mais un chef de guerre utilisant son droit de frappe pour soutenir l’effort de guerre républicain.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
Q. Caecilius Metellus Puis Scipio. Imperator en 706-708 (40-46 av J.-C.)
Q. Caecilius Metellus Pius Scipio était fils de P. Cornélius Scipio Nasica préteur en 660 (94 av. J.-C.). Il appartenait donc naissance par sa à la gens Cornelia; mais il fut adopté par Q. Caecilius Metellus Pius, fils de Metellus le Numidique, consul en 674 (80 av. J.C) et dont nous avons donné plus haut les médailles (n°8 à 44). Q. Metellus Pius Scipio est mentionné pour la première fois dans l histoire en 691 (63 av. J.-C.) pour avoir porté, pendant la nuit, à Cicéron une lettre l ‘avertissant de la conspiration de Catilina. En 694 (60 av. J.-C.) il fut tribun du peuple et il brigua victorieusement le consulat en l ‘an 702 (52 av. J.-C.), en concurrence avec Plautius Hypsaeus et Milon. Nommé ensuite gouverneur de Syrie, il se fit remarquer par ses exactions et il avait même projeté de piller le temple de Diane à Ephèse; à la suite d’une expédition contre les populations du mont Amanus, il prit le titre d’imperator qui figure sur ses médailles. Partisan de Pompée, dans la guerre civile, il commandait le centre de l’armée pompéienne à Pharsale ; en 706 (48 av. J.-C.) après la perte de la bataille, il passa en Afrique pour s’allier à Juba roi de Mauritanie; il s’y fit détester comme en Syrie jusqu’au jour où il fut de nouveau battu à Thapsus, en 708 (46 av. J.-C.); il mourut peu après, au moment où il allait tomber entre les mains de ses ennemis.
Les monnaies qui portent son nom et sur lesquelles il prend le titre d’imperator ont été frappées en Afrique, de 706 à 708 (48-46 av. J.-C.), c’est-à-dire pendant son séjour dans cette province, comme lieutenant de Pompée; c’est ce qu’indiquent les pièces qui portent le Génie de l’Afrique. L’éléphant qui figure au revers du premier denier (n. 47) est le symbole de la famille adoptive de Q. Metellus Pius Scipio : on peut croire que le buste en Terme qui figure au droit des n. 47 et 48, représente Jupiter Terminalis ou Terminus, comme le prouvent la tête d’aigle et le sceptre qu’on voit sous ce terme. Ce buste de Jupiter Terminalis se voit aussi sur les monnaies de M. Terentius Varro. Le Génie de l’Afrique qui paraît sur les n. 50 et 51, suffirait, à défaut d’autres renseignements historiques, à établir le lieu d’émission de ces monnaies; c’est à tort que Cohen a interprété la légende par Genio tutelari Ægypti; Q. Metellus Scipion n’a jamais joué aucun rôle en Egypte. Mais il a aussi fait frapper, avant la bataille de Pharsale, des médaillons cistophores dans l’atelier de Pergame; nous n’avons pas à en parler ici, parce que le nom de l’atelier est inscrit sur ces pièces. Nous ajouterons quelques autres détails relatifs à ces monnaies, aux familles Eppia et Licinia auxquelles appartiennent M. Eppius et P. Licinius Crassus Junianus qui ont fait frapper quelques-unes de ces pièces, comme lieutenants de Metellus Scipion.
Lieux de découverte (109 exemplaires)