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1468PO – Denier Porcia – Marcus Porcius Cato Uticensis

Avers : M. CATO PRO. PR / RO(MA) (Marcus Cato Proprætor / Roma, Marcus Caton propréteur / Rome)

Buste d’une femme drapée à droite.

Revers : VIC(TR)IX (Victorieuse)

Victoria (la Victoire) assise à droite, les ailes déployées, tenant une patère de la main droite.

British Museum 3.88g

1

10+

ATELIER : Afrique

Datation 47-46 avant J.C.

Matière Argent

Gens : Porcia

Références : RRC 462/1a – B.10 (Porcia) – Syd.1053

Ce denier, frappé par Caton d’Utique (Cato Minor) en Afrique du Nord vers 47-46 av. J.-C., est un chef-d’œuvre de propagande politique et de piété familiale. À une époque où Jules César s’apprête à instaurer un pouvoir personnel, cette monnaie crie l’attachement aux valeurs républicaines traditionnelles.

Voici l’analyse du symbolisme et du contexte historique de cette émission :

1. Le symbolisme des types (Avers et Revers)

Le choix des images n’est pas une simple décoration ; c’est un message politique clair adressé tant aux soldats qu’aux citoyens romains.

  • L’Avers (Buste de femme – Roma ou Libertas) :

    • Le buste est généralement identifié comme Roma ou Libertas. Dans le contexte de la guerre civile contre César, la figure de la Liberté est cruciale : Caton se présente comme le dernier rempart contre la tyrannie.

    • L’inscription ROMA M•CATO•PRO•PR souligne sa légitimité. Contrairement à César, Caton agit en tant que Propréteur, un magistrat officiel de la République, affirmant que le véritable gouvernement se trouve avec lui en Afrique, et non à Rome sous occupation césarienne.

  • Le Revers (La Victoire assise – VICTRIX) :

    • La Victoire (Victoria) : Elle est représentée assise, tenant une patère (coupe sacrificielle) et une palme. Ce type iconographique est une référence directe à un ancêtre de Caton, M. Porcius Cato, qui avait frappé un denier similaire en 89 av. J.-C. (RRC 343/1).

    • Le message de légitimité : En reprenant le type de son ancêtre, Caton affirme la continuité de la Gens Porcia au service de l’État. La mention VICTRIX (Victorieuse) est un cri de ralliement optimiste (et presque désespéré) avant la confrontation finale.

    • La piété religieuse : La patère symbolise le sacrifice et la reconnaissance envers les dieux, suggérant que la cause républicaine est juste et divinement soutenue.


2. Le Contexte Historique : L’ultime résistance

Cette monnaie est frappée dans les mois précédant la chute de la République « optimat » (le parti sénatorial).

  • Le refuge africain : Après la défaite de Pompée à Pharsale (48 av. J.-C.), les survivants républicains se regroupent à Utique (en Tunisie actuelle). Caton y organise la logistique et finance l’effort de guerre grâce à cette émission monétaire.

  • Le choc des idéologies : Face à la clementia (clémence) de César, que Caton considérait comme une insulte (car seul un maître peut pardonner à ses sujets), ce denier réaffirme la Dignitas et l’indépendance du Sénat.

  • La fin d’un monde : Peu après l’émission de ces pièces, les troupes républicaines sont écrasées à la bataille de Thapsus (avril 46 av. J.-C.). Fidèle à ses principes stoïciens, Caton refuse de survivre à la liberté de Rome et se donne la mort à Utique, devenant ainsi « Caton d’Utique », le martyr éternel de la République.

3. Importance Numismatique

Ce denier est l’une des dernières monnaies purement « républicaines » de l’histoire romaine. 

L’identité du monétaire derrière ce denier est indissociable de l’une des figures les plus héroïques et tragiques de l’histoire romaine : Marcus Porcius Cato, dit Caton d’Utique (ou Caton le Jeune, 95-46 av. J.-C.).

Contrairement aux monétaires habituels de Rome qui étaient souvent de jeunes hommes au début de leur carrière (triumviri monetales), Caton frappe cette monnaie à la fin de sa vie, dans un contexte de guerre civile totale.

1. Qui était le monétaire ?

Caton le Jeune est l’arrière-petit-fils de Caton l’Ancien (le Censeur). Il a hérité de son ancêtre une austérité légendaire, un respect inflexible pour les traditions (mos majorum) et une haine profonde pour l’ambition personnelle, incarnée à ses yeux par Jules César.

  • Son titre sur la pièce : L’inscription PRO•PR signifie Pro-Praetor (Propréteur). C’est un titre officiel qui lui donne l’autorité légale de commander des troupes et de battre monnaie pour les payer.

  • Son rôle en Afrique : Après la défaite républicaine à Pharsale, il refuse de se rendre. Il organise la défense de l’Afrique du Nord depuis la ville d’Utique. Il ne cherche pas le pouvoir pour lui-même : il refuse le commandement suprême au profit de Metellus Scipion (un consul), restant fidèle à la hiérarchie légale de la République.

2. Pourquoi a-t-il frappé cette monnaie ?

Cette émission n’est pas une simple monnaie de circulation, mais une monnaie militaire.

  • Le besoin financier : Il devait payer les soldats des légions républicaines et les auxiliaires numides.

  • La propagande : En frappant son nom et les symboles de la Liberté et de la Victoire, il affirme que la « vraie » Rome n’est pas celle de César, mais celle qui se trouve à Utique.

3. La filiation numismatique

Caton d’Utique a fait un choix délibéré de gravure pour honorer son père. Son propre père, également nommé Marcus Porcius Cato, avait été monétaire en 89 av. J.-C. et avait frappé un quinaire (RRC 343/2) avec des types presque identiques (tête de Liber et Victoire assise).

En reprenant ces types 40 ans plus tard pour ce denier, Caton d’Utique envoie un message de stabilité et de tradition : il se place dans une lignée de défenseurs de l’État qui ne change pas, face au monde instable et révolutionnaire de César.


En résumé : Le « Monétaire Stoïcien »

Le monétaire de ce denier n’est pas un fonctionnaire, c’est un chef de guerre par nécessité et un philosophe stoïcien par conviction. Cette pièce est le dernier témoin métallique de son combat.

Variante 1 Victoria tenant une couronne de laurier de la main droite au revers.

Références : RRC 462/1b – Syd.1053a

British Museum 3.66g

Variante 2 Victoria tenant une patère de la main droite au revers et légende de l’avers M. CATO PRO. PR.

Références : RRC 462/1c – Syd.1052

British Museum 3.89g

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon

M. Porcius Cato. Propréteur, de 706 à 708 (48-46 av. J.-C.)

Il s’agit ici de Caton d’Utique, arrière petit-fils de Caton l’Ancien et fils du monétaire du même nom dont nous avons plus haut étudié le monnayage. Il naquit en 659 (95 av. J.-C.), servit dans la guerre contre Spartacus en 682 (72 av. J.-C.), et cinq ans plus tard, fut envoyé en Macédoine comme tribun militaire. Nommé ensuite questeur, il fit rendre gorge aux agents de Sylla qui s’étaient enrichis au pouvoir, puis, sur l’invitation du roi Déjotare, il partit en Asie: Pompée le reçut à Ephèse avec de grands honneurs. Rentré à Rome, il prêta son concours à Cicéron pour démasquer la conspiration de Catilina, en 691 (63 av. J.-C.). César qui redoutait l’influence de Caton à Rome, le fit envoyer en Chypre avec la mission de substituer dans l’île la domination romaine à celle de l’Egypte. Ami de la liberté avant tout, Caton se montra l’adversaire des triumvirs César, Pompée et Crassus, et son ardeur à défendre L. Domitius Ahenobarbus, le rival de Pompée et de Crassus au consulat de l’an de 699 (55 av. J.-C.), faillit lui être funeste, car il fut blessé dans une échauffourrée et jeté en prison. Ses partisans le délivrèrent et lui firent accorder les honneurs de la préture. Dans la guerre civile entre César et Pompée, Caton suivit le parti de Pompée, comme celui de la justice et de l’équité, d’où ce vers fameux de Lucain :
Victrix causa diis placuit, sed victa Catoni.
Le Sénat envoya Caton avec le titre de propréteur pour défendre la Sicile, mais il fut obligé de quitter l’île et de rejoindre Pompée à Dyrrachium. Pompée vaincu, Caton se mit à la tête des légions cantonnées en Cyrénaïque et voulut rejoindre Scipion, beau-père de Pompée, qui en ce moment tenait toute l’Afrique, grâce à l’appui de Juba, roi de Mauritanie. La rencontre se fit à Utique, et peu après, fut livrée la bataille de Thapsus où Scipion et Caton furent définitivement vaincus. Ce dernier désespéré se perça de son épée, en 708 (46 av. J.-C.).
Les monnaies de Caton d’Utique présentent les mêmes types que celles de son père, et nous n’avons pas à revenir sur leur explication. Mommsen pense qu’elles ont été frappées en Sicile, tandis que Caton était gouverneur ou propréteur de cette île. Elles n’ont pu, dit ce savant, être émises par lui pendant qu’il était en Afrique, quoi qu’en dise M. l’abbé Cavedoni, parce que Caton ne commandait pas en chef dans cette province, et que les pièces frappées dans ces conditions auraient sans doute mentionné également le nom de Scipion qui, en sa qualité de général de l’armée, avait positivement seul le droit de battre monnaie. » Cavedoni, d’autre part, fait remarquer que Caton ne fit que toucher à Syracuse en 705 (49 av. J.-C.), et qu’il abandonna la Sicile aussitôt qu’il se vit menacé par les forces supérieures des partisans de César. « Il n’eut certainement pas alors le temps de battre monnaie, tandis qu’à Utique, qu ‘il avait fortifiée et approvisionnée, il fut pour ainsi dire obligé d’avoir un atelier monétaire, puisqu’il envoyait des sommes considérables avec des vivres et des armes au camp de Scipion. Et comment aurait-il pu, pendant son court séjour en Sicile, faire fabriquer le grand nombre de coins connus des deniers, aussi bien que des quinaires qui portent son nom? L’absence du nom du général en chef ne serait pas, d’après Cavedoni, un fait isolé, puisque sur les monnaies de C. Coponius, préteur en 705 (49 av. J.-C.), il n’est pas fait mention de Pompée, ni des consuls de cette année . Il y a peut-être possibilité de concilier ces deux opinions, en admettant que l’atelier monétaire de Caton le suivait dans ses pérégrinations, qu’il fût propréteur en Sicile ou en Afrique. Il dut, dans l’une et l’autre circonstance, faire frapper monnaie, ce qui était d’urgence pour subvenir aux frais de la guerre. Toutes les espèces frappées du temps de la république, par des chefs militaires, ont de même été émises, dans les villes sucessives où les armées ont été forcées de cantonner.

Lieux de découverte (45 exemplaires)

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