
1469PO – Quinaire Porcia – Marcus Porcius Cato Uticensis
INDICE DE RARETE : 7
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10+
ATELIER : Afrique
Datation : 47-46 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Porcia
Références : RRC 462/2 – B.11 (Porcia)– Syd.1054a
Ce quinaire n’est pas une simple pièce de monnaie ; c’est un outil de propagande politique frappé dans l’urgence des derniers instants de la République romaine.
Voici une analyse approfondie de son symbolisme et du contexte dramatique de sa création.
1. Le Symbolisme iconographique
Caton le Jeune utilise l’imagerie pour réaffirmer les valeurs de la faction des Optimates (les conservateurs) face à la montée du pouvoir personnel de Jules César.
L’Avers : Liber (Bacchus) et la Liberté
Le choix de Liber, dieu de la croissance et de la liberté, est un jeu de mots visuel. À cette époque, Liber est souvent assimilé à Libertas.
En plaçant Liber sur sa monnaie, Caton se positionne comme le gardien de la Libertas républicaine contre la Dominatio (la tyrannie) de César.
Le Revers : Victoire Victrix (La Victoire victorieuse)
La représentation de la Victoire assise tenant une patera (vase sacrificiel) est un rappel direct d’une monnaie frappée par son ancêtre en 89 av. J.-C.
Le message : Caton invoque la légitimité de sa lignée et l’espoir d’une victoire finale sanctionnée par les dieux, malgré une situation militaire désespérée.
2. Contexte Historique : L’ultime résistance (47-46 av. J.-C.)
Ce quinaire est frappé en Afrique du Nord (Utique), après la défaite de Pompée à Pharsale.
L’exil africain : Caton, ayant refusé de se soumettre, rejoint les forces républicaines en Afrique pour organiser une armée avec Metellus Scipion et le roi numide Juba Ier.
La mention PRO PR : La légende
M·CATO·PRO·PRindique son titre de Pro Praetore. Cela souligne qu’il agit au nom de la loi et du Sénat légitime, par opposition à César qu’il considère comme un usurpateur.La tragédie d’Utique : La production de cette monnaie cesse brutalement après la bataille de Thapsus (février 46 av. J.-C.). Voyant la cause perdue, Caton choisit de se donner la mort à Utique plutôt que d’accepter la clémence de César. Ce geste fera de lui le « martyr de la République ».
3. Importance Numismatique
Cette monnaie est essentielle pour les historiens car elle témoigne de la continuité républicaine. En utilisant un type monétaire « familial » (celui de son ancêtre), Caton cherche à prouver que le passé de Rome est de son côté.
Le monétaire responsable de cet émission est l’une des figures les plus emblématiques et inflexibles de l’histoire romaine : Marcus Porcius Cato, plus connu sous le nom de Caton d’Utique (ou Caton le Jeune).
Voici les informations clés sur ce magistrat et son rôle particulier lors de cette émission.
Le Monétaire : Marcus Porcius Cato (95-46 av. J.-C.)
Bien que Caton ait exercé la fonction de questeur en 65 av. J.-C. (où il s’était déjà distingué par une gestion rigoureuse et honnête des finances publiques), il frappe cette monnaie avec le titre de Propréteur (PRO PR).
1. Un profil hors norme
Stoïcien rigoureux : Caton était célèbre pour son austérité, son refus de la corruption et son adhésion stricte aux principes de la philosophie stoïcienne.
Adversaire acharné de César : Il considérait Jules César comme une menace existentielle pour la Constitution républicaine. Il a passé sa carrière à s’opposer aux ambitions du futur dictateur.
Lignage prestigieux : Il est l’arrière-petit-fils de Caton l’Ancien (le Censeur). En frappant le quinaire RRC 462/2, il imite volontairement le type monétaire créé par son ancêtre en 89 av. J.-C., affirmant ainsi que sa lutte s’inscrit dans la pure tradition familiale et romaine.
2. Pourquoi a-t-il frappé monnaie en Afrique ?
Après la défaite de Pompée à Pharsale, Caton prend le commandement d’une partie des troupes républicaines et se replie sur Utique (en actuelle Tunisie).
Rôle financier et logistique : Bien qu’il ait refusé le commandement militaire suprême (le laissant à Metellus Scipion, de rang consulaire), Caton s’est chargé de la défense d’Utique et de l’approvisionnement des troupes.
Nécessité de guerre : La frappe du RRC 462/2 (quinaires et deniers) servait principalement à payer les soldats de l’armée républicaine et à financer la résistance contre César.
3. La mention « PRO PR » (Pro Praetore)
Contrairement aux monétaires habituels de l’atelier de Rome (Tresviri Monetales), Caton signe ici en tant que magistrat en exercice dans une province. Cette mention est capitale : elle revendique la légalité de son autorité. Pour lui, le véritable État romain (le Sénat) se trouvait à Utique, et non à Rome sous l’occupation césarienne.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
M. Porcius Cato. Propréteur, de 706 à 708 (48-46 av. J.-C.)
Il s’agit ici de Caton d’Utique, arrière petit-fils de Caton l’Ancien et fils du monétaire du même nom dont nous avons plus haut étudié le monnayage. Il naquit en 659 (95 av. J.-C.), servit dans la guerre contre Spartacus en 682 (72 av. J.-C.), et cinq ans plus tard, fut envoyé en Macédoine comme tribun militaire. Nommé ensuite questeur, il fit rendre gorge aux agents de Sylla qui s’étaient enrichis au pouvoir, puis, sur l’invitation du roi Déjotare, il partit en Asie: Pompée le reçut à Ephèse avec de grands honneurs. Rentré à Rome, il prêta son concours à Cicéron pour démasquer la conspiration de Catilina, en 691 (63 av. J.-C.). César qui redoutait l’influence de Caton à Rome, le fit envoyer en Chypre avec la mission de substituer dans l’île la domination romaine à celle de l’Egypte. Ami de la liberté avant tout, Caton se montra l’adversaire des triumvirs César, Pompée et Crassus, et son ardeur à défendre L. Domitius Ahenobarbus, le rival de Pompée et de Crassus au consulat de l’an de 699 (55 av. J.-C.), faillit lui être funeste, car il fut blessé dans une échauffourrée et jeté en prison. Ses partisans le délivrèrent et lui firent accorder les honneurs de la préture. Dans la guerre civile entre César et Pompée, Caton suivit le parti de Pompée, comme celui de la justice et de l’équité, d’où ce vers fameux de Lucain :
Victrix causa diis placuit, sed victa Catoni.
Le Sénat envoya Caton avec le titre de propréteur pour défendre la Sicile, mais il fut obligé de quitter l’île et de rejoindre Pompée à Dyrrachium. Pompée vaincu, Caton se mit à la tête des légions cantonnées en Cyrénaïque et voulut rejoindre Scipion, beau-père de Pompée, qui en ce moment tenait toute l’Afrique, grâce à l’appui de Juba, roi de Mauritanie. La rencontre se fit à Utique, et peu après, fut livrée la bataille de Thapsus où Scipion et Caton furent définitivement vaincus. Ce dernier désespéré se perça de son épée, en 708 (46 av. J.-C.).
Les monnaies de Caton d’Utique présentent les mêmes types que celles de son père, et nous n’avons pas à revenir sur leur explication. Mommsen pense qu’elles ont été frappées en Sicile, tandis que Caton était gouverneur ou propréteur de cette île. Elles n’ont pu, dit ce savant, être émises par lui pendant qu’il était en Afrique, quoi qu’en dise M. l’abbé Cavedoni, parce que Caton ne commandait pas en chef dans cette province, et que les pièces frappées dans ces conditions auraient sans doute mentionné également le nom de Scipion qui, en sa qualité de général de l’armée, avait positivement seul le droit de battre monnaie. » Cavedoni, d’autre part, fait remarquer que Caton ne fit que toucher à Syracuse en 705 (49 av. J.-C.), et qu’il abandonna la Sicile aussitôt qu’il se vit menacé par les forces supérieures des partisans de César. « Il n’eut certainement pas alors le temps de battre monnaie, tandis qu’à Utique, qu ‘il avait fortifiée et approvisionnée, il fut pour ainsi dire obligé d’avoir un atelier monétaire, puisqu’il envoyait des sommes considérables avec des vivres et des armes au camp de Scipion. Et comment aurait-il pu, pendant son court séjour en Sicile, faire fabriquer le grand nombre de coins connus des deniers, aussi bien que des quinaires qui portent son nom? L’absence du nom du général en chef ne serait pas, d’après Cavedoni, un fait isolé, puisque sur les monnaies de C. Coponius, préteur en 705 (49 av. J.-C.), il n’est pas fait mention de Pompée, ni des consuls de cette année . Il y a peut-être possibilité de concilier ces deux opinions, en admettant que l’atelier monétaire de Caton le suivait dans ses pérégrinations, qu’il fût propréteur en Sicile ou en Afrique. Il dut, dans l’une et l’autre circonstance, faire frapper monnaie, ce qui était d’urgence pour subvenir aux frais de la guerre. Toutes les espèces frappées du temps de la république, par des chefs militaires, ont de même été émises, dans les villes sucessives où les armées ont été forcées de cantonner.
Lieux de découverte (44 exemplaire)