
1471CO – Denier Cordia – Manius Cordius Rufus
INDICE DE RARETE : 5
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10+
ATELIER : Rome
Datation : 46 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Cordia
Références : RRC 463/3 – B.3 (Cordia) – Syd.977
Ce denier est une pièce majeure de l’année 46 av. J.-C., une période charnière où la République romaine bascule vers le pouvoir personnel de Jules César. Son symbolisme est à la fois religieux, familial et hautement politique.
1. Le Symbolisme Religieux et Politique
Le choix des motifs sur cette pièce n’est pas un hasard ; il s’inscrit dans une stratégie de communication visuelle visant à glorifier le dictateur Jules César.
Vénus Verticordia (Avers) : La tête de Vénus, déesse de l’amour, est ici représentée sous son aspect de Verticordia (« celle qui change les cœurs »). Si ce culte est traditionnellement lié à la chasteté, sa présence sur le denier est un hommage direct à Jules César. Ce dernier affirmait descendre de la déesse par son ancêtre Énée. Frapper Vénus en 46 av. J.-C., c’est affirmer la légitimité divine du pouvoir de César.
Cupidon et le Dauphin (Revers) : L’image de l’Amour (Cupidon) chevauchant un dauphin est un motif classique du cortège de Vénus. Le dauphin, créature marine bienveillante, symbolise ici la protection et la vitesse.
Certains historiens y voient une allusion à la maîtrise des mers par Rome ou aux succès navals de César.
Sur le plan symbolique, l’association Cupidon/dauphin évoque la prospérité et la paix retrouvées après les tourments des guerres civiles.
2. Le Contexte Historique : L’Apogée de César (46 av. J.-C.)
L’année 46 av. J.-C. est fondamentale pour comprendre l’émission de Manius Cordius Rufus :
Le Quadruple Triomphe : César revient à Rome après avoir vaincu les derniers partisans de Pompée à la bataille de Thapsus. Il célèbre quatre triomphes spectaculaires (Gaule, Égypte, Pont, Afrique). La monnaie sert alors à financer ces célébrations et à payer les vétérans.
La Dictature de 10 ans : C’est cette année-là que le Sénat nomme César « Dictateur pour dix ans ». Le titre S·C (Senatus Consulto) présent sur l’avers souligne que, bien que le pouvoir soit concentré entre les mains d’un seul homme, les formes républicaines (le décret du Sénat) sont encore officiellement respectées.
Le Rôle du Monétaire : Manius Cordius Rufus est l’un des triumviri monetales (magistrats responsables de la frappe). Bien que sa famille soit originaire de Tusculum (ville dévouée aux Dioscures), il choisit ici de s’effacer derrière l’iconographie césarienne pour témoigner de son allégeance.
Manius Cordius Rufus est un personnage dont la trace historique repose quasi exclusivement sur sa production monétaire et quelques rares inscriptions. Il appartient à une catégorie de magistrats romains dits « mineurs », mais dont le rôle était crucial pour l’économie et la propagande impériale.
1. Identité et Origine
Nom complet : Mn. Cordius Rufus.
Famille (Gens) : Il appartient à la gens Cordia, une famille plébéienne qui n’avait jamais atteint les plus hautes sphères du pouvoir (le consulat) avant lui.
Origine géographique : Sa famille est originaire de Tusculum (une ancienne cité latine proche de Rome). C’est pour cette raison qu’il choisit les Dioscures sur ses pièces, car ces derniers étaient les divinités protectrices de sa ville natale.
2. Fonction : Triumvir Monétaire
En 46 av. J.-C., il occupe la charge de III VIR AAAFF (Triumvir Auro Argento Aere Flando Feriundo), soit l’un des trois magistrats chargés de la fonte et de la frappe des monnaies de bronze, d’argent et d’or.
Le Collège de 46 av. J.-C. : Il travaillait aux côtés de deux autres monétaires : Titus Carisius et C. Considius Paetus.
Une carrière ascendante : Bien que connu surtout pour ses monnaies, une inscription retrouvée à Tusculum (ILLRP 414) suggère qu’il aurait pu atteindre le rang de Préteur, montrant que sa loyauté envers César a favorisé son ascension sociale.
3. Allégeance Politique
Manius Cordius Rufus est un partisan de Jules César. Son mandat de 46 av. J.-C. coïncide avec l’année où César est nommé Dictateur pour dix ans.
La marque de César : En choisissant de représenter Vénus sur le revers de ses monnaies, il rend hommage à la Gens Julia (la famille de César), qui revendiquait une descendance divine de Vénus.
Le contexte financier : Rufus a supervisé la frappe d’importantes quantités de monnaie pour financer les célébrations des triomphes de César et le paiement des légions après la bataille de Thapsus.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
Manius Cordius Rufus fut triumvir monétaire vers 705, ou peu après (49 av. J.-C.). C’est le seul membre de la famille Cordia qui soit connu, et il faut éviter de confondre ses monnaies avec celles de Mucius Cordus. Cavedoni pense avec raison que Man. Cordius Rufus fut monétaire de Pompée en Orient à cause de la ressemblance de ses monnaies avec les types des médailles du Pont. L’égide de Minerve reproduit le type de pièces de bronze d’Amisus, de Chabacta, de Comana et d’autres villes du Pont ; la chouette se voit sur les pièces d’argent d’Amisus; l’aigle, aux ailes éployées, se rencontre aussi sur des bronzes de la même ville. Ces rapprochements nous donnent la certitude que Man. Cordius Rufus frappa monnaie dans le Pont, peut-être même dans l’atelier d’Amisus. Cela est vrai au moins pour les pièces qui reproduisent les types autonomes des villes du Pont ; quant à celles qui font allusion aux souvenirs de la gens Cordia, peut-être ont-elles été frappées à Rome même ou en Italie, avant la fuite des Pompéiens. Malheureusement on ne connaît que fort imparfaitement le monétaire Man. Cordius Rufus qui n’est cité dans aucun auteur. Cependant, une inscription de Tusculum publié par Borghesi, mentionne un Manius Cordius Rufus fils d’un autre Manius, qui porte les titres de praetor, proconsul, aedilis lusirando monti sacra. C’est probablement le monétaire lui-même, car l’inscription date des dernières années de la période républicaine. On peut croire, en outre, d’après cette inscription trouvée à Tusculum, que la gens Cordia était originaire de cette ville, car le type des Dioscures qui se trouve sur les pièces, est identique à celui des monnaies d’argent de Man. Fonteius et à celui des pièces d’or de L. Sulpicius Rufus sur lesquelles on lit Tusculum. Les tètes de Castor et de Pollux font allusion au culte de ces divinités qui étaient particulièrement en honneur dans la patrie originaire des familles Cordia, Fonteia et Sulpicia.
Vénus tenant une balance et portant Cupidon sur ses épaules est Venus Verticordia ou la chaste. Cette représentation a été rapprochée par M. le baron de Witte d’une peinture de vase qui figure Vénus tenant une balance dans les plateaux de laquelle sont placés des Amours ailés. C’est après l’impudicité de plusieurs Vestales que les Romains élevèrent un temple à Vénus la chaste, pour ramener les femmes à la chasteté et au respect de l’amour conjugal. Le nom de Verlicordia est en même temps une allusion au nom de la famille Cordia.
Lieux de découverte (209 exemplaires)