
1472CO – Quinaire Cordia – Manius Cordius
Avers : (MN)·CORDIVS (Manius Cordius)
Tête de Sol à droite avec couronne radiée. Les rayons de la couronne de Sol divergent (pas parallèles) .
Revers : RVFVS (Rufus)
Aigle debout à droite, tête à gauche.
INDICE DE RARETE : 10+
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10+
ATELIER : Rome
Datation : 46 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Cordia
Références : RRC 463/4a – B.5 (Cordia) – Syd.979
1. Symbolisme Iconographique
L’Avers : Sol (le Soleil)
Identité : La tête radiée de Sol représente la divinité solaire. Le fait que les rayons divergent (au lieu d’être parallèles) est un détail de style typique de cette émission.
Signification : Le Soleil est souvent associé à l’idée de « Sol Invictus » (le Soleil Invaincu) ou au renouveau. En 46 av. J.-C., cela peut symboliser l’aube d’une nouvelle ère sous l’égide de Jules César. Sol est également lié à l’Orient, rappelant peut-être les succès de César contre Pharnace II (la fameuse campagne du « Veni, Vidi, Vici »).
Le Revers : L’Aigle (Aquila)
L’Aigle de Jupiter : L’aigle debout, tournant la tête, est l’oiseau de Jupiter, roi des dieux. C’est le symbole suprême de la puissance de Rome et de l’autorité.
Lien Militaire : C’est aussi l’emblème des légions romaines. Sa présence sur un quinaire renforce la destination militaire de cette monnaie. L’aigle « regardant en arrière » (tête à gauche) est une posture classique dans l’art monétaire pour exprimer la vigilance.
2. Contexte Historique : La Victoire et l’Ordre Nouveau
Le quinaire est frappé en 46 av. J.-C., l’année où César devient « Dictateur pour dix ans ».
Légitimation du pouvoir : L’association de Sol (la lumière, le renouveau) et de l’Aigle (le pouvoir souverain, Jupiter) n’est pas fortuite. Manius Cordius Rufus utilise ces symboles pour souligner que le pouvoir de César est soutenu par les dieux et qu’il apporte la clarté après les ténèbres de la guerre civile.
Les origines de Rufus : Bien que Rufus soit attaché à ses racines de Tusculum, l’utilisation de Sol sur ses monnaies pourrait aussi être un hommage à la famille des Cordii, ou une référence aux réformes du calendrier (le calendrier julien, basé sur le cycle solaire) introduites par César cette année-là.
Manius Cordius Rufus est un personnage dont la trace historique repose quasi exclusivement sur sa production monétaire et quelques rares inscriptions. Il appartient à une catégorie de magistrats romains dits « mineurs », mais dont le rôle était crucial pour l’économie et la propagande impériale.
1. Identité et Origine
Nom complet : Mn. Cordius Rufus.
Famille (Gens) : Il appartient à la gens Cordia, une famille plébéienne qui n’avait jamais atteint les plus hautes sphères du pouvoir (le consulat) avant lui.
Origine géographique : Sa famille est originaire de Tusculum (une ancienne cité latine proche de Rome). C’est pour cette raison qu’il choisit les Dioscures sur ses pièces, car ces derniers étaient les divinités protectrices de sa ville natale.
2. Fonction : Triumvir Monétaire
En 46 av. J.-C., il occupe la charge de III VIR AAAFF (Triumvir Auro Argento Aere Flando Feriundo), soit l’un des trois magistrats chargés de la fonte et de la frappe des monnaies de bronze, d’argent et d’or.
Le Collège de 46 av. J.-C. : Il travaillait aux côtés de deux autres monétaires : Titus Carisius et C. Considius Paetus.
Une carrière ascendante : Bien que connu surtout pour ses monnaies, une inscription retrouvée à Tusculum (ILLRP 414) suggère qu’il aurait pu atteindre le rang de Préteur, montrant que sa loyauté envers César a favorisé son ascension sociale.
3. Allégeance Politique
Manius Cordius Rufus est un partisan de Jules César. Son mandat de 46 av. J.-C. coïncide avec l’année où César est nommé Dictateur pour dix ans.
La marque de César : En choisissant de représenter Vénus sur le revers de ses monnaies, il rend hommage à la Gens Julia (la famille de César), qui revendiquait une descendance divine de Vénus.
Le contexte financier : Rufus a supervisé la frappe d’importantes quantités de monnaie pour financer les célébrations des triomphes de César et le paiement des légions après la bataille de Thapsus.
Variante 3 : Les rayons de la couronne de Sol sont parallèles et l’aigle est debout à gauche; légende à l’avers (MN)·CORDI
Référence : RRC 463/4d
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
Manius Cordius Rufus fut triumvir monétaire vers 705, ou peu après (49 av. J.-C.). C’est le seul membre de la famille Cordia qui soit connu, et il faut éviter de confondre ses monnaies avec celles de Mucius Cordus. Cavedoni pense avec raison que Man. Cordius Rufus fut monétaire de Pompée en Orient à cause de la ressemblance de ses monnaies avec les types des médailles du Pont. L’égide de Minerve reproduit le type de pièces de bronze d’Amisus, de Chabacta, de Comana et d’autres villes du Pont ; la chouette se voit sur les pièces d’argent d’Amisus; l’aigle, aux ailes éployées, se rencontre aussi sur des bronzes de la même ville. Ces rapprochements nous donnent la certitude que Man. Cordius Rufus frappa monnaie dans le Pont, peut-être même dans l’atelier d’Amisus. Cela est vrai au moins pour les pièces qui reproduisent les types autonomes des villes du Pont ; quant à celles qui font allusion aux souvenirs de la gens Cordia, peut-être ont-elles été frappées à Rome même ou en Italie, avant la fuite des Pompéiens. Malheureusement on ne connaît que fort imparfaitement le monétaire Man. Cordius Rufus qui n’est cité dans aucun auteur. Cependant, une inscription de Tusculum publié par Borghesi, mentionne un Manius Cordius Rufus fils d’un autre Manius, qui porte les titres de praetor, proconsul, aedilis lusirando monti sacra. C’est probablement le monétaire lui-même, car l’inscription date des dernières années de la période républicaine. On peut croire, en outre, d’après cette inscription trouvée à Tusculum, que la gens Cordia était originaire de cette ville, car le type des Dioscures qui se trouve sur les pièces, est identique à celui des monnaies d’argent de Man. Fonteius et à celui des pièces d’or de L. Sulpicius Rufus sur lesquelles on lit Tusculum. Les tètes de Castor et de Pollux font allusion au culte de ces divinités qui étaient particulièrement en honneur dans la patrie originaire des familles Cordia, Fonteia et Sulpicia.
Vénus tenant une balance et portant Cupidon sur ses épaules est Venus Verticordia ou la chaste. Cette représentation a été rapprochée par M. le baron de Witte d’une peinture de vase qui figure Vénus tenant une balance dans les plateaux de laquelle sont placés des Amours ailés. C’est après l’impudicité de plusieurs Vestales que les Romains élevèrent un temple à Vénus la chaste, pour ramener les femmes à la chasteté et au respect de l’amour conjugal. Le nom de Verlicordia est en même temps une allusion au nom de la famille Cordia.