LesDioscures.com

1475CA – Denier Carisia – Titus Carisius

Avers : Anépigraphe

Tête de la Sibylle Hérophile (prophétesse) à droite, les cheveux coiffés en chignon.

Revers : T. CARISIVS // III. VIR (Titus Carisius Triumviri, Titus Carisius triumvir monétaire)

Sphinx assis à droite.

British Museum 4.02g

1

10+

ATELIER : Rome

Datation 46 avant J.C.

Matière Argent

Gens : Carisia

Références : RRC 464/1 – B.10 (Carisia) – Syd.983

Ce denier est une pièce maîtresse de la propagande césarienne de la fin de la République romaine. Émis en 46 av. J.-C. par le magistrat monétaire Titus Carisius, il utilise des codes visuels grecs pour légitimer le pouvoir absolu de Jules César.

Voici l’analyse détaillée de son symbolisme et de son contexte historique.


1. Le Symbolisme de l’Iconographie

Le choix des motifs est une référence directe à la cité grecque de Gergis en Troade (région de Troie), dont les monnaies utilisaient déjà ce couple « Sibylle / Sphinx » au IVe siècle av. J.-C.

  • L’Avers : La Sibylle Hérophile

    • Identité : La Sibylle était une prophétesse d’Apollon. Selon la légende, la Sibylle Hérophile serait née à Gergis.

    • Message : En plaçant cette figure sur le denier, Carisius souligne les origines troyennes de la Gens Julia (la famille de César). César affirmait descendre d’Énée, prince troyen et fils de la déesse Vénus. La Sibylle agit ici comme un témoin sacré de cette lignée antique.

  • Le Revers : Le Sphinx

    • Identité : Créature mythologique, le Sphinx est le gardien des secrets et l’emblème de la divination.

    • Lien avec Auguste : Ce symbole est si puissant qu’Octave (le futur Auguste) l’utilisera plus tard comme sceau personnel avant de le remplacer par le portrait de Capricorne. Sur ce denier, il renforce l’aspect prophétique et le destin exceptionnel de César.


2. Le Contexte Historique : L’Apogée de César

L’année 46 av. J.-C. est un tournant crucial pour Rome et pour Jules César :

  • Le Quadruple Triomphe : Après avoir vaincu ses adversaires lors de la guerre civile (notamment à Thapsus en Afrique), César rentre à Rome pour célébrer quatre triomphes simultanés (Gaule, Égypte, Pont et Afrique). La production massive de deniers, dont le RRC 464/1, sert à payer les légions et à financer les festivités.

  • La Réforme du Calendrier : C’est l’année de la mise en place du calendrier julien. Pour rattraper le retard accumulé, l’année 46 dure 445 jours, surnommée l’« année de la confusion ». Le denier de Carisius circule dans une ville en pleine mutation administrative et politique.

  • Titus Carisius, le partisan : Bien que les Carisii soient une famille peu connue, Titus Carisius montre par ce monnayage son allégeance totale à César. En rappelant les racines divines et troyennes du dictateur, il prépare l’opinion publique à l’idée d’un pouvoir quasi-monarchique et sacré.

L’identité exacte de Titus Carisius reste en partie mystérieuse, car il appartient à une famille (gens Carisia) qui n’apparaît dans l’histoire de Rome qu’à la toute fin de la République. Voici ce que l’on sait sur ce magistrat influent :

1. Son rôle de Triumvir Monétaire

En 46 av. J.-C., Titus Carisius occupe la fonction de III VIR AAAFF (Triumvir Auro Argento Aere Flando Feriundo), c’est-à-dire l’un des trois magistrats chargés de la fonte et de la frappe des monnaies d’or, d’argent et de bronze.

  • Il partage ce collège monétaire avec Manius Cordus Rufus et Caius Considius Paetus.

  • Son mandat coïncide avec le retour triomphal de Jules César à Rome après ses victoires en Afrique (bataille de Thapsus).

2. Un fervent partisan de Jules César

Titus Carisius n’est pas un simple fonctionnaire ; son monnayage montre qu’il est un allié politique dévoué à César.

  • À travers ses émissions (comme le denier à la Sibylle ou celui à la Victoire), il participe activement à la construction du culte de la personnalité de César.

  • Il utilise la monnaie comme un outil de propagande pour célébrer le quadruple triomphe de César (Gaule, Égypte, Pont et Afrique).

3. Hypothèses biographiques

Le peu d’informations biographiques à son sujet provient de croisements épigraphiques et historiques :

  • Origines possibles : Une inscription trouvée à Avignon suggère qu’un certain T. Carisius aurait été préteur des Volques (un peuple gaulois). Cela pourrait indiquer que sa famille avait des liens avec la Gaule transalpine, peut-être grâce à la clientèle de César.

  • Confusion historique : Les auteurs anciens (et certains historiens modernes) le confondent souvent avec son fils (ou parent proche), Publius Carisius. Ce dernier fut légat d’Auguste en Espagne et fonda la ville d’Emerita Augusta (Mérida) après avoir vaincu les Astures en 25 av. J.-C.

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon

Les Carisii n’avaient pas de cognomen, et leur famille n’apparaît dans l’histoire que vers la fin de la République. Les deux seuls membres connus ont frappé monnaie : c’est T. Carisius et P. Carisius, personnages qui ont souvent été confondus par les historiens.

T. Carisius. Monétaire vers l’an 706 (48 av. J.-C.)

Ce personnage fut monétaire sous Jules César; on ne sait à peu près rien de son histoire, et les auteurs anciens l’ont souvent confondu avec son fils P. Carisius, chargé plus tard de faire la guerre en Espagne. Toutefois, une inscription de l’époque de la République, trouvée à Avignon et conservée au musée de cette ville porte : T. CARISIVS. T. F, PR. VOLCAR. DAT. Ce T. Carisius, préteur des Volkes, est probablement notre monétaire.Sur ses médailles, nombreuses et intéressantes, il prend quelquefois le titre de triumvir monetalis, avec la mention senatus consulto. Sur le n. 1, on voit la tête de Junon Moneta, déesse dans le temple de laquelle était établi l’atelier monétaire de Rome; au revers, sont gravés les emblèmes de la charge de monétaire : le coin, les tenailles, l’enclume et le marteau. Le coin monétaire, de forme conique, est entouré d’une couronne de laurier, comme le bonnet de Vulcain qu’on voit sur des monnaies italiotes ou étrusques d’Æsernia, d’Ariminum, de Populonia. Des coins monétaires de l’époque impériale, conservés au Cabinet de France, ont une forme à peu près identique.
Le buste de la Victoire, ainsi que son char trainé par deux ou quatre coursiers, font allusion aux triomphes de Jules-César, comme le sceptre, le globe, le sphinx, la corne d’abondance et le gouvernail rappellent sa puissance (V. Julia). Le quinaire n. 6 nous représente la dea Roma assise sur des boucliers, dans une position à peu près analogue à celle qu’elle a au revers du dernier anonyme décrit p. 72, du denier qui porte les trois noms de C. Malleolus, L. Metellus et A. Albinus, et enfin de la pièce des Locriens. Les sesterces (n. 7, 8 et 9) sont consacrés à Diane chasseresse. On a donné le nom de Sibylle à la tête des deniers 10 et II; pourtant cette tête n’est pas semblable à la Sibylle qui figure au droit du denier de L. Manlius Torquatus; le sphinx du revers, qui peut symboliser l’ambiguïté des paroles prophétiques de la Sibylle, est pareil au sphinx qu’on verra plus tard sur des monnaies d’Auguste. On n’a pas encore réussi à expliquer d’une manière satisfaisante la présence de la Sibylle et du Sphinx sur les monnaies de T. Carisius. On pourrait supposer qu’un des ancêtres de ce monétaire fut un des quindccimviri chargés de la garde des livres sibyllins, ou que ces types rappellent quelque oracle célèbre.
Remarquons encore que la tête de cette prétendue Sibylle se voit au revers des deniers de L. Valerius Acisculus, et qu’on la regarde alors, soit comme Valeria Luperca, soit comme la Junon de Faléries dont Valeria Luperca avait été prêtresse.

Lieux de découverte (148 exemplaires)

Cet article vous a été utile?Votre avis peut permettre a améliorer ce site, merci!