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1477CA – Denier Carisia – Titus Carisius

Avers : ROMA

Tête de Roma casquée à droite, coiffée du casque Attique.

Revers : T. CARISI (Titus Carisius)

Corne d’abondance placée sur un globe entre un sceptre à gauche et un gouvernail à droite, couronne de laurier en bordure.

British Museum 3.93g

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10+

ATELIER : Rome

Datation 46 avant J.C.

Matière Argent

Gens : Carisia

Références : RRC 464/3a – B.4 (Carisia) – Syd.984

Le symbolisme du denier de Titus Carisius (RRC 464/3) est indissociable du climat politique de l’année 46 av. J.-C., une période charnière où Jules César, après sa victoire à Thapsus, assoit son pouvoir absolu à Rome.

Selon les analyses disponibles sur LesDioscures.com, voici le détail de la symbolique et du contexte historique de cette monnaie :

1. Un message de domination universelle

L’association des éléments sur le revers (globe, sceptre, gouvernail) forme une allégorie de la « Maestas » (la majesté) et de la mainmise de Rome sur le monde connu :

  • Le Globe : Il symbolise l’écoumène (la terre habitée). C’est l’un des premiers usages monétaires du globe pour affirmer que la puissance de Rome n’a plus de frontières.

  • Le Sceptre et le Gouvernail : Le sceptre représente le pouvoir souverain sur terre, tandis que le gouvernail symbolise la maîtrise des mers et la direction du destin de l’État (la « barque » de Rome).

  • La Victoire de César : Ce message souligne que, sous l’égide de César, Rome contrôle désormais l’équilibre du monde entier, tant sur le plan militaire que civil.

2. La promesse de l’Âge d’Or (La Prospérité)

  • La Cornucopie (Corne d’abondance) : Placée au centre, elle est le symbole de l’abondance et de la Felicitas (la félicité publique). Après des années de guerres civiles sanglantes, César veut projeter l’image d’un retour à la paix et à la richesse.

  • La Couronne de Laurier : Elle entoure l’ensemble du motif, rappelant le triomphe militaire perpétuel. En 46 av. J.-C., César célèbre d’ailleurs ses quatre triomphes (Gaulle, Égypte, Pont, Afrique).

3. Le Contexte Historique : L’année des réformes

L’émission de Titus Carisius intervient au moment où César est nommé dictateur pour dix ans.

  • Propagande monétaire : Contrairement aux monnaies républicaines plus anciennes qui célébraient les ancêtres du magistrat, les émissions de Carisius sont entièrement dévouées à la gloire de César.

  • Réorganisation du monnayage : Cette période voit une augmentation massive de la production de monnaie pour payer les légions et financer les grands travaux à Rome. Le choix de la tête de Roma à l’avers réaffirme l’identité républicaine de la cité, même si le pouvoir réel est devenu personnel.

En résumé

Ce denier est un outil de communication politique sophistiqué. Il ne se contente pas d’être une unité de valeur ; il est un manifeste affirmant que la domination romaine (le sceptre et le gouvernail) sur le monde (le globe) apporte la paix et la richesse (la corne d’abondance) sous la protection de la Victoire (le laurier).

L’identité exacte de Titus Carisius reste en partie mystérieuse, car il appartient à une famille (gens Carisia) qui n’apparaît dans l’histoire de Rome qu’à la toute fin de la République. Voici ce que l’on sait sur ce magistrat influent :

1. Son rôle de Triumvir Monétaire

En 46 av. J.-C., Titus Carisius occupe la fonction de III VIR AAAFF (Triumvir Auro Argento Aere Flando Feriundo), c’est-à-dire l’un des trois magistrats chargés de la fonte et de la frappe des monnaies d’or, d’argent et de bronze.

  • Il partage ce collège monétaire avec Manius Cordus Rufus et Caius Considius Paetus.

  • Son mandat coïncide avec le retour triomphal de Jules César à Rome après ses victoires en Afrique (bataille de Thapsus).

2. Un fervent partisan de Jules César

Titus Carisius n’est pas un simple fonctionnaire ; son monnayage montre qu’il est un allié politique dévoué à César.

  • À travers ses émissions (comme le denier à la Sibylle ou celui à la Victoire), il participe activement à la construction du culte de la personnalité de César.

  • Il utilise la monnaie comme un outil de propagande pour célébrer le quadruple triomphe de César (Gaule, Égypte, Pont et Afrique).

3. Hypothèses biographiques

Le peu d’informations biographiques à son sujet provient de croisements épigraphiques et historiques :

  • Origines possibles : Une inscription trouvée à Avignon suggère qu’un certain T. Carisius aurait été préteur des Volques (un peuple gaulois). Cela pourrait indiquer que sa famille avait des liens avec la Gaule transalpine, peut-être grâce à la clientèle de César.

  • Confusion historique : Les auteurs anciens (et certains historiens modernes) le confondent souvent avec son fils (ou parent proche), Publius Carisius. Ce dernier fut légat d’Auguste en Espagne et fonda la ville d’Emerita Augusta (Mérida) après avoir vaincu les Astures en 25 av. J.-C.

Variante 1 : Tête de Rome, à droite, coiffée du casque phrygien.

Référence : RRC 464/3b

American Numismatic Society 4.27g
American Numismatic Society 4.27g

Variante 2 : Tête de Rome à droite.

Référence : RRC 464/3c

British Museum 3.67g

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon

Les Carisii n’avaient pas de cognomen, et leur famille n’apparaît dans l’histoire que vers la fin de la République. Les deux seuls membres connus ont frappé monnaie : c’est T. Carisius et P. Carisius, personnages qui ont souvent été confondus par les historiens.

T. Carisius. Monétaire vers l’an 706 (48 av. J.-C.)

Ce personnage fut monétaire sous Jules César; on ne sait à peu près rien de son histoire, et les auteurs anciens l’ont souvent confondu avec son fils P. Carisius, chargé plus tard de faire la guerre en Espagne. Toutefois, une inscription de l’époque de la République, trouvée à Avignon et conservée au musée de cette ville porte : T. CARISIVS. T. F, PR. VOLCAR. DAT. Ce T. Carisius, préteur des Volkes, est probablement notre monétaire.Sur ses médailles, nombreuses et intéressantes, il prend quelquefois le titre de triumvir monetalis, avec la mention senatus consulto. Sur le n. 1, on voit la tête de Junon Moneta, déesse dans le temple de laquelle était établi l’atelier monétaire de Rome; au revers, sont gravés les emblèmes de la charge de monétaire : le coin, les tenailles, l’enclume et le marteau. Le coin monétaire, de forme conique, est entouré d’une couronne de laurier, comme le bonnet de Vulcain qu’on voit sur des monnaies italiotes ou étrusques d’Æsernia, d’Ariminum, de Populonia. Des coins monétaires de l’époque impériale, conservés au Cabinet de France, ont une forme à peu près identique.
Le buste de la Victoire, ainsi que son char trainé par deux ou quatre coursiers, font allusion aux triomphes de Jules-César, comme le sceptre, le globe, le sphinx, la corne d’abondance et le gouvernail rappellent sa puissance (V. Julia). Le quinaire n. 6 nous représente la dea Roma assise sur des boucliers, dans une position à peu près analogue à celle qu’elle a au revers du dernier anonyme décrit p. 72, du denier qui porte les trois noms de C. Malleolus, L. Metellus et A. Albinus, et enfin de la pièce des Locriens. Les sesterces (n. 7, 8 et 9) sont consacrés à Diane chasseresse. On a donné le nom de Sibylle à la tête des deniers 10 et II; pourtant cette tête n’est pas semblable à la Sibylle qui figure au droit du denier de L. Manlius Torquatus; le sphinx du revers, qui peut symboliser l’ambiguïté des paroles prophétiques de la Sibylle, est pareil au sphinx qu’on verra plus tard sur des monnaies d’Auguste. On n’a pas encore réussi à expliquer d’une manière satisfaisante la présence de la Sibylle et du Sphinx sur les monnaies de T. Carisius. On pourrait supposer qu’un des ancêtres de ce monétaire fut un des quindccimviri chargés de la garde des livres sibyllins, ou que ces types rappellent quelque oracle célèbre.
Remarquons encore que la tête de cette prétendue Sibylle se voit au revers des deniers de L. Valerius Acisculus, et qu’on la regarde alors, soit comme Valeria Luperca, soit comme la Junon de Faléries dont Valeria Luperca avait été prêtresse.

Lieux de découverte (165 exemplaires)

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