
1479CA – Denier Carisia – Titus Carisius
INDICE DE RARETE : 4
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ATELIER : Rome
Datation : 46 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Carisia
Références : RRC 464/5 – B.3 (Carisia) – Syd.985
Ce denier, frappé sous l’autorité du monétaire Titus Carisius en 46 av. J.-C., est une pièce maîtresse pour comprendre la transition de la République romaine vers le pouvoir personnel de Jules César.
Voici une analyse approfondie de sa symbolique et du climat historique de sa création.
1. Un contexte de triomphe et de transition
L’année 46 av. J.-C. est une année charnière. Jules César vient de remporter la bataille de Thapsus contre les partisans de Pompée en Afrique. À son retour à Rome, il célèbre un quadruple triomphe (Gaule, Égypte, Pont et Afrique).
Le financement de la paix : Cette émission massive était destinée à financer les dépenses colossales liées aux jeux, aux distributions de blé et surtout aux primes de démobilisation des vétérans des légions césariennes.
Le rôle du monétaire : Titus Carisius était un proche de César. En utilisant son droit de frappe, il ne cherche pas à glorifier sa propre lignée (comme c’était la coutume républicaine), mais à servir l’image du Dictateur.
2. Une symbolique dédiée à la Victoire
Contrairement à d’autres types de la même série montrant les outils de frappe ou la déesse Moneta, ce type est entièrement saturé par la figure de Victoria.
Le buste de la Victoire (Avers) : Son apparition au droit de la pièce remplace les divinités traditionnelles (comme Rome ou Apollon). C’est un message direct : la légitimité du pouvoir en place ne repose plus sur la tradition ancestrale, mais sur le succès militaire constant.
Le Quadrige au galop (Revers) : Le char à quatre chevaux est l’emblème même de la cérémonie du triomphe. En montrant la Victoire tenant une couronne de lauriers dans son char, Carisius souligne que la victoire n’est pas seulement un événement passé, mais un état permanent associé au camp césarien.
La mention S·C (Senatus Consulto) : Bien que César contrôle Rome, la mention « par décret du Sénat » est maintenue. C’est une subtilité politique : elle donne une apparence de légalité républicaine à une monnaie qui sert pourtant les intérêts d’un seul homme.
3. Synthèse de la propagande monétaire
Ce denier fonctionne comme un tract politique circulant de main en main :
| Symbole | Signification Politique |
| Double Victoire | Omniprésence et invincibilité de la cause césarienne. |
| Vitesse du Quadrige | Dynamisme et rapidité d’exécution du pouvoir. |
| Richesse du métal | Garantie de la solvabilité de l’État après les guerres civiles. |
Note numismatique : Ce type est souvent trouvé avec des marques de banquiers, prouvant sa large circulation et son acceptation dans les échanges commerciaux de la fin de la République.
L’identité exacte de Titus Carisius reste en partie mystérieuse, car il appartient à une famille (gens Carisia) qui n’apparaît dans l’histoire de Rome qu’à la toute fin de la République. Voici ce que l’on sait sur ce magistrat influent :
1. Son rôle de Triumvir Monétaire
En 46 av. J.-C., Titus Carisius occupe la fonction de III VIR AAAFF (Triumvir Auro Argento Aere Flando Feriundo), c’est-à-dire l’un des trois magistrats chargés de la fonte et de la frappe des monnaies d’or, d’argent et de bronze.
Il partage ce collège monétaire avec Manius Cordus Rufus et Caius Considius Paetus.
Son mandat coïncide avec le retour triomphal de Jules César à Rome après ses victoires en Afrique (bataille de Thapsus).
2. Un fervent partisan de Jules César
Titus Carisius n’est pas un simple fonctionnaire ; son monnayage montre qu’il est un allié politique dévoué à César.
À travers ses émissions (comme le denier à la Sibylle ou celui à la Victoire), il participe activement à la construction du culte de la personnalité de César.
Il utilise la monnaie comme un outil de propagande pour célébrer le quadruple triomphe de César (Gaule, Égypte, Pont et Afrique).
3. Hypothèses biographiques
Le peu d’informations biographiques à son sujet provient de croisements épigraphiques et historiques :
Origines possibles : Une inscription trouvée à Avignon suggère qu’un certain T. Carisius aurait été préteur des Volques (un peuple gaulois). Cela pourrait indiquer que sa famille avait des liens avec la Gaule transalpine, peut-être grâce à la clientèle de César.
Confusion historique : Les auteurs anciens (et certains historiens modernes) le confondent souvent avec son fils (ou parent proche), Publius Carisius. Ce dernier fut légat d’Auguste en Espagne et fonda la ville d’Emerita Augusta (Mérida) après avoir vaincu les Astures en 25 av. J.-C.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
Les Carisii n’avaient pas de cognomen, et leur famille n’apparaît dans l’histoire que vers la fin de la République. Les deux seuls membres connus ont frappé monnaie : c’est T. Carisius et P. Carisius, personnages qui ont souvent été confondus par les historiens.
T. Carisius. Monétaire vers l’an 706 (48 av. J.-C.)
Ce personnage fut monétaire sous Jules César; on ne sait à peu près rien de son histoire, et les auteurs anciens l’ont souvent confondu avec son fils P. Carisius, chargé plus tard de faire la guerre en Espagne. Toutefois, une inscription de l’époque de la République, trouvée à Avignon et conservée au musée de cette ville porte : T. CARISIVS. T. F, PR. VOLCAR. DAT. Ce T. Carisius, préteur des Volkes, est probablement notre monétaire.Sur ses médailles, nombreuses et intéressantes, il prend quelquefois le titre de triumvir monetalis, avec la mention senatus consulto. Sur le n. 1, on voit la tête de Junon Moneta, déesse dans le temple de laquelle était établi l’atelier monétaire de Rome; au revers, sont gravés les emblèmes de la charge de monétaire : le coin, les tenailles, l’enclume et le marteau. Le coin monétaire, de forme conique, est entouré d’une couronne de laurier, comme le bonnet de Vulcain qu’on voit sur des monnaies italiotes ou étrusques d’Æsernia, d’Ariminum, de Populonia. Des coins monétaires de l’époque impériale, conservés au Cabinet de France, ont une forme à peu près identique.
Le buste de la Victoire, ainsi que son char trainé par deux ou quatre coursiers, font allusion aux triomphes de Jules-César, comme le sceptre, le globe, le sphinx, la corne d’abondance et le gouvernail rappellent sa puissance (V. Julia). Le quinaire n. 6 nous représente la dea Roma assise sur des boucliers, dans une position à peu près analogue à celle qu’elle a au revers du dernier anonyme décrit p. 72, du denier qui porte les trois noms de C. Malleolus, L. Metellus et A. Albinus, et enfin de la pièce des Locriens. Les sesterces (n. 7, 8 et 9) sont consacrés à Diane chasseresse. On a donné le nom de Sibylle à la tête des deniers 10 et II; pourtant cette tête n’est pas semblable à la Sibylle qui figure au droit du denier de L. Manlius Torquatus; le sphinx du revers, qui peut symboliser l’ambiguïté des paroles prophétiques de la Sibylle, est pareil au sphinx qu’on verra plus tard sur des monnaies d’Auguste. On n’a pas encore réussi à expliquer d’une manière satisfaisante la présence de la Sibylle et du Sphinx sur les monnaies de T. Carisius. On pourrait supposer qu’un des ancêtres de ce monétaire fut un des quindccimviri chargés de la garde des livres sibyllins, ou que ces types rappellent quelque oracle célèbre.
Remarquons encore que la tête de cette prétendue Sibylle se voit au revers des deniers de L. Valerius Acisculus, et qu’on la regarde alors, soit comme Valeria Luperca, soit comme la Junon de Faléries dont Valeria Luperca avait été prêtresse.
Lieux de découverte (287 exemplaires)