
1480CA – Quinaire Carisia – Titus Carisius
INDICE DE RARETE : 10+
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ATELIER : Rome
Datation : 46 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Carisia
Références : RRC 464/6 – B.6 (Carisia) – Syd.987
Ce Quinaire de Titus Carisius n’est pas seulement une pièce de monnaie ; c’est un manifeste politique et militaire frappé au cœur d’une année charnière de l’histoire romaine : 46 av. J.-C.
1. Contexte Historique : L’Année des Quatre Triomphes
L’année 46 av. J.-C. marque le retour de Jules César à Rome après sa victoire décisive contre les partisans de Pompée à la bataille de Thapsus (en Afrique).
Le Triomphe de César : Rome célèbre cette année-là un quadruple triomphe sans précédent (Gaule, Égypte, Pont et Afrique).
Le Rôle du Monétaire : Titus Carisius, en tant que triumvir monetalis, est chargé de frapper la monnaie nécessaire pour payer les troupes et financer les festivités. Ses émissions, dont ce quinaire, servent d’outil de propagande pour légitimer le pouvoir du dictateur.
Les Dioscures et la Tradition : Comme le rappelle souvent LesDioscures.com, le nom même de cette période évoque la protection divine de Rome, et le choix des motifs iconographiques sur les petites dénominations comme le quinaire visait à rappeler aux citoyens que la paix retrouvée était le fruit de la victoire militaire.
2. Symbolisme de l’Avers : La Victoire (Victoria)
Le buste de la Victoire est le symbole central de cette émission.
La Légitimité du Vainqueur : À cette époque, la Victoire n’est pas seulement une allégorie abstraite, mais une divinité qui a choisi son camp. En plaçant la Victoire à l’avers, Carisius affirme que les succès de César sont sanctionnés par les dieux.
Le Rameau de Palmier : Souvent présent sur l’épaule de la déesse, il symbolise le triomphe définitif et la fin des hostilités.
3. Symbolisme du Revers : Roma sur les Armes
Le revers montre la déesse Roma assise sur un amas d’armes (boucliers, cuirasses).
La Paix par la Force : Roma assise sur les dépouilles de l’ennemi signifie que la guerre est terminée parce que les ennemis ont été totalement désarmés. C’est l’image de la Pax Romana naissante.
La Domination du Monde : Le sceptre qu’elle tient dans sa main gauche souligne sa souveraineté universelle. Le fait qu’elle repose son pied sur un casque ennemi renforce l’idée de soumission totale des peuples vaincus.
Un Message de Stabilité : Après des années de guerres civiles sanglantes, ce type iconographique rassure la population : Rome est de nouveau maîtresse de son destin, et sa puissance est rétablie sur les ruines de ses adversaires.
L’identité exacte de Titus Carisius reste en partie mystérieuse, car il appartient à une famille (gens Carisia) qui n’apparaît dans l’histoire de Rome qu’à la toute fin de la République. Voici ce que l’on sait sur ce magistrat influent :
1. Son rôle de Triumvir Monétaire
En 46 av. J.-C., Titus Carisius occupe la fonction de III VIR AAAFF (Triumvir Auro Argento Aere Flando Feriundo), c’est-à-dire l’un des trois magistrats chargés de la fonte et de la frappe des monnaies d’or, d’argent et de bronze.
Il partage ce collège monétaire avec Manius Cordus Rufus et Caius Considius Paetus.
Son mandat coïncide avec le retour triomphal de Jules César à Rome après ses victoires en Afrique (bataille de Thapsus).
2. Un fervent partisan de Jules César
Titus Carisius n’est pas un simple fonctionnaire ; son monnayage montre qu’il est un allié politique dévoué à César.
À travers ses émissions (comme le denier à la Sibylle ou celui à la Victoire), il participe activement à la construction du culte de la personnalité de César.
Il utilise la monnaie comme un outil de propagande pour célébrer le quadruple triomphe de César (Gaule, Égypte, Pont et Afrique).
3. Hypothèses biographiques
Le peu d’informations biographiques à son sujet provient de croisements épigraphiques et historiques :
Origines possibles : Une inscription trouvée à Avignon suggère qu’un certain T. Carisius aurait été préteur des Volques (un peuple gaulois). Cela pourrait indiquer que sa famille avait des liens avec la Gaule transalpine, peut-être grâce à la clientèle de César.
Confusion historique : Les auteurs anciens (et certains historiens modernes) le confondent souvent avec son fils (ou parent proche), Publius Carisius. Ce dernier fut légat d’Auguste en Espagne et fonda la ville d’Emerita Augusta (Mérida) après avoir vaincu les Astures en 25 av. J.-C.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
Les Carisii n’avaient pas de cognomen, et leur famille n’apparaît dans l’histoire que vers la fin de la République. Les deux seuls membres connus ont frappé monnaie : c’est T. Carisius et P. Carisius, personnages qui ont souvent été confondus par les historiens.
T. Carisius. Monétaire vers l’an 706 (48 av. J.-C.)
Ce personnage fut monétaire sous Jules César; on ne sait à peu près rien de son histoire, et les auteurs anciens l’ont souvent confondu avec son fils P. Carisius, chargé plus tard de faire la guerre en Espagne. Toutefois, une inscription de l’époque de la République, trouvée à Avignon et conservée au musée de cette ville porte : T. CARISIVS. T. F, PR. VOLCAR. DAT. Ce T. Carisius, préteur des Volkes, est probablement notre monétaire.Sur ses médailles, nombreuses et intéressantes, il prend quelquefois le titre de triumvir monetalis, avec la mention senatus consulto. Sur le n. 1, on voit la tête de Junon Moneta, déesse dans le temple de laquelle était établi l’atelier monétaire de Rome; au revers, sont gravés les emblèmes de la charge de monétaire : le coin, les tenailles, l’enclume et le marteau. Le coin monétaire, de forme conique, est entouré d’une couronne de laurier, comme le bonnet de Vulcain qu’on voit sur des monnaies italiotes ou étrusques d’Æsernia, d’Ariminum, de Populonia. Des coins monétaires de l’époque impériale, conservés au Cabinet de France, ont une forme à peu près identique.
Le buste de la Victoire, ainsi que son char trainé par deux ou quatre coursiers, font allusion aux triomphes de Jules-César, comme le sceptre, le globe, le sphinx, la corne d’abondance et le gouvernail rappellent sa puissance (V. Julia). Le quinaire n. 6 nous représente la dea Roma assise sur des boucliers, dans une position à peu près analogue à celle qu’elle a au revers du dernier anonyme décrit p. 72, du denier qui porte les trois noms de C. Malleolus, L. Metellus et A. Albinus, et enfin de la pièce des Locriens. Les sesterces (n. 7, 8 et 9) sont consacrés à Diane chasseresse. On a donné le nom de Sibylle à la tête des deniers 10 et II; pourtant cette tête n’est pas semblable à la Sibylle qui figure au droit du denier de L. Manlius Torquatus; le sphinx du revers, qui peut symboliser l’ambiguïté des paroles prophétiques de la Sibylle, est pareil au sphinx qu’on verra plus tard sur des monnaies d’Auguste. On n’a pas encore réussi à expliquer d’une manière satisfaisante la présence de la Sibylle et du Sphinx sur les monnaies de T. Carisius. On pourrait supposer qu’un des ancêtres de ce monétaire fut un des quindccimviri chargés de la garde des livres sibyllins, ou que ces types rappellent quelque oracle célèbre.
Remarquons encore que la tête de cette prétendue Sibylle se voit au revers des deniers de L. Valerius Acisculus, et qu’on la regarde alors, soit comme Valeria Luperca, soit comme la Junon de Faléries dont Valeria Luperca avait été prêtresse.