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1486CO – Denier Considia – Caius Considius Pætus

Avers : Anépigraphe

Buste de Minerve à droite, coiffée du casque corinthien à cimier et à aigrette, avec l’égide sur la poitrine.

Revers : C. CONSIDI (Caii Considii)

Victoria (la Victoire) dans un quadrige galopant à droite, tenant une couronne de la main droite, une palme et les rênes de la main gauche.

British Museum 3.94g

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10+

ATELIER : Rome

Datation 46 avant J.C.

Matière Argent

Gens : Considia

Références : RRC 465/5 – B.5 (Considia) – Syd.994

Ce denier de C. Considius Paetus est une pièce fascinante qui s’inscrit dans une période charnière de l’histoire romaine. En 46 av. J.-C., Rome n’est plus la République équilibrée d’autrefois ; elle est sous le contrôle de Jules César, qui vient de remporter la bataille de Thapsus contre les partisans de Pompée.

Voici l’analyse du symbolisme et du contexte historique de cette monnaie.


Symbolisme Iconographique

Le choix des images sur ce denier n’est pas anodin. Il combine la protection divine de l’État et la célébration du triomphe militaire.

  • L’Avers : Minerve et l’Égide

    • Minerve : Déesse de la sagesse, mais aussi de la guerre stratégique. Contrairement à Mars (la fureur guerrière), Minerve représente la victoire obtenue par l’intelligence et la protection de la cité.

    • L’Égide : Elle porte l’égide, un attribut de protection suprême (souvent partagé avec Jupiter). Cela souligne que la légitimité et la sécurité de Rome sont sous garde divine.

  • Le Revers : La Victoire en Quadrige

    • Le Quadrige : Ce char à quatre chevaux est le symbole par excellence du Triomphe. À cette époque, César célèbre son quadruple triomphe (Gaule, Égypte, Pont et Afrique).

    • La Couronne et la Palme : La Victoire tient ces deux attributs. La couronne de laurier symbolise la gloire et l’honneur, tandis que la palme est le signe de la paix revenue après la victoire.


Contexte Historique (46 av. J.-C.)

L’année 46 av. J.-C. est une année de consolidation pour Jules César. C’est le moment où il réorganise l’État romain (réforme du calendrier julien, lois somptuaires) tout en récompensant ses vétérans.

  1. Le rôle du monétaire (C. Considius Paetus) : Les « monétaires » étaient de jeunes magistrats chargés de la frappe des monnaies. Bien qu’ils aient une certaine liberté dans le choix des motifs, ils devaient s’aligner sur le climat politique. En choisissant la Victoire, Paetus rend hommage aux succès de César sans toutefois tomber dans l’iconographie purement personnelle (comme les pièces montrant les trophées de César lui-même).

  2. Une transition politique : Ce denier appartient à la série « impériale-républicaine ». On y trouve encore les codes de la République (divinités traditionnelles, absence du portrait d’un homme vivant), mais le message est clair : la Victoire est désormais le socle du nouveau régime césarien.

  3. Lien avec la famille Considia : Les monétaires utilisaient souvent leurs ancêtres pour illustrer les pièces. Ici, le lien est plus subtil. La famille Considia cherchait probablement à affirmer sa loyauté envers le nouveau maître de Rome tout en rappelant ses racines républicaines.

Le monétaire C. Considius Paetus (Caius Considius Paetus) est une figure fascinante de la fin de la République, dont l’histoire personnelle illustre parfaitement la politique de clémence de Jules César.

1. Identité et Origines

C. Considius Paetus est identifié par les historiens (notamment Borghesi) comme le fils de Caius Considius Longus.

  • Son père (Considius Longus) : C’était un fervent partisan de Pompée et propréteur en Afrique. Il a farouchement résisté à César, refusant même de lire ses messages de paix. Après la défaite de Thapsus en 46 av. J.-C., Longus a tenté de s’enfuir avec ses trésors mais a été assassiné par ses propres gardes numides.

  • Le pardon de César : Le jeune Paetus se trouvait avec son père en Afrique lors de cette campagne. Contrairement à son père, il a été épargné par César après la victoire de ce dernier.

2. Sa fonction de Monétaire

Paetus est nommé Triumvir Monetalis (membre du collège des trois magistrats chargés de la frappe des monnaies) en 46 av. J.-C., l’année même de la mort de son père et de sa soumission à César.

  • Un acte d’allégeance : La frappe du denier RRC 465/1 est souvent perçue comme un geste de réconciliation. En célébrant les nouveaux honneurs de César (la chaise curule), Paetus montre publiquement sa loyauté envers celui qui lui a laissé la vie sauve.

  • Ses collègues : Il a exercé cette fonction aux côtés de Titus Carisius et Manlius Cordius Rufus, qui ont également frappé des monnaies riches en symbolisme césarien cette année-là.

3. Liens avec Apollonie d’Illyrie

Une hypothèse intéressante, soutenue par l’analyse des styles monétaires, suggère que Paetus aurait pu commencer à frapper monnaie à Apollonie d’Illyrie avant de le faire à Rome.

  • C’est ce qui expliquerait la présence fréquente de la tête d’Apollon sur ses pièces (Avers du 465/1), Apollon étant la divinité tutélaire de cette ville.

  • Cela placerait Paetus au cœur des zones de conflit de la guerre civile avant qu’il ne rejoigne le camp des vaincus en Afrique, puis celui des ralliés à Rome.

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon

C. Considius Paetus. Monétaire en 705 (49 av. J.-C.)

Borghesi a reconnu dans ce monétaire le personnage désigné ainsi par Hirtius : C. Considius filiusi, qui était le fils de C. Considius Longus, propréteur en Afrique et partisan de Pompée. Le monétaire se déclara aussi, comme son père, l’adversaire de César, mais après la bataille de Thapsus en 707 (47 av. J.-C.), il fit sa soumission et obtint son pardon avec le gouvernement d’Hadrumète. Ses monnaies ont été frappées en 705 (49 av. J.-C.) à Apollonie d’Illyrie. Cicéron nous parle des pièces d’argent qu’on fit frapper dans cette ville à cette époque de détresse; C. Considius fuyait avec les partisans de Pompée. Le buste de Pallas et le quadrige de la Victoire, ainsi que la Victoire portant un trophée, expriment évidemment les voeux et les espérances des Pompéiens; la tête de Vénus Erycine fait allusion aux souvenirs de la famille Considia que nous avons signalés plus haut; la chaise curule nous indique que C. Considius Paetus était probablement édile curule à l’époque où il fit frapper monnaie. Quant à la tête laurée à l’aspect féminin qui figure sur les deniers n° 2, 3 et 4, dans laquelle Eckhel a voulu reconnaître Vénus, et d’autres la Liberté, elle est la même divinité que celle qui est figurée sur les deniers de Q. Pomponius Musa et de P. Clodius Turrinus. Borghesi a prouvé que c’était la tête d’Apollon, telle qu’on la voit plus tard sur des monnaies de l’empereur Domitien frappées à Apollonie, le lieu même où C. Considius Paetus a fabriqué ses médailles, et c’est par Apollo que doit être interprétée la lettre A qui figure derrière la tête du dieu sur le denier n° 2. Les collègues de C.Considius Paetus furent Man. Cordius Rufus et Q. Sicinius.

Lieux de découverte (48 exemplaires)

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