
1501PA – Quinaire Papia – Lucius Papius Celsus
Avers : Anépigraphe
Buste de Victoria à droite.
Revers : L PAPIVS / CELSVS (Lucius Papius Celsus)
Femme et serpent se faisant face.
INDICE DE RARETE : 10+
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10+
ATELIER : Rome
Datation : 45 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Papia
Références : RRC 472/3 – B.4 (Papia) – Syd.966
Ce quinaire de Lucius Papius Celsus est une monnaie riche en symbolisme, mêlant les origines familiales du magistrat monétaire à la propagande politique de l’époque de Jules César (45 av. J.-C.).
1. Le Symbolisme de l’Avers : La Victoire
L’avers présente le buste de Victoria (la Victoire).
Propagande Césarienne : En 45 av. J.-C., Rome est sous la dictature de Jules César. Cette année marque sa victoire définitive à la bataille de Munda en Espagne contre les fils de Pompée. La présence de la Victoire sur cette monnaie célèbre les triomphes de César, stabilisant son pouvoir absolu.
Identification possible : Certains numismates, comme Cavedoni, ont suggéré que les traits de la Victoire sur les monnaies de cette période pourraient s’inspirer de Calpurnia, l’épouse de César, renforçant ainsi le lien entre la divinité et la famille du dictateur.
2. Le Symbolisme du Revers : Le Rituel de Lanuvium
Le revers montre une jeune fille nourrissant un serpent. Cette scène n’est pas une simple allégorie de la santé (Salus), mais une référence directe aux racines du monétaire, la gens Papia, originaire de Lanuvium.
Le Mythe de la Grotte : À Lanuvium se trouvait un sanctuaire célèbre dédié à Junon Sospita (Junon la Protectrice). Chaque année, un rituel crucial avait lieu : une jeune fille vierge devait descendre dans une grotte pour offrir un gâteau d’orge à un serpent sacré.
Le Test de Virginité : Si le serpent acceptait la nourriture, la virginité de la jeune fille était prouvée et l’année s’annonçait fertile. Si le serpent refusait, c’était un présage de famine et de malheur pour la cité.
Lien avec Junon Sospita : Bien que Junon n’apparaisse pas directement sur ce quinaire (elle figure sur le denier RRC 472/1 du même monétaire), le serpent est son attribut principal à Lanuvium.
3. Contexte Historique : La Gens Papia et Rome
Identité Familiale : Les monétaires de la République utilisaient souvent les monnaies pour glorifier l’histoire de leur famille ou de leur ville d’origine. En représentant ce rite local, Lucius Papius Celsus souligne l’importance religieuse et l’ancienneté de sa lignée.
Légende de la fondation : Selon Denys d’Halicarnasse, la ville de Lanuvium fut fondée par Énée. D’autres monnaies de Papius Celsus illustrent d’ailleurs la légende de la louve et de l’aigle attisant un feu, un autre épisode lié à la fondation mythique de cette cité.
Le monétaire Lucius Papius Celsus est une figure qui, bien que peu documentée par les textes historiques classiques, a laissé une trace indélébile à travers sa production monétaire de l’année 45 av. J.-C.
Identité et Origines
Gens Papia : Il appartient à la gens Papia, une famille d’origine plébéienne issue de la cité antique de Lanuvium (une ville de la Ligue Latine célèbre pour son temple de Junon Sospita).
Filiation probable : Il est très certainement le fils de Lucius Papius, qui fut lui-même monétaire vers 79 av. J.-C. (auteur du denier dentelé RRC 384/1). Cette continuité familiale explique l’utilisation récurrente des symboles de Lanuvium sur leurs monnaies respectives.
Le surnom « Celsus » : Son cognomen, Celsus, signifie littéralement « élevé » ou « grand », ce qui, à l’origine, désignait probablement un ancêtre de grande taille.
Carrière et Titre
III VIR (Triumvir Monétaire) : Comme l’indique la légende de ses pièces (
CELSVS III VIR), il occupait la fonction de triumvir monetalis (membre d’un collège de trois magistrats chargés de la frappe des monnaies). C’était souvent une première étape prestigieuse dans le cursus honorum pour les jeunes aristocrates romains.Datation (45 av. J.-C.) : Sa magistrature se déroule durant une période charnière, sous la dictature de Jules César, juste après la bataille de Munda.
Pourquoi est-il important ?
L. Papius Celsus illustre parfaitement la manière dont les monétaires romains utilisaient leur charge pour promouvoir leur identité régionale (ici Lanuvium) tout en s’adaptant au climat politique de leur temps (le culte de la victoire césarienne). Ses monnaies sont parmi les plus riches en détails mythologiques de la fin de la République.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
L. Papius Celsus. Monétaire vers 709 (45 av. J.-C.)
Ce monétaire est aussi inconnu que le précédent dont il était peut-être le fils; mais les types de ses médailles sont très intéressants. La louve et l’aigle occupés à attiser le feu se rapportent à la fondation légendaire de Lanuvium, telle qu’elle est racontée par Denys d’Halicarnasse. Tandis qu’Enée, après sa fuite de Troie et son abordage sur les côtes d’Italie, était occupé à bâtir Lanuvium, on vit tout à coup le feu prendre à la forêt voisine. Une louve apportait dans sa gueule des morceaux de bois sec qu’elle jetait dans le brasier, tandis qu’un aigle agitait ses ailes pour activer la flamme. Mais survint maître renard qui plongeant sa queue dans la rivière voisine, s’approcha du foyer qu’il se mit à arroser de son mieux pour éteindre l’incendie et en arrêter les envahissements. On lutta longtemps et l’on fit de part et d’autre des efforts prodigieux; à la fin, le renard fut obligé de céder et il se retira tout confus de devant l’aigle et le loup, fiers de leur triomphe. Enée réfléchit sur ce prodige, et il prédit à ses compagnons que la nouvelle colonie qu’ils fondaient serait illustre, mais qu’elle aurait fort à lutter contre la jalousie de ses voisins qui s’opposeraient de toutes leurs forces à son développement; pourtant, elle finirait par triompher de toutes les rivalités. En souvenir de ce mémorable événement, les habitants de Lanuvium élevèrent, au forum de leur ville, des statues de bronze au loup et à l’aigle qui avaient ainsi fait présager leur destinée future :
Ab agro rava decurrens lupa Lanuvio
dit Horace. Telle est la légende que rappellent les médailles; c’est aussi à Lanuvium que se rapporte la tête de Junon Sospita, comme nous l’avons fait ressortir plus haut. Sur le quinaire, comme sur celui de M. Mettius, une jeune fille donne à manger au serpent consacré à la déesse : ce type est analogue à celui qui représente Hygie ou la déesse de la santé et de la guérison (Salus) nourrissant de même un serpent. Comme on ne connaît pas l’histoire de L. Papius Celsus, il est difficile d’expliquer les autres types de ses monnaies. Cavedoni pense toutefois, non sans raison, que le mot Triumphus et la tête laurée du Triomphe, ainsi que le buste de la Victoire avec les traits de Calpurnia, comme sur le denier de L. Munatius Plancus, désignent les quatre triomphes dont Jules César fut honoré en l’an 708 (46 av. J.-C.) à cause de ses victoires sur les Gaules, l’Egypte, Pharnace et Juba.