
1503LO – Denier Lollia – Marcus Lollius Palicanus
Avers : LIBERTATIS (Libertatis, De la Liberté)
Tête de Libertas (la Liberté) laurée à droite.
Revers : PALIKANVS (Palicanus)
Vue des Rostres sur le Forum surmontées du subsellium (banc de la Tribune).
INDICE DE RARETE : 7
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10+
ATELIER : Rome
Datation : 45 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Lollia
Références : RRC 473/1 – B.2 (Lollia) – Syd.960
Ce denier, frappé par Marcus Lollius Palicanus en 45 av. J.-C., est l’un des documents numismatiques les plus explicites sur les tensions politiques de la fin de la République romaine. À cette époque, Jules César est au sommet de son pouvoir, et l’émission de cette monnaie par un magistrat monétaire est chargée de symboles républicains traditionnels.
1. Le Symbolisme de la Liberté (Avers)
L’avers présente la tête de Libertas. Ce choix n’est jamais anodin à Rome :
La revendication populaire : La déesse Liberté est intimement liée aux droits des citoyens face à l’arbitraire des puissants. En 45 av. J.-C., alors que César exerce une dictature de plus en plus absolue, l’image de Libertas sonne comme une nostalgie ou une protestation silencieuse.
L’héritage familial : Le monnayeur célèbre ici la lignée des Lollii, une famille plébéienne connue pour son opposition aux réformes conservatrices de Sylla.
2. La Tribune et les Rostres (Revers)
Le revers est exceptionnel car il offre une représentation architecturale rare des Rostres (Rostra), la tribune aux harangues située sur le Forum Romain.
Le Subsellium : Sur la tribune, on distingue un banc de bois appelé le subsellium. C’était le siège officiel des Tribuns de la Plèbe. Contrairement à la chaise curule des consuls, ce banc symbolise la protection des citoyens.
Les Éperons de navires : Les arcades de la tribune sont décorées d’éperons de navires capturés (les rostra). Cela rappelle la gloire militaire de Rome, mais surtout le lieu où le peuple s’exprimait souverainement.
Message Politique : En associant la tribune des Tribuns à la Liberté, Palicanus rappelle que la « Liberté » romaine repose sur le droit de parole du peuple et sur le pouvoir d’intercession des Tribuns, pouvoir que Jules César avait d’ailleurs utilisé pour son ascension avant de le marginaliser une fois au pouvoir.
3. Le Contexte Historique : 45 av. J.-C.
L’année 45 av. J.-C. est une année charnière :
La fin de la Guerre Civile : C’est l’année de la bataille de Munda, où César écrase les fils de Pompée en Espagne. À son retour à Rome, il est nommé « Dictateur à vie » (début 44).
La restauration de 70 av. J.-C. : Le père du monnayeur, M. Lollius Palicanus (tribun en 71 av. J.-C.), avait été l’un des principaux artisans de la restauration des pouvoirs des tribuns, que Sylla avait supprimés. Le fils utilise donc ce denier pour rappeler que sa famille a « rendu » la parole au peuple.
Une tension latente : Frapper une monnaie célébrant la liberté et le tribunat au moment même où César concentre tous les pouvoirs montre que l’idéal républicain restait très vivace dans l’esprit des élites romaines, un an seulement avant l’assassinat du dictateur.
Le monétaire Marcus Lollius Palicanus (ou Palikanus) appartient à la gens Lollia, une famille d’origine plébéienne (peut-être samnite) qui a marqué la fin de la République romaine par son attachement aux droits populaires.
Voici les informations clés sur ce personnage et sa lignée :
1. Identité du monétaire (45 av. J.-C.)
Le monétaire de cet émission est identifié comme le fils du célèbre tribun de la plèbe du même nom. À cette époque (45 av. J.-C.), la fonction de monétaire (tresvir monetalis) était souvent occupée par de jeunes hommes issus de familles sénatoriales, servant de tremplin pour leur future carrière politique (cursus honorum).
2. L’héritage de son père (M. Lollius Palicanus, Tribun en 71 av. J.-C.)
La majeure partie du message de la monnaie rend hommage à l’action politique de son père. Ce dernier était un personnage central de la politique « populaire » :
Défenseur de la plèbe : Il fut l’un des principaux artisans du rétablissement des pouvoirs des tribuns de la plèbe, qui avaient été drastiquement réduits par la dictature de Sylla.
Orateur et opposant : Décrit par les sources (comme Valère Maxime ou Cicéron) comme un orateur fougueux, il fut un farouche opposant aux Optimates (la faction conservatrice du Sénat).
Échec au consulat : En 67 av. J.-C., il brigua le consulat, mais le consul en charge des élections, Pison, refusa de proclamer son nom bien qu’il ait reçu les suffrages, le jugeant « indigne » en raison de son passé séditieux.
3. Carrière possible du monétaire
Certains historiens et numismates (comme Crawford ou Babelon) suggèrent que ce monétaire pourrait être le même Marcus Lollius qui devint consul en 21 av. J.-C. sous Auguste :
Proche d’Auguste : Si cette identification est correcte, il aurait été un fidèle de l’empereur, premier gouverneur de la Galatie et plus tard précepteur de Caius César (le petit-fils d’Auguste).
La Clades Lolliana : Ce Marcus Lollius est resté célèbre pour une défaite militaire en Gaule contre les Germains en 16 av. J.-C., où il perdit l’aigle de la Vème Légion.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
Les Lollii n ‘apparaissent pas dans l ‘histoire de Rome avant led ernier siècle de la république. On les croit d’origine samnite parce qu ‘un Samnite du nom de Lollius est mentionné dans la guerre contre Pyrrhus, roi d ‘Epire, en 485 (269 av. J.-C.). Le seul cognomen qu’on rencontre chez les Lollii est Palicanus; il fut porté pour la première fois par M. Lollius Palicanus ou Palikanus, tribun du peuple en 683 (71 av. J.-C.). Orateur médiocre, mais ardent défenseur de la classe plébéienne contre Sylla, il parvint à rendre aux tribuns du peuple leur ancienne puissance et fut un des principaux accusateurs de Verrès.le souvenir de son dévouement à la cause populaire a été conservé sur les médailles. La famille Lollia n’a fourni qu’un seul monétaire, dont le prénom est inconnu. C’était certainement un descendant du fameux tribun, puisque les monnaies sont frappées en son honneur. Ces monnaies qui datent de 709 (4, av. J.-C.) environ, peuvent être attribuées à M. Lollius M. f., probablement fils de Palicanus. et qui devint consul en 733 (21 av. J.-C.). Cinq ans plus tard, nous trouvons ce personnage comme légat en Gaule; il combattit avec succès les tribus germaniques qui avaient franchi le Rhin; toutefois, ayant laissé tomber aux mains de l’ennemi l’aigle de la cinquième légion, Suétone qualifia ainsi cet accident militaire : majoris infamiae quam detrimenti. Il était, paraît-il, sous les ordres de Varus dans sa désastreuse campagne ; il n’en conserva pas moins, dans la suite, l’amitié d’Auguste qui lui confia l’éducation de Caius César. On ignore quel était son cognomen; mais il est probable qu’il s’appelait Palicanus comme son père, si l’attribution de nos monnaies est fondée. La tête de l’Honneur, de la Liberté, de la Félicité et la tablette ou tessère de vote, rappellent le rôle démocratique du tribun de l’an 683. La chaise curule entre deux épis paraît se rapporter à une particularité de la vie de ce tribun qui, s’étant porté, en l’an 687 (67 av. J.-C.), comme candidat au consulat, eût été élu si le président des comices, le consul Pison, n’eût refusé de proclamer son nom : la chaise curule, emblème du consulat, figure sur la monnaie comme protestation contre cette exclusion. La tribune aux harangues rappelle que ce tribun rendit à la puissance tribunitienne son ancien éclat; on y distingue, à la base, les rostres ou éperons de navire qui la décoraient depuis la prise d’Antium en 420 (334 av. J.-C.).
Lieux de découverte (33 exemplaires)