
1505LO – Quinaire Lollia – Marcus Lollius Palicanus
INDICE DE RARETE : 10+
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ATELIER : Rome
Datation : 45 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Lollia
Références : RRC 473/3 – B.3 (Lollia)- Syd.962
Ce quinaire, frappé en 45 av. J.-C. par Marcus Lollius Palicanus, est une monnaie chargée de messages politiques et familiaux. Ce type monétaire s’inscrit dans une série plus large (incluant les deniers 473/1 et 473/2) qui sert de manifeste à la faction des Populares (le parti du peuple) à la fin de la République.
Voici l’analyse du symbolisme et du contexte historique de cette pièce :
1. Symbolisme de l’Avers : Felicitas (ou Libertas)
Le buste représenté est accompagné de la légende FELICITATIS.
La Félicité (Felicitas) : Elle incarne la « bonne fortune » ou la prospérité de l’État. En 45 av. J.-C., après les ravages de la guerre civile entre César et Pompée, ce symbole annonce une ère de paix et de bonheur retrouvés sous l’égide de Jules César.
Lien avec la Liberté : Certaines analyses (notamment sur LesDioscures.com) soulignent la ressemblance stylistique avec la tête de Libertas (la Liberté) présente sur les deniers du même monnayeur. Cela suggère que la prospérité (Felicitas) est vue comme le fruit de la liberté restaurée.
2. Symbolisme du Revers : La Victoire en bige
La légende indique PALIKANVS, le nom du magistrat monétaire.
La Victoire (Victoria) : Elle est représentée sur un char à deux chevaux (bige) au galop. Ce motif classique célèbre les triomphes militaires de Rome.
Propagande Césarienne : L’année 45 av. J.-C. est celle de la bataille de Munda, l’ultime victoire de César sur les fils de Pompée. La monnaie célèbre donc la victoire finale du camp césarien, auquel la famille des Lollii était rattachée.
3. Le Contexte Historique : Une revanche politique
Le monnayeur Marcus Lollius Palicanus utilise ces frappes pour réhabiliter la mémoire de son père, M. Lollius Palicanus (tribun en 71 av. J.-C.).
La défense de la Plèbe : Le père était un partisan acharné de Pompée et un défenseur des droits des tribuns de la plèbe, dont les pouvoirs avaient été réduits par la dictature de Sylla.
L’affront de 67 av. J.-C. : Bien que favori du peuple pour le consulat, sa candidature avait été illégalement rejetée par le consul conservateur Pison. En frappant monnaie en 45 av. J.-C. sous l’autorité de César, le fils affirme la légitimité de sa lignée et la victoire définitive des idées démocratiques sur l’ancienne oligarchie sénatoriale.
Transition vers l’Empire : Cette pièce illustre la transition où les grandes familles romaines utilisent la monnaie non plus seulement pour l’État, mais pour leur propre promotion politique, un usage qui deviendra systématique sous l’Empire.
Le monétaire Marcus Lollius Palicanus (ou Palikanus) appartient à la gens Lollia, une famille d’origine plébéienne (peut-être samnite) qui a marqué la fin de la République romaine par son attachement aux droits populaires.
Voici les informations clés sur ce personnage et sa lignée :
1. Identité du monétaire (45 av. J.-C.)
Le monétaire de cet émission est identifié comme le fils du célèbre tribun de la plèbe du même nom. À cette époque (45 av. J.-C.), la fonction de monétaire (tresvir monetalis) était souvent occupée par de jeunes hommes issus de familles sénatoriales, servant de tremplin pour leur future carrière politique (cursus honorum).
2. L’héritage de son père (M. Lollius Palicanus, Tribun en 71 av. J.-C.)
La majeure partie du message de la monnaie rend hommage à l’action politique de son père. Ce dernier était un personnage central de la politique « populaire » :
Défenseur de la plèbe : Il fut l’un des principaux artisans du rétablissement des pouvoirs des tribuns de la plèbe, qui avaient été drastiquement réduits par la dictature de Sylla.
Orateur et opposant : Décrit par les sources (comme Valère Maxime ou Cicéron) comme un orateur fougueux, il fut un farouche opposant aux Optimates (la faction conservatrice du Sénat).
Échec au consulat : En 67 av. J.-C., il brigua le consulat, mais le consul en charge des élections, Pison, refusa de proclamer son nom bien qu’il ait reçu les suffrages, le jugeant « indigne » en raison de son passé séditieux.
3. Carrière possible du monétaire
Certains historiens et numismates (comme Crawford ou Babelon) suggèrent que ce monétaire pourrait être le même Marcus Lollius qui devint consul en 21 av. J.-C. sous Auguste :
Proche d’Auguste : Si cette identification est correcte, il aurait été un fidèle de l’empereur, premier gouverneur de la Galatie et plus tard précepteur de Caius César (le petit-fils d’Auguste).
La Clades Lolliana : Ce Marcus Lollius est resté célèbre pour une défaite militaire en Gaule contre les Germains en 16 av. J.-C., où il perdit l’aigle de la Vème Légion.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
Les Lollii n ‘apparaissent pas dans l ‘histoire de Rome avant le dernier siècle de la république. On les croit d’origine samnite parce qu ‘un Samnite du nom de Lollius est mentionné dans la guerre contre Pyrrhus, roi d ‘Epire, en 485 (269 av. J.-C.). Le seul cognomen qu’on rencontre chez les Lollii est Palicanus; il fut porté pour la première fois par M. Lollius Palicanus ou Palikanus, tribun du peuple en 683 (71 av. J.-C.). Orateur médiocre, mais ardent défenseur de la classe plébéienne contre Sylla, il parvint à rendre aux tribuns du peuple leur ancienne puissance et fut un des principaux accusateurs de Verrès le souvenir de son dévouement à la cause populaire a été conservé sur les médailles. La famille Lollia n’a fourni qu’un seul monétaire, dont le prénom est inconnu. C’était certainement un descendant du fameux tribun, puisque les monnaies sont frappées en son honneur. Ces monnaies qui datent de 709 (4, av. J.-C.) environ, peuvent être attribuées à M. Lollius M. f., probablement fils de Palicanus. et qui devint consul en 733 (21 av. J.-C.). Cinq ans plus tard, nous trouvons ce personnage comme légat en Gaule; il combattit avec succès les tribus germaniques qui avaient franchi le Rhin; toutefois, ayant laissé tomber aux mains de l’ennemi l’aigle de la cinquième légion, Suétone qualifia ainsi cet accident militaire : majoris infamiae quam detrimenti. Il était, paraît-il, sous les ordres de Varus dans sa désastreuse campagne ; il n’en conserva pas moins, dans la suite, l’amitié d’Auguste qui lui confia l’éducation de Caius César. On ignore quel était son cognomen; mais il est probable qu’il s’appelait Palicanus comme son père, si l’attribution de nos monnaies est fondée. La tête de l’Honneur, de la Liberté, de la Félicité et la tablette ou tessère de vote, rappellent le rôle démocratique du tribun de l’an 683. La chaise curule entre deux épis paraît se rapporter à une particularité de la vie de ce tribun qui, s’étant porté, en l’an 687 (67 av. J.-C.), comme candidat au consulat, eût été élu si le président des comices, le consul Pison, n’eût refusé de proclamer son nom : la chaise curule, emblème du consulat, figure sur la monnaie comme protestation contre cette exclusion. La tribune aux harangues rappelle que ce tribun rendit à la puissance tribunitienne son ancien éclat; on y distingue, à la base, les rostres ou éperons de navire qui la décoraient depuis la prise d’Antium en 420 (334 av. J.-C.).