
1508VA – Denier Valeria – Lucius Valerius Acisculus
Avers : ACISCVLVS
Tête d’Apollon Soranus (Apollon du destin), diadémée à droite, surmonté d’une étoile; derrière, une petite pioche (Acisculus), le tout dans une couronne de laurier.
Revers : L. VALERIVS (Lucius Valerius)
Hibou à la tête d’homme casquée à droite portant un bouclier et une lance.
INDICE DE RARETE : 8
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10+
ATELIER : Rome
Datation : 45 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Valeria
Références : RRC 474/2a – B.18 (Valeria)
L’analyse de ce denier révèle un mélange fascinant de propagande familiale, de jeux de mots visuels et de mysticisme religieux, le tout dans le climat instable de la fin de la République.
1. Le Symbolisme Iconographique
Le choix des motifs sur cette monnaie vise à glorifier l’histoire de la gens (famille) Valeria.
L’Apollon Soranus (Droit) : Bien que souvent identifié comme Apollon, il s’agit plus précisément d’Apollon Soranus. Cette divinité est liée au mont Soracte, près de Faléries en Étrurie, d’où la famille Valeria prétendait être originaire. Le loup était son emblème, et il symbolisait à la fois la santé (valere) et le destin.
La Chouette à tête humaine (Revers) : C’est l’élément le plus énigmatique. Il s’agit d’un strigidé (chouette) portant un casque corinthien, un bouclier et deux lances.
Minerve ou Sirène ? Certains y voient une forme de Minerve (déesse de la sagesse et de la guerre) sous un aspect archaïque. D’autres, comme l’indique l’analyse d’Ernest Babelon citée sur LesDioscures.com, suggèrent une Sirène aux attributs guerriers, symbole de la protection et de l’éloquence de la famille.
L’étymologie « Valens » : Une autre interprétation lie ce monstre hybride à un ancêtre mythique nommé Valens (le Fort), renforçant l’idée de puissance inhérente au nom de famille.
L’Acisculus (La Pioche) : Située derrière la tête d’Apollon, cette petite pioche est un « type parlant ». C’est un jeu de mots sur le surnom du monétaire, Acisculus, qui signifie littéralement « petite pioche » en latin.
2. Contexte Historique : 45 av. J.-C.
Cette monnaie est frappée durant une année charnière pour Rome :
Le Triomphe de Jules César : En 45 av. J.-C., César revient d’Espagne après sa victoire définitive à Munda contre les fils de Pompée. Il est désormais le maître incontesté de Rome. Le monétaire, Lucius Valerius Acisculus, opère sous l’autorité d’un César de plus en plus omnipotent.
L’Étoile et la Divinité : La présence de l’étoile au-dessus de la tête d’Apollon est hautement politique. Elle préfigure le Sidus Iulium (la comète de César) et souligne la protection divine accordée à l’État romain sous la direction des nouveaux dirigeants.
Réorganisation Monétaire : À cette période, les ateliers de Rome tournent à plein régime pour financer les grands travaux de César et les distributions aux vétérans. Les types monétaires deviennent plus audacieux et personnels, délaissant les figures traditionnelles de Rome pour des mythes familiaux plus exotiques.
Lucius Valerius Acisculus est un personnage dont la vie publique est indissociable de la fin de la République romaine. Bien que les détails biographiques précis soient rares, son activité en 45 av. J.-C. en tant que magistrat monétaire nous livre des informations cruciales sur son rang et ses attaches.
Comme le soulignent les études de LesDioscures.com, ce monétaire appartient à l’une des familles les plus prestigieuses de Rome : la gens Valeria.
1. Identité et Carrière
Magistrat monétaire (Triumvir Monetalis) : En 45 av. J.-C., il fait partie du collège des trois magistrats responsables de la frappe de la monnaie. C’était une étape clé du cursus honorum pour les jeunes aristocrates.
Tribun de la Plèbe : Certaines sources, notamment le British Museum, mentionnent qu’il aurait exercé la fonction de tribun de la plèbe, bien que la date exacte reste incertaine (probablement peu après son mandat monétaire).
Partisan de César : Son activité se déroule sous la dictature de Jules César. Frapper monnaie à cette époque nécessitait une proximité, ou du moins une absence d’opposition, avec le nouveau pouvoir en place.
2. Le nom « Acisculus » : Un outil et un symbole
Le surnom (cognomen) Acisculus est ce qui rend ce monétaire célèbre chez les numismates.
Étymologie : En latin, l’acisculus est un petit marteau de tailleur de pierre ou une petite pioche.
Le « Type Parlant » : Fidèle à la tradition romaine, il utilise cet objet sur ses pièces comme une signature visuelle. C’est un moyen d’affirmer son identité familiale de manière ludique et mémorable.
3. Un représentant de la Gens Valeria
En tant que membre de la gens Valeria, Lucius s’inscrit dans une lignée qui se prétendait d’origine sabine, remontant aux premiers jours de la République avec Valerius Publicola.
Prestige : Sa famille jouissait de privilèges uniques à Rome, comme le droit d’ouvrir les portes de leur maison vers la rue (sur la Velia) ou d’avoir une place réservée au Cirque.
Religion : Par ses choix iconographiques (Apollon Soranus, Diane), il réaffirme le rôle de sa famille en tant que gardienne de cultes anciens et spécifiques, renforçant ainsi sa légitimité politique par la piété religieuse.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
Tous les types des monnaies de L. Valerius Acisculus se rattachent à l’origine mythologique dela famille Valeria et se résument dans les idées de force et de valeur, unies à celles de santé et de salut qu’on retrouvait étymologiquement dans le mot valere.
La Sirène avec une double flûte qui paraît sur le denier suivant, n°18, comme sur un denier de P. Petronius Turpilianus, a tous les attributs de Minerve ou Pallas. Cette déesse comptait en effet la Sirène au nombre de ses symboles : des peintures de vases nous montrent la Sirène jouant de la double flûte, comme emblème sur le bouclier de Minerve. La double flûte se rapporte essentiellement à Minerve qui passe pour avoir inventé cet instrument. La Minerve qu’on adorait au Capitole était celle qu ‘on avait prise à Faléries après la défaite des Falisques. La Sirène enfin jouait un rôle important dans la religion de Faléries, et l’on saisit le rapport qui existe entre le nom des Sirènes et celui de Soranus. Pline décrit une espèce d’aigle de couleur noire, qui en latin s’appelait Valeria, à cause de su vigueur; c’est cet oiseau qui, en raison de l’identité de son nom avec celui de la gens Valeria, est représenté en Sirène. Nous avons vu que quand Valeria Luperca va s’immoler à Junon, c’est un aigle qui enlève le glaive dont elle était armée et le jette sur la génisse qui paissait près du temple : il s’agit de l’aigle Valeria qui figure sur la médaille sous la métamorphose mythologique d’une Sirène.
Lieux de découverte (16 exemplaires)