
1518JU – Bronze César – Caius Clovius
INDICE DE RARETE : 9
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ATELIER : Rome
Datation : 45 avant J.C.
Matière : Alliage cuivreux
Gentes : Julia et Cluvia
Références : RRC 476/1a – B.11 (Clovia) – Syd.1025
Cette monnaie n’est pas une simple monnaie de circulation ; c’est un outil de communication politique puissant frappé dans un moment de bascule de l’histoire romaine.
Voici l’analyse détaillée de son symbolisme et du contexte de sa création :
1. Le Contexte Historique (45 av. J.-C.)
Nous sommes en l’an 709 de Rome. Jules César vient de remporter la bataille de Munda en Espagne, mettant fin à la résistance des fils de Pompée. C’est la fin effective de la guerre civile.
Le Triomphe de César : À son retour, César est nommé Dictateur pour la troisième fois (
DIC TERsur l’avers). Il est au sommet de son pouvoir, un an seulement avant son assassinat.Le Préfet Gaius Clovius : Contrairement aux monnaies habituelles frappées par des « triumvirs monétaires » (de jeunes magistrats), celle-ci est émise par un Préfet (
PRAEF). Clovius était un officier de confiance de César, chargé de superviser les émissions monétaires destinées spécifiquement au paiement des vétérans de l’armée césarienne.L’innovation du bronze : C’est l’une des premières fois que le bronze est utilisé pour de grandes dénominations avec un alliage de qualité (orichalque), préfigurant la réforme monétaire d’Auguste.
2. Symbolisme de l’Avers : La Victoire
Le buste de la Victoire : Elle ne représente pas seulement une bataille gagnée, mais la légitimité du pouvoir de César. Le fait qu’elle porte parfois une étoile (le Sidus Iulium) souligne la dimension quasi divine que César commence à adopter.
Le message politique : En associant son nom (
CAESAR) et son titre de dictateur à l’image de la Victoire, il signifie que la paix actuelle n’est due qu’à son génie militaire personnel.
3. Symbolisme du Revers : Minerve et le Serpent
Le revers est le plus riche en significations. Il met en scène Minerve, déesse de la sagesse mais aussi de la « guerre juste » et stratégique.
Le Trophée et le Bouclier : Minerve porte un trophée d’armes, signe de victoire sur l’ennemi. Son bouclier est orné de la tête de Méduse (le Gorgoneion), symbole de protection terrifiante contre les adversaires de l’État.
Le Serpent : C’est l’élément le plus débattu.
Interprétation traditionnelle : Le serpent représente le « Mal » ou la discorde civile que Minerve (César) s’apprête à écraser.
Interprétation religieuse : Le serpent est souvent associé à Erichthonios ou aux forces de la terre. Ici, il symbolise le renouveau et la protection de Rome sous l’égide de la sagesse (Minerve).
La posture : Minerve avance d’un pas décidé. Elle n’est pas statique ; elle « marche » vers l’avenir, pacifiant le monde romain.
En résumé
Cette monnaie est une médaille de propagande. Elle dit aux Romains et aux soldats : « La guerre est finie, César a triomphé par la sagesse de Minerve, et l’ère de la discorde (le serpent) est désormais sous contrôle. »
Le monétaire désigné sur cette pièce est Gaius Clovius (ou Caius Cluvius en latin). Son rôle et son titre sont essentiels pour comprendre la nature « extraordinaire » de cette monnaie.
Voici les informations clés sur ce personnage :
1. Son titre : Praefectus (Préfet)
Sur le revers de la monnaie, on lit explicitement C. CLOVI PRAEF. Contrairement aux monétaires habituels de la République qui étaient des Triumviri Monetales (des magistrats en début de carrière), Clovius agit en tant que Préfet de César.
Un homme de confiance : Ce titre indique qu’il n’a pas été élu par le peuple, mais nommé directement par Jules César.
Pouvoir délégué : En tant que Praefectus, il disposait d’une autorité militaire et administrative déléguée pour superviser la frappe de monnaie, souvent dans un contexte d’urgence ou de déplacement des troupes.
2. Identité et Carrière
Gaius Clovius appartenait à la gens Cluvia, une famille d’origine campanienne (de la région de Naples) qui s’est ralliée à la cause de César.
Gouverneur potentiel : Certains historiens (et des catalogues comme Inumis) suggèrent qu’il aurait pu être préfet de la Gaule Cisalpine (nord de l’Italie) ou chargé de l’administration de l’Italie du Nord entre 46 et 45 av. J.-C. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’atelier de frappe est souvent situé à Milan (Mediolanum) ou dans une unité mobile accompagnant l’armée.
Consul de remplacement : Il est très probablement le même Gaius Cluvius qui deviendra Consul suffect en 29 av. J.-C. sous Auguste, prouvant que sa famille a su rester au cœur du pouvoir après la mort de César.
3. Son rôle monétaire spécifique
Clovius n’est pas un graveur, mais le responsable politique de l’émission. Son rôle était de garantir :
La qualité de l’alliage : L’utilisation de l’orichalque (laiton) était une innovation technique majeure pour l’époque.
La diffusion du message : Il a veillé à ce que les titres de César (
DIC TER) et l’iconographie de la Victoire et de Minerve soient parfaitement exécutés pour impressionner les vétérans et les citoyens.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
C. Clovius
Praefectus, en 708-709 (46-45 av. J. C.)
Caius Clovius a signé, en qualité de praefectus, des monnaies de bronze sur lesquelles il donne à César le titre de dictator tertio ; ces pièces sont donc des années 708 ou 709. Leur type est espagnol, et comme c’est en cette année 708 que César partit en Espagne pour faire la guerre aux fils de Pompée, il est permis de croire que C. Clovius fut un des lieutenants du dictateur pendant cette guerre. Il fut peut-être un des préfets de la flotte de César, avec Q. Oppius dont les monnaies ont beaucoup d’analogie avec les siennes. C’est après cette expédition qui se termina par la bataille de Munda que C. Clovius fut nommé gouverneur de la Gaule Cisalpine. Cicéron lui écrivit alors une lettre datée d’Atella en Campanie. En 725 (29 av. J.-C.) C. Clovius fut consul suffectus, et c’est lui, sans doute, qui est mentionné sur une inscription funéraire du temps d’Auguste. Les monnaies de C. Clovius ont donc été frappées en Espagne, et non à Rome même, comme on l’a dit généralement, bien qu’Eckhel ait déjà émis des doutes sur cette opinion.