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1524AE – Denier Aemilia – Lucius Æmilius Buca

Avers : L.BVCA (Lucius Buca)

Tête diadémée de Vénus à droite.

Revers : Anépigraphe

« Le songe de Sylla ». Sylla couché à gauche recevant la visite de Séléné qui descend d’une montagne; derrière, la Victoire, les ailes déployées.

Bibliothèque nationale de France 3.61g

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10+

ATELIER : Rome

Datation 44 avant J.C.

Matière Argent

Gens : Aemilia

Références : RRC 480/1 – B.12 (Aemilia) – Syd.1064

Ce denier est une pièce fascinante qui se situe à la charnière de deux époques : l’héritage de la République aristocratique et l’ascension fulgurante de Jules César.

1. Le Symbolisme : Le Songe de Sylla

Le revers de la monnaie illustre une légende célèbre rapportée par Plutarque (Vie de Sylla, 9).

  • La Scène : On y voit le dictateur Sylla endormi contre un rocher. Devant lui apparaît la déesse Séléné (la Lune), descendant d’une montagne. Derrière, la déesse Victoire est présente avec ses ailes déployées.

  • La Signification : Selon le récit, en 88 av. J.-C., à la veille d’affronter les partisans de Marius près de Rome, Sylla fit un rêve : Séléné lui remettait le foudre de Jupiter pour foudroyer ses ennemis. Ce motif célèbre la protection divine dont jouissait Sylla, surnommé Felix (l’Heureux).

  • Le message politique : En 44 av. J.-C., le monétaire Lucius Aemilius Buca (fils d’un proche de Sylla) utilise ce motif pour affirmer la légitimité de sa propre lignée, tout en créant un parallèle avec César, l’actuel détenteur du pouvoir suprême.

2. Contexte Historique : L’année fatidique (44 av. J.-C.)

L’émission RRC 480 est l’une des plus cruciales de l’histoire romaine car elle est frappée durant les trois premiers mois de l’an 44, juste avant l’assassinat de César.

  • La transition numismatique : Le RRC 480/1 est considéré comme le tout premier numéro de cette série. À ce stade (janvier ou début février), le portrait de César n’apparaît pas encore sur les deniers de Buca. On utilise toujours l’image de Vénus à l’avers, ancêtre mythique de la gens Julia.

  • Le rôle de Lucius Aemilius Buca : Il fait partie du collège des quattuorviri (quatre magistrats monétaires), une extension exceptionnelle décidée par César (habituellement ils n’étaient que trois). Buca est le seul de ce collège à avoir frappé des monnaies avec une iconographie personnelle (le rêve de Sylla) avant de passer aux émissions célébrant directement César.

  • La propagande césarienne : Bien que le revers évoque Sylla, l’avers avec Vénus rappelle subtilement que César est le nouvel homme providentiel. Quelques semaines plus tard, Buca frappera les célèbres monnaies mentionnant César comme DICT PERPETVO (Dictateur à vie), ce qui précipitera le complot des Ides de Mars.

Lucius Aemilius Buca est un personnage clé de la numismatique romaine, bien que sa trace dans les textes historiques soit plus discrète que sur ses monnaies. Il appartient à la prestigieuse gens Aemilia, l’une des familles patriciennes les plus anciennes de Rome.

1. Identité et Origines

  • Fils de monétaire : Lucius est le fils de Marcus Aemilius Scaurus (monétaire en 58 av. J.-C.), un homme politique influent et proche de Sylla. Cela explique pourquoi Lucius utilise le « Songe de Sylla » sur le denier RRC 480/1 : il s’agit d’une référence aux gloires de sa propre famille.

  • Soutien politique : Il est mentionné historiquement en 54 av. J.-C. comme l’un des soutiens (souscripteur) lors du procès de Scaurus, ce qui confirme ses attaches avec l’aristocratie traditionnelle.

2. Rôle en 44 av. J.-C. : Le Quattuorvirat

Buca occupe la fonction de Quattuorvir monétaire (IIII. VIR) en 44 av. J.-C. Cette année-là, Jules César modifie le fonctionnement de l’atelier monétaire de Rome :

  • De trois à quatre : Traditionnellement, les magistrats monétaires étaient trois (Triumviri Monetales). César porte leur nombre à quatre pour répondre à ses besoins massifs en numéraire pour ses projets de guerres (notamment contre les Parthes).

  • Un collège de transition : Buca travaille aux côtés d’autres magistrats comme Cossutius Maridianus. Ensemble, ils supervisent le passage historique du portrait divin (Vénus) au portrait du dirigeant vivant (César).

3. Son importance numismatique

Buca est considéré comme le plus prolifique et le plus intéressant des quatre magistrats de cette année charnière :

  • Iconographie personnelle : Il est le seul du collège à avoir frappé des monnaies avec un motif purement familial (le Songe de Sylla, RRC 480/1) avant de se plier entièrement à la propagande césarienne.

  • Témoin de l’histoire : Ses émissions permettent de suivre précisément l’évolution des titres de César. On trouve sous son nom des deniers avec les légendes :

    • CAESAR IM P M (César Imperator, Grand Pontife)

    • CAESAR DICT PERPETVO (César Dictateur à vie) — cette dernière légende ayant été l’un des déclencheurs du complot des sénateurs.

4. Disparition

Après l’assassinat de Jules César aux Ides de Mars (15 mars 44 av. J.-C.), la trace de Lucius Aemilius Buca disparaît des archives. On suppose qu’il n’a plus exercé de responsabilités monétaires majeures après cette année mouvementée, son nom n’apparaissant plus sur les émissions ultérieures.

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon

L. Aemilius Buca. Quatuorvir monétaire en 710 (44 av. J. C.)

Ce personnage mentionné dans le procès de Scaurus, était le fils du monétaire M. Scaurus, contemporain de Sylla. Il fut quatuorvir monétaire l’année même de la mort de Jules César, en 710 (44 av. J.-C.). L’histoire de L. Aemilius Buca n’est pas autrement connue; les types de ses médailles se rapportent tous à Jules César; on en trouvera l’explication et les dessins à la gens Julia, avec l’histoire du collège monétaire dont L. Buca a fait partie.

Lieux de découverte (71 exemplaires)

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