
1531JU – Denier César – Lucius Æmilius Buca
INDICE DE RARETE : 9
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ATELIER : Rome
Datation : 44 avant J.C.
Matière : Argent
Gentes : Aemilia et Julia
Références : RRC 480/8 – B.35 (Julia) – Syd.1061
Ce denier est bien plus qu’une simple unité monétaire ; c’est un outil de propagande politique radical qui a cristallisé les tensions menant aux Ides de Mars.
Voici une analyse approfondie du symbolisme et du contexte qui entourent cette monnaie exceptionnelle.
1. La rupture iconographique : Le portrait du vivant
Avant Jules César, la tradition républicaine interdisait de représenter un homme vivant sur les pièces de monnaie, un honneur réservé aux dieux ou aux ancêtres illustres.
L’audace de César : En plaçant son propre visage sur le denarius, il se positionne au-dessus des lois de la République. C’est un acte de monarchie déguisée qui a profondément choqué l’aristocratie sénatoriale.
Le réalisme du portrait : Contrairement aux portraits idéalisés de la période impériale plus tardive, le type 480/8 montre un César vieilli, avec un cou marqué par les rides. C’est le visage d’un homme qui a porté le poids des guerres civiles.
2. Le titre fatal : Dictator Perpetuo
La légende CAESAR DICT PERPETVO est l’élément le plus provocateur de cette pièce.
Signification : « Dictateur à vie ».
Conséquence historique : Ce titre, gravé dans le métal et distribué dans tout l’Empire, signifiait la fin de l’alternance politique. Pour Brutus et Cassius, cette pièce était la preuve irréfutable que César ne rendrait jamais ses pouvoirs extraordinaires, rendant l’assassinat inévitable pour « sauver » la Liberté.
3. Le revers : Vénus Victrix et la légitimité divine
Le choix de Vénus Victrix (Vénus Victorieuse) au revers n’est pas une simple dévotion religieuse.
L’ascendance mythique : La Gens Julia (la famille de César) prétendait descendre directement d’Iule, fils d’Énée, lui-même fils de la déesse Vénus.
Le message politique : En associant son portrait (avers) à Vénus (revers), César affirme que son pouvoir n’est pas seulement militaire, mais qu’il est d’origine divine. Comme le souligne LesDioscures.com, ce lien iconographique servait à légitimer son autorité suprême auprès du peuple et de l’armée.
4. Le rôle du monnayeur L. Aemilius Buca
Lucius Aemilius Buca était l’un des quattuorviri monetales (les magistrats responsables de la frappe). Sa famille était autrefois liée à Sylla, mais en frappant ces monnaies pour César, il démontre l’allégeance totale de l’administration monétaire au nouveau maître de Rome.
Lucius Aemilius Buca est un personnage clé de la numismatique romaine, bien que sa trace dans les textes historiques soit plus discrète que sur ses monnaies. Il appartient à la prestigieuse gens Aemilia, l’une des familles patriciennes les plus anciennes de Rome.
1. Identité et Origines
Fils de monétaire : Lucius est le fils de Marcus Aemilius Scaurus (monétaire en 58 av. J.-C.), un homme politique influent et proche de Sylla. Cela explique pourquoi Lucius utilise le « Songe de Sylla » sur le denier RRC 480/1 : il s’agit d’une référence aux gloires de sa propre famille.
Soutien politique : Il est mentionné historiquement en 54 av. J.-C. comme l’un des soutiens (souscripteur) lors du procès de Scaurus, ce qui confirme ses attaches avec l’aristocratie traditionnelle.
2. Rôle en 44 av. J.-C. : Le Quattuorvirat
Buca occupe la fonction de Quattuorvir monétaire (IIII. VIR) en 44 av. J.-C. Cette année-là, Jules César modifie le fonctionnement de l’atelier monétaire de Rome :
De trois à quatre : Traditionnellement, les magistrats monétaires étaient trois (Triumviri Monetales). César porte leur nombre à quatre pour répondre à ses besoins massifs en numéraire pour ses projets de guerres (notamment contre les Parthes).
Un collège de transition : Buca travaille aux côtés d’autres magistrats comme Cossutius Maridianus. Ensemble, ils supervisent le passage historique du portrait divin (Vénus) au portrait du dirigeant vivant (César).
3. Son importance numismatique
Buca est considéré comme le plus prolifique et le plus intéressant des quatre magistrats de cette année charnière :
Iconographie personnelle : Il est le seul du collège à avoir frappé des monnaies avec un motif purement familial (le Songe de Sylla, RRC 480/1) avant de se plier entièrement à la propagande césarienne.
Témoin de l’histoire : Ses émissions permettent de suivre précisément l’évolution des titres de César. On trouve sous son nom des deniers avec les légendes :
CAESAR IM P M (César Imperator, Grand Pontife)
CAESAR DICT PERPETVO (César Dictateur à vie) — cette dernière légende ayant été l’un des déclencheurs du complot des sénateurs.
4. Disparition
Après l’assassinat de Jules César aux Ides de Mars (15 mars 44 av. J.-C.), la trace de Lucius Aemilius Buca disparaît des archives. On suppose qu’il n’a plus exercé de responsabilités monétaires majeures après cette année mouvementée, son nom n’apparaissant plus sur les émissions ultérieures.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
L. Aemilius Buca. Quatuorvir monétaire en 710 (44 av. J. C.)
Ce personnage mentionné dans le procès de Scaurus, était le fils du monétaire M. Scaurus, contemporain de Sylla. Il fut quatuorvir monétaire l’année même de la mort de Jules César, en 710 (44 av. J.-C.). L’histoire de L. Aemilius Buca n’est pas autrement connue; les types de ses médailles se rapportent tous à Jules César; on en trouvera l’explication et les dessins à la gens Julia, avec l’histoire du collège monétaire dont L. Buca a fait partie.
Lieux de découverte (9 exemplaires)