
1545AE – Quinaire Aemilia – Lucius Aemilius Buca
Avers : PAXS
Tête de Pax (La Paix) à droite.
Revers : L·AEMILIVS·BVCA·IIII·VIR (Lucius Aemilius Buca Quatuorvir)
Mains serrées.
INDICE DE RARETE : 10+
1
10+
ATELIER : Rome
Datation : 44 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Aemilia
Références : RRC 480/24 – B.18 (Aemilia) – Syd.1065
Ce quinaire, frappé en 44 av. J.-C. par le magistrat monétaire L. Aemilius Buca, est un témoin numismatique crucial des derniers mois de la vie de Jules César. Son symbolisme est entièrement tourné vers la légitimation du pouvoir personnel de César sous les traits de la réconciliation nationale.
1. Le Symbolisme de l’Avers : La Paix (PAXS)
L’avers présente la tête laurée de Pax, la personnification de la Paix.
Message Politique : En plaçant Pax sur ses monnaies, le régime césarien cherche à effacer le souvenir des guerres civiles sanglantes (contre Pompée, puis ses fils). Le message est clair : César n’est pas un tyran, mais celui qui a ramené le calme dans le monde romain.
L’orthographe PAXS : L’utilisation de cette forme archaïque (avec un ‘S’ final) est typique de cette émission et souligne peut-être un retour aux valeurs anciennes et à la stabilité républicaine « retrouvée ».
Ressemblance iconographique : Certains numismates notent que les traits de Pax sur cette série tendent parfois à s’approcher de ceux de César lui-même, amorçant une fusion entre la divinité et le dictateur.
2. Le Symbolisme du Revers : La Concorde et la Fidélité
Le revers montre deux mains jointes (dextrarum iunctio).
La Dextrarum Iunctio : Ce geste est l’un des symboles les plus forts de la Rome antique. Il représente la Fides (la bonne foi, la loyauté) et la Concordia (l’harmonie).
Lien avec l’armée et le peuple : Sur cette pièce, les mains jointes symbolisent l’union entre César et les différentes composantes de l’État : le Sénat, le peuple et, surtout, l’armée. C’est un appel à l’unité derrière le chef.
Le rôle du monétaire : L’inscription
L·AEMILIVS·BVCA·IIIVIRidentifie le responsable de la frappe. Buca était un partisan de César, et son travail consistait à traduire en images les slogans politiques du dictateur.
3. Contexte Historique : L’ombre de l’assassinat
Ce quinaire est frappé au début de l’année 44 av. J.-C., précisément au moment où César est nommé Dictateur à vie (Dictator Perpetuo).
Comme je le souligne l’étude des types monétaires, ces émissions servaient de véritable propagande de masse. Alors que les deniers de Buca (comme le RRC 480/6) utilisaient des symboles plus complexes (caducée, faisceaux, globe), le quinaire simplifie le message pour le rendre immédiatement compréhensible : César égale la Paix par l’Union.
L’ironie historique veut que ces symboles de « paix » et de « mains jointes » aient circulé alors même que la conspiration des Libérateurs (Brutus et Cassius) se formait. Quelques semaines seulement après l’émission de ces pièces prônant la concorde, César était assassiné en plein Sénat le 15 mars 44.
Lucius Aemilius Buca est un personnage clé de la numismatique romaine, bien que sa trace dans les textes historiques soit plus discrète que sur ses monnaies. Il appartient à la prestigieuse gens Aemilia, l’une des familles patriciennes les plus anciennes de Rome.
1. Identité et Origines
Fils de monétaire : Lucius est le fils de Marcus Aemilius Scaurus (monétaire en 58 av. J.-C.), un homme politique influent et proche de Sylla. Cela explique pourquoi Lucius utilise le « Songe de Sylla » sur le denier RRC 480/1 : il s’agit d’une référence aux gloires de sa propre famille.
Soutien politique : Il est mentionné historiquement en 54 av. J.-C. comme l’un des soutiens (souscripteur) lors du procès de Scaurus, ce qui confirme ses attaches avec l’aristocratie traditionnelle.
2. Rôle en 44 av. J.-C. : Le Quattuorvirat
Buca occupe la fonction de Quattuorvir monétaire (IIII. VIR) en 44 av. J.-C. Cette année-là, Jules César modifie le fonctionnement de l’atelier monétaire de Rome :
De trois à quatre : Traditionnellement, les magistrats monétaires étaient trois (Triumviri Monetales). César porte leur nombre à quatre pour répondre à ses besoins massifs en numéraire pour ses projets de guerres (notamment contre les Parthes).
Un collège de transition : Buca travaille aux côtés d’autres magistrats comme Cossutius Maridianus. Ensemble, ils supervisent le passage historique du portrait divin (Vénus) au portrait du dirigeant vivant (César).
3. Son importance numismatique
Buca est considéré comme le plus prolifique et le plus intéressant des quatre magistrats de cette année charnière :
Iconographie personnelle : Il est le seul du collège à avoir frappé des monnaies avec un motif purement familial (le Songe de Sylla, RRC 480/1) avant de se plier entièrement à la propagande césarienne.
Témoin de l’histoire : Ses émissions permettent de suivre précisément l’évolution des titres de César. On trouve sous son nom des deniers avec les légendes :
CAESAR IM P M (César Imperator, Grand Pontife)
CAESAR DICT PERPETVO (César Dictateur à vie) — cette dernière légende ayant été l’un des déclencheurs du complot des sénateurs.
4. Disparition
Après l’assassinat de Jules César aux Ides de Mars (15 mars 44 av. J.-C.), la trace de Lucius Aemilius Buca disparaît des archives. On suppose qu’il n’a plus exercé de responsabilités monétaires majeures après cette année mouvementée, son nom n’apparaissant plus sur les émissions ultérieures.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
L. Aemilius Buca. Quatuorvir monétaire en 710 (44 av. J. C.)
Ce personnage mentionné dans le procès de Scaurus , était le fils du monétaire M. Scaurus, contemporain de Sylla. Il fut quatuorvir monétaire l’année même de la mort de Jules César, en 710 (44 av. J.-C.) . L histoire de L. Aemilius Buca n’est pas autrement connue; les types de ses médailles se rapportent tous à Jules César; on en trouvera l’explication et les dessins à la gens Julia, avec l’histoire du collège monétaire dont L. Buca a fait partie.