
1547AE – Sesterce Aemilia – Lucius Aemilius Buca
INDICE DE RARETE : 10+
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ATELIER : Rome
Datation : 44 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Aemilia
Références : RRC 480/26 – B.19 (Aemilia) – Syd.1066
L’analyse de ce sesterce est particulièrement riche, car elle touche aux fondements religieux et dynastiques que Jules César a tenté d’instaurer juste avant sa mort.
1. Le Symbolisme : L’Ordre Cosmique et la Divinité
Contrairement aux images de guerre, ce sesterce utilise un langage astral pour légitimer le pouvoir de César.
Luna (Avers) : La déesse de la lune représente ici la pérennité et le cycle éternel. Dans la symbolique romaine, Luna est souvent liée à l’éternité de l’Empire (Aeternitas Imperii). Son apparition sur une monnaie de 44 av. J.-C. est aussi un rappel subtil de la réforme du calendrier julien : César a mis de l’ordre dans le temps lui-même, un acte quasi divin.
L’Étoile à six rayons (Revers) : C’est l’élément le plus puissant de cette monnaie.
Elle préfigure le Sidus Iulium (la comète de César). Bien que la comète soit apparue après sa mort, l’étoile était déjà un symbole de la Gens Iulia, prétendant descendre de Vénus.
Placer une étoile au revers d’une monnaie signifie que le régime de César est sous une protection céleste et qu’il apporte une ère nouvelle, un « siècle d’or ».
2. Le Contexte Historique : La « Quattuorviri » de 44 av. J.-C.
Cette monnaie est frappée dans un climat d’urgence et de transformation radicale de l’État :
L. Aemilius Buca : Il est l’un des quatre magistrats monétaires (Quattuorviri) nommés par César. Son rôle était de saturer le marché monétaire pour financer les immenses dépenses publiques et les préparatifs de la campagne contre les Parthes.
La Divinisation de la Dictature : En 44 av. J.-C., le Sénat accorde à César des honneurs sans précédent. L’utilisation de symboles comme Luna et l’Étoile sur une monnaie divisionnaire (le sesterce, utilisé pour les petits échanges quotidiens) permet de diffuser l’idée de la nature quasi divine du dictateur auprès de toutes les couches de la population.
Une monnaie de prestige malgré sa taille : Le sesterce en argent est alors une dénomination rare. Le frapper avec une telle iconographie montre que même la « petite monnaie » était utilisée comme un vecteur de propagande complexe.
3. Lien avec la série RRC 480
Cette pièce fait partie d’un ensemble cohérent où l’on retrouve :
Le sesterce de Macer avec le caducée (la Paix).
Le sesterce de Buca avec l’étoile (la Divinité/L’Éternité).
Ensemble, ces pièces racontent une histoire : César a apporté la paix (Caducée) et cette paix est bénie par les dieux et inscrite dans l’éternité (Luna/Étoile).
Lucius Aemilius Buca est un personnage clé de la numismatique romaine, bien que sa trace dans les textes historiques soit plus discrète que sur ses monnaies. Il appartient à la prestigieuse gens Aemilia, l’une des familles patriciennes les plus anciennes de Rome.
1. Identité et Origines
Fils de monétaire : Lucius est le fils de Marcus Aemilius Scaurus (monétaire en 58 av. J.-C.), un homme politique influent et proche de Sylla. Cela explique pourquoi Lucius utilise le « Songe de Sylla » sur le denier RRC 480/1 : il s’agit d’une référence aux gloires de sa propre famille.
Soutien politique : Il est mentionné historiquement en 54 av. J.-C. comme l’un des soutiens (souscripteur) lors du procès de Scaurus, ce qui confirme ses attaches avec l’aristocratie traditionnelle.
2. Rôle en 44 av. J.-C. : Le Quattuorvirat
Buca occupe la fonction de Quattuorvir monétaire (IIII. VIR) en 44 av. J.-C. Cette année-là, Jules César modifie le fonctionnement de l’atelier monétaire de Rome :
De trois à quatre : Traditionnellement, les magistrats monétaires étaient trois (Triumviri Monetales). César porte leur nombre à quatre pour répondre à ses besoins massifs en numéraire pour ses projets de guerres (notamment contre les Parthes).
Un collège de transition : Buca travaille aux côtés d’autres magistrats comme Cossutius Maridianus. Ensemble, ils supervisent le passage historique du portrait divin (Vénus) au portrait du dirigeant vivant (César).
3. Son importance numismatique
Buca est considéré comme le plus prolifique et le plus intéressant des quatre magistrats de cette année charnière :
Iconographie personnelle : Il est le seul du collège à avoir frappé des monnaies avec un motif purement familial (le Songe de Sylla, RRC 480/1) avant de se plier entièrement à la propagande césarienne.
Témoin de l’histoire : Ses émissions permettent de suivre précisément l’évolution des titres de César. On trouve sous son nom des deniers avec les légendes :
CAESAR IM P M (César Imperator, Grand Pontife)
CAESAR DICT PERPETVO (César Dictateur à vie) — cette dernière légende ayant été l’un des déclencheurs du complot des sénateurs.
4. Disparition
Après l’assassinat de Jules César aux Ides de Mars (15 mars 44 av. J.-C.), la trace de Lucius Aemilius Buca disparaît des archives. On suppose qu’il n’a plus exercé de responsabilités monétaires majeures après cette année mouvementée, son nom n’apparaissant plus sur les émissions ultérieures.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
L. Aemilius Buca. Quatuorvir monétaire en 710 (44 av. J. C.)
Ce personnage mentionné dans le procès de Scaurus , était le fils du monétaire M. Scaurus, contemporain de Sylla. Il fut quatuorvir monétaire l’année même de la mort de Jules César, en 710 (44 av. J.-C.) . L histoire de L. Aemilius Buca n’est pas autrement connue; les types de ses médailles se rapportent tous à Jules César; on en trouvera l’explication et les dessins à la gens Julia, avec l’histoire du collège monétaire dont L. Buca a fait partie.