
1557AC – Denier Accoleia – Publius Accoleius Lariscolus
Avers : P. ACCOLEIVS LARISCOLVS
(Publius Accoleius Lariscolus)
Buste drapé de Diane Nemorensis (ou Acca Larentia) à droite.
Revers : Anépigraphe
Triple statue cultuelle de Diane Nemorensis de face supportant une poutre placée au-dessus de leurs épaules où sont placés cinq petits cyprès.
INDICE DE RARETE : 6
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10+
ATELIER : Rome
Datation : 43 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Accoleia
Références : RRC 486/1 – B.1 (Accoleia) – Syd.1148
Le denier de P. Accoleius Lariscolus, frappé en 43 av. J.-C., est l’une des monnaies les plus fascinantes de la fin de la République romaine en raison de son imagerie complexe. Son symbolisme oscille entre hommage local, jeux de mots étymologiques et contexte politique tendu.
1. Le Symbolisme de l’Avers : Diane ou Acca Larentia ?
Le portrait à l’avers est traditionnellement identifié comme celui de Diane Nemorensis (Diane des Bois).
Diane Nemorensis : Le lien avec Aricie (ville d’origine du monétaire) et son sanctuaire du lac Nemi est l’hypothèse la plus forte. La déesse est représentée sous un aspect archaïque et local.
Acca Larentia : Certains numismates y voient Acca Larentia, la mère nourricière de Romulus et Rémus, créant un lien avec le nom du monétaire (Accoleius). Cette théorie repose sur l’idée que les monétaires romains utilisaient souvent l’avers pour honorer leurs ancêtres mythiques.
2. Le Symbolisme du Revers : La Triple Divinité et le Bosquet
Le revers présente une triple statue cultuelle supportant une traverse sur laquelle poussent cinq arbres. Ce motif est riche en interprétations :
La Triple Diane : Selon Michael Crawford (référence du Roman Republic Coinage), il s’agit de la manifestation triple de la déesse : Diane (la terre/chasse), Hecate (les enfers) et Séléné (la lune). Cette « Diane Trivia » (des carrefours) était particulièrement vénérée à Aricie.
Les Nymphes Querquetulanae : Une autre interprétation identifie ces figures aux nymphes des chênes. Le mot querquetum signifie « bois de chênes ».
Le jeu de mots (Le « Larix ») : Les arbres sur la traverse sont souvent identifiés comme des cyprès ou des mélèzes (larix en latin). C’est un rébus visuel classique : Larix + Colus (celui qui cultive) = Lariscolus, le surnom du monétaire.
Attributs : La statue de gauche tient souvent un coquelicot et celle de droite un lys, symbolisant respectivement la fertilité/le sommeil (Hécate) et la pureté (Diane).
3. Le Contexte Historique : 43 av. J.-C., une année de basculement
L’année de frappe, 43 av. J.-C., est cruciale pour l’histoire de Rome. C’est l’année qui suit l’assassinat de Jules César (44 av. J.-C.) et qui voit l’émergence du Second Triumvirat (Octave, Marc Antoine et Lépide).
Instabilité et Proscriptions : Le climat est à la guerre civile et aux proscriptions sanglantes. Frapper monnaie à cette époque est un acte politique fort.
L’hommage à Atia (Mère d’Octave) : Ce denier pourrait comporter un message caché. Atia, la mère d’Octave, est décédée en 43 av. J.-C. Elle était originaire d’Aricie. En honorant le culte principal de cette ville (Diane Nemorensis), Lariscolus pourrait avoir cherché à s’attirer les faveurs du jeune Octave, qui venait d’obtenir son premier consulat.
Affirmation Identitaire : Dans le chaos des guerres civiles, les monétaires se repliaient souvent sur leurs racines locales pour affirmer leur légitimité et la pérennité de leurs familles face aux bouleversements de l’État.
L’identité du monétaire P. Accoleius Lariscolus est indissociable de ses racines géographiques et du tumulte politique de l’année 43 av. J.-C. Bien qu’il soit un personnage historiquement discret, sa monnaie constitue un témoignage précieux sur les réseaux d’influence à Rome.
1. Statut et Identité
Nom complet : Publius Accoleius Lariscolus.
Fonction : Il est souvent cité comme triumvir monetalis (membre du collège des trois magistrats chargés de la monnaie). Cependant, selon certaines analyses (notamment celles d’Ernest Babelon reprises par LesDioscures.com), il pourrait avoir été questeur militaire de l’armée du Sénat. Cette fonction lui aurait donné l’autorité nécessaire pour frapper monnaie durant cette année de crise.
Sa Famille (Gens Accoleia) : C’est une famille plébéienne mineure, dont P. Accoleius Lariscolus est le seul membre connu à avoir exercé une magistrature monétaire. Le nom Accoleius est extrêmement rare et est principalement attesté par des inscriptions dans la région d’Aricie.
2. Origine Géographique : Aricie et le Lac Nemi
L’élément le plus certain concernant le monétaire est son origine : la cité d’Aricie (actuelle Ariccia), située à une vingtaine de kilomètres de Rome.
Le lien avec le territoire : Les inscriptions funéraires et dédicatoires retrouvées près du lac Nemi confirment que la gens Accoleia faisait partie de l’aristocratie locale d’Aricie.
L’hommage religieux : En choisissant Diane Nemorensis pour ses pièces, Lariscolus ne fait pas seulement un choix esthétique ; il affirme son identité régionale et la fierté de sa cité d’origine, siège du plus ancien sanctuaire de Diane en Italie.
3. Le Surnom « Lariscolus » : Un Rébus Familial
Le cognomen (surnom) Lariscolus est unique. Les historiens y voient un jeu de mots typiquement romain :
Étymologie : Il dériverait de larix (le mélèze) et du verbe colere (cultiver ou habiter).
Signification : « Celui qui cultive les mélèzes ». Ce surnom explique probablement la présence des arbres sur le revers de la monnaie, fonctionnant comme une signature visuelle du nom du monétaire.
4. Le Lien avec Octave et Atia
Comme mentionné précédemment, la mère d’Octave (futur Auguste), Atia, était également originaire d’Aricie.
En 43 av. J.-C., Octave cherche à consolider son pouvoir après la mort de César.
Le fait que Lariscolus mette en avant des symboles aricins au moment précis où Atia décède suggère qu’il appartenait peut-être au cercle des alliés d’Octave. C’était une manière habile de lier son destin familial à celui de l’homme fort de Rome en honorant leur patrie commune.
En résumé
P. Accoleius Lariscolus est l’exemple même du magistrat « nouveau » ou issu des municipes italiens qui, profitant de la guerre civile, accède à des responsabilités à Rome en s’appuyant sur son identité locale et ses alliances politiques (notamment avec le clan de César et d’Octave).
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
La gens Accoleia ou Acculeia n’est connue que par les inscriptions et les médailles. Un texte épigraphique mentionne un certain L. Acculeius Abascantus; un autre texte du temps d’Hadrien, trouvé à Rome, cite un personnage du nom de P.Acculeius Euhemerus. Un seul magistrat monétaire porte le gentilicium ACCOLEIUS, c’est P. Accoleius Lariscolus. Cavedoni a fixé vers l’an 711 (43 av. J.-C.) l’époque où ce personnage remplit les fonctions de monétaire’, et l’étude des dépôts de médailles a permis à Mommsen de confirmer cette date. Ce savant conjecture, en outre, que P. Accoleius Lariscolus était avec Petillius Capitolinus, un questeur militaire de l’armée du Sénat, fonction en vertu de laquelle il put faire frapper monnaie. Si, en effet, la date de 711 fixée pour ses deniers est rigoureusement exacte, il n’a certainement pas été triumvir monétaire; car les triumvirs réguliers en 711, sont connus et portent d’autres noms. Le cognomen Lariscolus parait avoir la même origine que Lariscus, et faire, comme le pensait Eckhel déjà S allusion au culte des dieux Lares (Lares colens). Dans le mot Lariscolus, la lettre est manifestement plus longue que toutes les autres : c’est un I long, mis pour El (LarEIscolus). L’étymologie donnée par Eckhel est préférable à celle qui propose de retrouver dans le mot Lariscolus une allusion au mélèze dont le nom était larix. Cette dernière hypothèse adoptée par Cohen, d’après Morell et Vaillant, permettait de voir dans les trois figures du revers du denier de P. Accoleius Lariscolus, Clymène et les deux soeurs de Phaéton se transformant en mélèzes.
Telle n’est pas l’opinion de Borghesi qui reconnaît dans les trois statues figurées sur la pièce, les nymphes Querquetulanæ, auxquelles était primitivement consacré le bois des dieux Lares, sur le mont Coelius. Festus (vO Lariscolus) donne de ces vierges cette définition : Querquetulanoe viroe putantur significari Nymphoe proesi- dentes querqueto virescenti. Ces nymphes avaient un sanctuaire appelé lucus Larum, querquetulanum sacellum \ et à Rome, une porte de la ville, située entre le Coelius et l’Esquilin, s’appelait Querquetulana porta. Mais nous sommes fort imparfaitement renseignés sur le culte de ces déesses du bois sacré des Lares, appelées par les auteurs anciens viragines et viroe, et nous ne pouvons expliquer d’une manière satisfaisante les attributs dont elles sont ornées. Cavedoni6 croit, comme Borghesi, qu’il faut chercher dans les types du denier de Lariscolus une allusion au culte des dieux Lares et des divinités féminines qui gardaient le bois sacré des QuerquetulaniLares. La mère des Lares, Lara ou Larunda, serait, dans cette explication que nous admettons, figurée au droit du denier. On sait d’ailleurs, que dans la mythologie romaine, Larunda se confondait avec Acca Larentia, femme du berger Faustulus, et la nourrice fabuleuse de Romulus et de Remus,honorée par les frères Arvales sous le nom deDeaDia, et de laquelle la gens Accoleia, en raison de son nom, aurait cherché à tirer son origine. Des généalogies de ce genre ne sont pas rares dans la numismatique de la république romaine.