
1580AN – Aureus Marc Antoine – Lucius Livineius Regulus
Avers : M·ANTONIVS·III·VIR·R·P·C (Marcus Antonius, Triumvir Reipublicae Constituendae)
Tête de Marc Antoine à droite.
Revers : L·REGVLVS IIII·VIR·A·P·F (Lucius Livineius Regulus)
Anton assis sur un rocher portant une peau de lion tenant de la main droite une lance et un bouclier de la gauche.
INDICE DE RARETE : 10+
1
10+
ATELIER : Rome
Datation : 42 avant J.C.
Matière : Or
Gentes : Livineia et Antonia
Références : RRC 494/2b – B.21 (Antonia) – Syd.1103a
1. Symbolisme Iconographique : L’Hercule Romain
Cette monnaie est une pièce maîtresse de la propagande de Marc Antoine, qui cherchait à construire son image publique autour de la figure du héros.
L’Avers (Le Portrait) : Le portrait de Marc Antoine est ici sans apparat divin, mais la mention
III·VIR·R·P·C(Triumvir pour la restauration de la République) affirme son autorité légale absolue aux côtés d’Octave et de Lépide. C’est l’un des premiers exemples de portraits vivants sur l’or romain, une pratique instaurée par César.Le Revers (La figure assise) : L’homme assis sur un rocher, vêtu d’une peau de lion (exuviae leonis), est une identification directe à Hercule.
La généalogie mythique : La gens Antonia prétendait descendre d’Anton, un fils d’Hercule. En se faisant représenter sous ces traits, Marc Antoine ne se contente pas d’affirmer sa force militaire ; il revendique une origine divine.
Les attributs guerriers : La lance et le bouclier rappellent qu’Hercule n’est pas seulement un demi-dieu, mais un protecteur invincible, une image que Marc Antoine souhaite projeter auprès de ses soldats avant les combats décisifs.
2. Contexte Historique : L’Identité de Marc Antoine
Le contexte de 42 av. J.-C. est celui d’une quête de légitimité après l’assassinat de César.
L’affirmation d’un chef de guerre : Alors qu’Octave (le futur Auguste) mise sur son lien filial avec César (Divi Filius), Marc Antoine mise sur son propre charisme et sa bravoure militaire. Le choix de la figure d’Hercule souligne son tempérament impétueux et sa force physique, des traits qu’il cultivait personnellement (il aimait porter la tunique ceinte haut pour exposer ses muscles, imitant le héros).
Le rôle de L. Livineius Regulus : Ce magistrat (IIII·VIR·A·P·F pour Auro Publico Feriundo) était un fidèle de la cause triumvirale. Sa famille avait déjà servi César, et cette émission témoigne de la mainmise des partisans de Marc Antoine sur l’atelier monétaire de Rome à ce moment précis.
La préparation de Philippes : Cette monnaie d’or servait avant tout à payer les prétoriens et les officiers supérieurs de Marc Antoine. Le message est clair : votre chef est un nouvel Hercule, héritier légitime de la puissance romaine.
Le monétaire responsable de cette émission est Lucius Livineius Regulus, une figure clé de l’administration monétaire durant la transition tumultueuse entre la République et l’Empire.
Voici les informations essentielles sur ce personnage et son rôle :
1. Identité et Famille
Origine : La gens Livineia était une famille plébéienne. Les Reguli étaient une branche spécifique de cette famille (souvent liée par alliance ou adoption à la gens Atilia).
Le Père : L. Livineius Regulus était le fils d’un autre Lucius Livineius Regulus, qui fut préteur et un ami proche de Cicéron. Ce père avait également servi comme lieutenant (legatus) de Jules César pendant la guerre en Afrique (46 av. J.-C.).
Le Portrait paternel : Sur certains deniers de cette même série (RRC 494), le monétaire fait figurer le portrait de son père avec la légende
REGVLVS PRpour honorer sa mémoire et souligner le prestige de sa lignée.
2. Fonctions et Titres
Le monétaire porte deux titres distincts selon les émissions de l’année 42 av. J.-C. :
IIII·VIR·A·P·F : Abréviation de Quattuorvir Auro Publico Feriundo (Quattuorvir chargé de la frappe de l’or public). Il faisait partie d’un collège de quatre magistrats (au lieu des trois habituels, les triumviri monetales), une extension décidée par Jules César pour gérer l’augmentation de la masse monétaire.
PRAEF·VR : Sur certaines pièces, il apparaît comme Praefectus Urbi (Préfet de la Ville). Selon les recherches de T.V. Buttrey (citées par LesDioscures.com), il est probable qu’il ait été nommé à ce poste prestigieux pour assurer le contrôle de Rome et de l’atelier monétaire pendant que les triumvirs étaient absents pour combattre Brutus et Cassius.
3. Son rôle au sein du Collège des Quatre
En 42 av. J.-C., Regulus travaille aux côtés de trois autres monétaires : P. Clodius, L. Mussidius Longus et C. Vibius Varus.
Toutefois, Regulus semble avoir une position particulière :
Le « Primus » du collège : Il est souvent considéré comme le membre dirigeant du groupe. Contrairement à ses collègues, ses émissions d’aurei ne partagent pas les mêmes coins de revers, ce qui suggère qu’il a peut-être commencé la frappe de l’or de manière indépendante ou prioritaire.
Un agent de légitimité : Sa mission était de produire des monnaies honorant les trois triumvirs (Antoine, Octave et Lépide) ainsi que le défunt Jules César. En associant son nom (
L·REGVLVS) à ces portraits, il liait sa propre carrière et sa famille à la nouvelle autorité suprême de Rome.
Pourquoi est-il important ?
L. Livineius Regulus est l’un des derniers magistrats « républicains » à apposer son nom sur des monnaies d’or avant que les chefs militaires (comme Antoine ou Octave) ne s’approprient totalement le droit de battre monnaie en leur propre nom, sans l’intermédiaire des magistrats civils.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
Le gentilicium Livineius n’a été porté que par des Reguli qui eux-mêmes n’étaient qu’une branche de la gens Atilia. On considère comme certain que les deux frères L. Regulus et M. Regulus, que Cicéron cite parmi ses meilleurs amis, étaient des Livineii. On connaît encore un Livineius Regulus qui fut sénateur sous Tibère. Deux membres de la famille Livineia ont frappé monnaie; ils portent l’un et l’autre le nom de L. Livineius Regulus.
L. Livineius Regulus. Monétaire en 711-712 (43-42 av. J.-C.)
Ce personnage est historiquement inconnu; tout ce que l’on peut dire avec certitude, c’est qu’il fut triumvir monétaire avec L. Mussidius Longus, P. Clodius et C. Vibius Varus. La date des fonctions de ce collège est l’an 711-712 et non, comme l’a cru Mommsen, l’an 716.
Les monnaies de L. Livineius Regulus, comme celles de ses collègues, peuvent se partager en diverses catégories : 1° celles qui portent la tête de Jules César, mort l’année précédente; 2° celles qui ont la tête de Marc Antoine; 3° celles qui ont la tête d’Octave: 4° celles qui ont la tête de Lépide; 5° enfin celles qui portent exclusivement des types spéciaux au monétaire et se rapportant à l’histoire de sa famille. La tête qui figure sur les médailles de cette dernière série (n° 8 à 13) est celle du préteur L. Livineius Regulus, père du monétaire. Ce portrait figure sur les monnaies à titre de souvenir de famille, et l’on constate des exemples analogues pour C. AntiusRestio, M. Arrius Secundus, C. Numonius Vaala, C. Coelius Caldus et d’autres encore. Le préteur L. Regulus est probablement l’ami de Cicéron dont nous avons parlé tout à l’heure et qui fut lieutenant de Jules César pendant la guerre d’Afrique en 708 (46 av.J.-C.).
La médaille n° 8 exige un commentaire particulier à cause de sa légende. Le magistrat monétaire s’appelle ainsi sur cette pièce : Regulusfilins, praefectus Urbis. Il était donc préfet de Rome quand il lit frapper cette monnaie et les suivantes ; mais les pièces précédentes lui donnent le titre de quatuorvir auro publico feriundo. Par conséquent, il faut admettre l’une des deux hypothèses suivantes : ou bien, qu’il s’agit de deux personnages différents, l’un qui a été magistrat monétaire en 711-712, l’autre qui a frappé monnaie comme praefectus Urbis, peut-être en 709 (45 av. J.-C.), avec L. Munatius Plancus,pendant que César était parti pour son expédition d’Espagne, abandonnant aux préfets urbains le gouvernement de Rome’; ou bien, que le triumvir monétaire de l’an 711 fut, peu après l’expiration de sa charge en 712, élevé aux fonctions de praefectus Urbis- et qu’il continua en cette qualité à battre monnaie. Nous préférons cette dernière hypothèse. Les monnaies en question sont donc un peu postérieures à celles où le même personnage porte le titre de quatuorvir ; leurs types de revers se rapportent soit aux fonctions du pracfecius Urbis qui était chargé de l’approvisionnement de Rome (n° 13), soit aux insignes de sa dignité, comme la sella curulis (nos 8, 9 et 10), soit enfin aux jeux et aux fêtes données pendant l’exercice de sa charge (n° 12) : nous savons précisément qu’en l’an 712, Octave fit donner des jeux Apollinaires splendides dans lesquels figurèrent des combats d’animaux féroces.