
1583AN – Aureus Marc Antoine – Publius Clodius
Avers : M ANTONIVS IMP III VIR R P C (Marcus Antonius Imperator, Triumvir Reipublicae Constituendae)
Tête nue de Marc Antoine à droite.
Revers : P. CLODIVS M. F. IIII VIR A. P. F. (Publius Clodius Marci filins, quatuorvir auro publico feriundo)
Corps d’homme ailé et radié debout à gauche, avec arc et carquois sur épaule, tenant un caducée de la main droite et une corne d’abondance de la gauche, le pied reposant sur un globe.
INDICE DE RARETE : 10+
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ATELIER : Rome
Datation : 42 avant J.C.
Matière : Or
Gentes : Antonia et Claudia
Références : RRC 494/5 – B.19 (Antonia)
Cet aureus est bien plus qu’une simple pièce de monnaie ; c’est un manifeste politique et religieux complexe. Frappé en 42 av. J.-C. par le magistrat Publius Clodius, il s’inscrit dans l’un des moments les plus critiques de l’histoire de Rome : la transition entre la République mourante et l’avènement de l’Empire.
1. Contexte Historique : L’An 42 av. J.-C.
Cette année marque un tournant majeur :
Le Second Triumvirat : L’alliance entre Marc Antoine, Octave et Lépide a été officialisée un an plus tôt (loi Titia). Leur mission officielle est de « restaurer la République » (Rei Publicae Constituendae), mais dans les faits, ils se partagent le monde romain.
La Vengeance de César : C’est l’année de la bataille de Philippes, où les Triumvirs affrontent les assassins de Jules César (Brutus et Cassius).
Besoin de Légitimité : Dans ce climat de guerre civile sanglante et de proscriptions, les Triumvirs utilisent la monnaie pour affirmer leur autorité et promettre un avenir meilleur à une population épuisée.
2. Symbolisme du Revers : L’Aion-Pantheos
La figure représentée au revers est une allégorie syncrétique (mélange de divinités) souvent identifiée comme un Genius, un Aion (divinité du temps éternel) ou un Pantheos.
Un condensé de pouvoirs divins
Chaque attribut porté par ce personnage masculin ailé renvoie à une divinité spécifique, créant une image de protection universelle :
La Couronne Radiée : Attribut du Soleil (Sol), symbolisant l’éclat, la lumière et le renouveau (le début d’un nouveau cycle).
Les Ailes : Empruntées à Victoire (Victoria), assurant que le triomphe des Triumvirs est divinement ordonné.
Le Caducée : Symbole de Mercure, représentant la paix, le commerce et la diplomatie.
La Corne d’Abondance : Attribut de Felicitas (la Félicité) ou de l’Abondance, promettant la fin des famines et le retour de la prospérité.
L’Arc et le Carquois : Attributs d’Apollon ou de Diane, évoquant la protection militaire mais aussi la purification.
Le Pied sur le Globe : Symbolise la Domination Universelle (Cosmocrator). Le Triumvirat ne règne pas seulement sur Rome, mais sur le monde entier.
3. Le Message Politique
L’objectif de cette iconographie est de présenter le régime de Marc Antoine et de ses alliés comme le catalyseur d’un Âge d’Or imminent.
« Cette forte dimension syncrétique peut être comprise comme un message politique : la période à venir sera celle de la stabilité, de la fécondité d’un nouvel âge, une nouvelle ère d’espoir. »
En réunissant tous les dieux en une seule figure protectrice, la monnaie suggère que l’unité des Triumvirs apporte une protection totale contre le chaos. C’est une forme précoce de culte de la personnalité qui préfigure l’iconographie impériale d’Auguste.
Le monétaire responsable de l’émission de cet aureus est Publius Clodius, fils de Marcus (P. CLODIVS M. F.).
Malgré la rareté exceptionnelle de ses monnaies d’or, l’identité précise de ce magistrat reste un sujet de débat passionnant parmi les historiens et numismates. Voici les points clés à retenir sur ce personnage et ses fonctions :
1. Son Titre Spécifique : Quattuorvir
Contrairement à la majorité des monétaires romains qui étaient des triumviri (collège de trois), Publius Clodius appartient à un collège de quatre magistrats en 42 av. J.-C. : les Quattuorviri.
La légende
IIII·VIR·A·P·F: Ce titre abrège Quattuorvir Auro Publico Feriundo, soit « l’un des quatre hommes chargés de la frappe de l’or public ».Ses collègues : Il travaillait aux côtés de L. Mussidius Longus, C. Vibius Varus et L. Livineius Regulus. Ensemble, ils ont frappé une série de monnaies prestigieuses pour les trois membres du Triumvirat (Antoine, Octave et Lépide).
2. Hypothèses d’Identité
Ce personnage est « historiquement peu connu » en dehors de ses monnaies, ce qui a mené à plusieurs théories :
P. Clodius Turrinus : L’hypothèse la plus répandue (soutenue par Borghesi et Babelon) l’identifie à un célèbre rhéteur de l’époque mentionné par Sénèque le Père. Selon cette thèse, son père Marcus aurait été ruiné par les guerres civiles en Espagne avant que Publius ne retrouve la fortune grâce à son talent oratoire et son soutien à la cause césarienne.
L’énigme de la filiation : Il ne doit pas être confondu avec le célèbre et turbulent Publius Clodius Pulcher (l’ennemi de Cicéron mort en 52 av. J.-C.), car notre monétaire précise bien être le fils de Marcus (M. F.), alors que Pulcher était le fils d’un Appius. Certains suggèrent toutefois qu’il pourrait être un parent éloigné ou un « homonyme » cherchant à profiter du prestige du nom.
3. Son Rôle Politique
Publius Clodius n’était pas un simple technicien de la monnaie, mais un officier de haut rang chargé de financer l’effort de guerre des Triumvirs.
Production diversifiée : En plus de l’or de Lépide, il a frappé des monnaies pour Marc Antoine, Octave et des séries posthumes pour Jules César.
Syncrétisme et Religion : Ses types monétaires (Apollon, Diane, le Soleil, Fortuna) montrent un intérêt marqué pour les cultes solaires et lunaires, souvent associés à l’idée d’un « Nouvel Âge » ou d’une ère de paix après le chaos, une thématique centrale de la propagande triumvirale.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
P. Clodius Turrinus. Monétaire en 711 (43 av. J.-C.)
Publius Clodius, fils de Marcus Clodius, fut magistrat monétaire en 711 (43 av. J.-C.). On connaît un P. Clodius qui vivait à cette époque, mais il ne saurait être notre monétaire, car il était fils de P. Clodius Pulcher,le célèbre adversaire de Milon,etles médailles disent que le monétaire était fils d’un Marcus. Il faut aussi éviter de confondre le monétaire avec le Clodius que César envoya en Macédoine en 706 (48 av. J.-C.) rejoindre Metellus Scipion; ce dernier doit être le même qu’Appien appelle Clodius Bithynicus qui combattit au siège de Pérouse, fut fait prisonnier et mis à mort sur l’ordre d’Octave en 714 (40 av. J.-C.) ; mais il portait le prénom de Lucius, tandis que le magistrat monétaire s’appelle Publius. Borghesi croit donc qu’il s’agit de P. Clodius Turrinus, rhéteur célèbre, dont parle Sénèque’ Il fut quatuorvir monétaire au commencement du triumvirat d’Octave, An-toine et Lépide; les types de ses médailles se rapportent tous à Jules César, à Antoine et à Octave. Nous donnons aux familles Antonia et Julia, l explication et la figure de toutes les médailles qui portent les têtes de Jules César, de Marc Antoine ou d’Octave. La tête d’Apollon sur le denier n. 14 a été prise généralement pour la tête d’une Muse; on voit cette tête sur des deniers de C. Considius Paetus et de Q. Pomponius Musa; c’est Borghesi qui a démontré qu’il fallait y reconnaitre Apollon, tel qu’il figure sur des pièces d’Apollonia d’Illyrie.
Diane tenant deux torches sur la pièce n. 14, est la Diane Lucifera qu’on voit sur les deniers de C. Vibius Pansa, et sur les monnaies d’Éphèse, de Tralles, de Cius. La tête du Soleil et le croissant entre cinq étoiles, sur la pièce n. 16, qu’on peut rapprocher des types de Manius Aquillius et de L. Lucretius Trio, font peut-être allusion au culte des divinités diurnes et nocturnes, très populaires à Rome. Nous savons, au surplus, !a place importante que le soleil et les autres astres occupent dans les types monétaires de Marc Antoine, d’Octave et de Lépide; les triumvirs, comme plus tard les empereurs, se regardaient comme participes siderum. P. Clodius est le seul, avec ses collègues L. Livineius Regulus et L. Mussidius Longus, qui ait pris le titre de quatuorvir auro publico feriundo.