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1584JU – Aureus Octave – Publius Clodius

Avers : C·CAESAR – III.VIR·R·P.C (Caius Caesar, Triumvir Reipublicae Constituendae)

Tête nue d’Octave à droite.

Revers : P. CLODIVS M. F. IIII VIR A. P. F. (Publius Clodius Marci filins, quatuorvir auro publico feriundo)

Vénus à demi nue, assise à gauche, sur un autel, et tenant de la main droite une colombe, tandis que du bras gauche elle tient Cupidon agenouillé à côté d’elle.

British Museum 8.09g

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ATELIER : Rome

Datation 42 avant J.C.

Matière Or

Gentes Claudia et Julia

Références RRC 494/6a – B.80 (Julia)

Cet aureus, frappé en 42 av. J.-C., est une pièce maîtresse de la propagande politique à la fin de la République romaine. Son symbolisme et son contexte s’inscrivent dans une période de transition brutale entre l’assassinat de Jules César et l’avènement de l’Empire.

1. Le Contexte Historique : L’Urgence de la Guerre

En 42 av. J.-C., Rome est déchirée par la guerre civile des Libérateurs. Le Second Triumvirat (Octave, Marc Antoine et Lépide) a été officialisé l’année précédente par la Lex Titia.

  • Le besoin d’or : Cet aureus fait partie d’une série massive de frappes en or (métal normalement réservé aux urgences d’État) destinées à financer les 28 légions levées pour affronter Brutus et Cassius en Macédoine.

  • L’atelier de Rome : Contrairement à d’autres monnaies de l’époque frappées par des ateliers itinérants suivant les armées, le RRC 494/6 est issu de l’atelier de Rome. Il est signé par le monétaire Publius Clodius, membre d’un collège de quatre magistrats (quattuorviri) dévoués aux triumvirs.

  • L’affirmation d’Octave : À seulement 21 ans, le futur Auguste doit prouver sa légitimité face au charismatique Marc Antoine. La monnaie est son principal outil de communication de masse.

2. Le Symbolisme de l’Avers : L’Héritier de César

Le portrait d’Octave à l’avers porte la légende C·CAESAR·III·VIR·R·P·C.

  • Le nom de César : En s’appelant « Caius Caesar » (et non Octavianus), il martèle son statut de fils adoptif et d’héritier universel du dictateur assassiné.

  • La Tête nue : Le fait qu’il soit représenté tête nue (sans couronne) suggère encore une certaine retenue républicaine, bien que le titre de Triumvir indique un pouvoir extraordinaire pour « restaurer la République ».

3. Le Symbolisme du Revers : La Divine Ascendance

Le revers est le plus riche en symboles, mettant en scène Vénus et Cupidon.

  • Vénus, l’ancêtre mythique : Selon la légende, la Gens Julia (la famille de César et Octave) descend d’Énée, fils de Vénus. En affichant la déesse, Octave ne célèbre pas seulement l’amour, mais sa propre origine divine.

  • La Colombe et Cupidon : Vénus est assise sur un cippus (un socle), tenant une colombe (symbole de paix et de dévotion) tout en embrassant Cupidon. Ce geste souligne la pietas (la piété filiale) : l’amour entre la mère et le fils fait écho à la loyauté qu’Octave doit à son père adoptif, Jules César.

  • Vénus Victrix : Dans ce contexte de guerre imminente, Vénus est aussi Venus Victrix (la victorieuse). On rappelle aux soldats que la divinité qui a guidé César vers la gloire protège désormais son fils.

Le monétaire responsable de l’émission de cet aureus est Publius Clodius, fils de Marcus (P. CLODIVS M. F.).

Malgré la rareté exceptionnelle de ses monnaies d’or, l’identité précise de ce magistrat reste un sujet de débat passionnant parmi les historiens et numismates. Voici les points clés à retenir sur ce personnage et ses fonctions :

1. Son Titre Spécifique : Quattuorvir

Contrairement à la majorité des monétaires romains qui étaient des triumviri (collège de trois), Publius Clodius appartient à un collège de quatre magistrats en 42 av. J.-C. : les Quattuorviri.

  • La légende IIII·VIR·A·P·F : Ce titre abrège Quattuorvir Auro Publico Feriundo, soit « l’un des quatre hommes chargés de la frappe de l’or public ».

  • Ses collègues : Il travaillait aux côtés de L. Mussidius Longus, C. Vibius Varus et L. Livineius Regulus. Ensemble, ils ont frappé une série de monnaies prestigieuses pour les trois membres du Triumvirat (Antoine, Octave et Lépide).

2. Hypothèses d’Identité

Ce personnage est « historiquement peu connu » en dehors de ses monnaies, ce qui a mené à plusieurs théories :

  • P. Clodius Turrinus : L’hypothèse la plus répandue (soutenue par Borghesi et Babelon) l’identifie à un célèbre rhéteur de l’époque mentionné par Sénèque le Père. Selon cette thèse, son père Marcus aurait été ruiné par les guerres civiles en Espagne avant que Publius ne retrouve la fortune grâce à son talent oratoire et son soutien à la cause césarienne.

  • L’énigme de la filiation : Il ne doit pas être confondu avec le célèbre et turbulent Publius Clodius Pulcher (l’ennemi de Cicéron mort en 52 av. J.-C.), car notre monétaire précise bien être le fils de Marcus (M. F.), alors que Pulcher était le fils d’un Appius. Certains suggèrent toutefois qu’il pourrait être un parent éloigné ou un « homonyme » cherchant à profiter du prestige du nom.

3. Son Rôle Politique

Publius Clodius n’était pas un simple technicien de la monnaie, mais un officier de haut rang chargé de financer l’effort de guerre des Triumvirs.

  • Production diversifiée : En plus de l’or de Lépide, il a frappé des monnaies pour Marc AntoineOctave et des séries posthumes pour Jules César.

  • Syncrétisme et Religion : Ses types monétaires (Apollon, Diane, le Soleil, Fortuna) montrent un intérêt marqué pour les cultes solaires et lunaires, souvent associés à l’idée d’un « Nouvel Âge » ou d’une ère de paix après le chaos, une thématique centrale de la propagande triumvirale.

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon

P. Clodius Turrinus. Monétaire en 711 (43 av. J.-C.)

Publius Clodius, fils de Marcus Clodius, fut magistrat monétaire en 711 (43 av. J.-C.). On connaît un P. Clodius qui vivait à cette époque, mais il ne saurait être notre monétaire, car il était fils de P. Clodius Pulcher,le célèbre adversaire de Milon,etles médailles disent que le monétaire était fils d’un Marcus. Il faut aussi éviter de confondre le monétaire avec le Clodius que César envoya en Macédoine en 706 (48 av. J.-C.) rejoindre Metellus Scipion; ce dernier doit être le même qu’Appien appelle Clodius Bithynicus qui combattit au siège de Pérouse, fut fait prisonnier et mis à mort sur l’ordre d’Octave en 714 (40 av. J.-C.) ; mais il portait le prénom de Lucius, tandis que le magistrat monétaire s’appelle Publius. Borghesi croit donc qu’il s’agit de P. Clodius Turrinus, rhéteur célèbre, dont parle Sénèque’ Il fut quatuorvir monétaire au commencement du triumvirat d’Octave, An-toine et Lépide; les types de ses médailles se rapportent tous à Jules César, à Antoine et à Octave. Nous donnons aux familles Antonia et Julia, l explication et la figure de toutes les médailles qui portent les têtes de Jules César, de Marc Antoine ou d’Octave. La tête d’Apollon sur le denier n. 14 a été prise généralement pour la tête d’une Muse; on voit cette tête sur des deniers de C. Considius Paetus et de Q. Pomponius Musa; c’est Borghesi qui a démontré qu’il fallait y reconnaitre Apollon, tel qu’il figure sur des pièces d’Apollonia d’Illyrie.
Diane tenant deux torches sur la pièce n. 14, est la Diane Lucifera qu’on voit sur les deniers de C. Vibius Pansa, et sur les monnaies d’Éphèse, de Tralles, de Cius. La tête du Soleil et le croissant entre cinq étoiles, sur la pièce n. 16, qu’on peut rapprocher des types de Manius Aquillius et de L. Lucretius Trio, font peut-être allusion au culte des divinités diurnes et nocturnes, très populaires à Rome. Nous savons, au surplus, !a place importante que le soleil et les autres astres occupent dans les types monétaires de Marc Antoine, d’Octave et de Lépide; les triumvirs, comme plus tard les empereurs, se regardaient comme participes siderum. P. Clodius est le seul, avec ses collègues L. Livineius Regulus et L. Mussidius Longus, qui ait pris le titre de quatuorvir auro publico feriundo.

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