
1597JU – Denier Octave – Publius Clodius
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ATELIER : Rome
Ce denier est une pièce maîtresse de la propagande politique à la fin de la République romaine. Frappé en 42 av. J.-C., il s’inscrit dans une année charnière où l’avenir de Rome se joue par les armes et par l’image.
1. Le Contexte Historique : L’Année des Vengeurs (42 av. J.-C.)
L’année 42 av. J.-C. est celle de la confrontation finale entre les héritiers de César (Octavien, Marc Antoine et Lépide) et ses assassins (Brutus et Cassius).
Le Second Triumvirat : Octavien vient d’être officiellement reconnu comme triumvir (voir la légende
III·VIR·R·P·C). Son autorité repose sur la légalité du triumvirat, mais surtout sur son statut de fils adoptif du défunt dictateur.La Guerre Civile : Au moment où ce denier circule, les armées se dirigent vers la bataille de Philippes. L’enjeu est de financer les légions tout en légitimant la cause césarienne auprès des soldats et des citoyens.
2. Le Symbolisme de l’Avers : Le Deuil et la Divinité
Le portrait d’Octavien à l’avers porte une symbolique forte :
La Barbe de Deuil : Octavien est représenté barbu (barbatulus). Chez les Romains, laisser pousser sa barbe était un signe de deuil profond. Ici, il affiche publiquement son chagrin pour la mort de Jules César, soulignant son devoir de vengeance.
Le Nom de CAESAR : En utilisant ce nom dans la légende, il affirme qu’il est l’unique héritier politique et familial du « Divin Jules », s’opposant frontalement aux républicains qui voient en lui un usurpateur.
3. Le Symbolisme du Revers : La Vertu de la Pietas
Le revers présente la déesse Pietas, un choix loin d’être anodin pour le monétaire P. Clodius M.f. :
La Piété Filiale : La Pietas ne signifie pas seulement la dévotion religieuse, mais surtout le respect des devoirs envers la famille et l’État. Pour Octavien, la Pietas est l’argument moral suprême : il ne fait pas la guerre par ambition, mais par « piété » envers son père assassiné.
Lien avec la Gens Clodia : Le choix de ce motif par le monétaire P. Clodius peut aussi refléter une tradition familiale, car les monétaires utilisaient souvent les types pour célébrer les vertus ou les exploits de leurs ancêtres.
Les Attributs : Pietas tient souvent un rameau (paix retrouvée après le devoir accompli) ou un sceptre (autorité morale). Elle incarne la promesse d’un retour à l’ordre après le chaos des ides de Mars.
En résumé
Ce denier est un outil de légitimation. Il transforme une guerre civile sanglante en une mission sacrée. L’association de l’image du jeune Octavien en deuil avec la figure de la Pietas permet d’ancrer le pouvoir du futur Auguste dans les valeurs les plus traditionnelles de Rome (mos maiorum).
Le monétaire responsable de l’émission de cette monnaie est Publius Clodius, fils de Marcus (P. Clodius M.f.).
Malgré l’importance de son monnayage, l’homme derrière le nom reste une figure relativement mystérieuse de l’histoire romaine. Voici ce que nous savons de lui :
1. Identité et Origines
Nom complet : Publius Clodius M.f. Turrinus (parfois identifié avec le cognomen Turrinus).
La Gens Clodia : Il appartient à la gens Clodia, une variante orthographique « populaire » de la célèbre et ancienne famille patricienne des Claudii. Cette modification de nom était souvent un choix politique pour paraître plus proche du peuple (populares).
Distinction généalogique : Il est crucial de ne pas le confondre avec le célèbre et sulfureux Publius Clodius Pulcher (l’ennemi de Cicéron tué en 52 av. J.-C.). Notre monétaire précise bien M.f. (Marci filius, fils de Marcus), alors que le célèbre tribun était le fils d’un Appius.
2. Son rôle en 42 av. J.-C.
Publius Clodius faisait partie des Quattuorviri Monetales (un collège de quatre magistrats chargés de la monnaie) de l’année 42 av. J.-C. Ses collègues étaient :
L. Mussidius Longus
L. Livineius Regulus
C. Vibius Varus
Ce groupe a travaillé sous l’autorité directe du Second Triumvirat. Leur mission principale était de financer la campagne militaire contre les assassins de César (Brutus et Cassius).
3. Un monétaire polyvalent
Bien que le denier au portrait de César (RRC 494/16) soit le plus célèbre, P. Clodius a supervisé une production diversifiée cette année-là :
Il a frappé des monnaies pour les trois triumvirs (Octave, Marc Antoine et Lépide), utilisant souvent le même revers au type de Mars, symbolisant la solidarité du triumvirat dans la guerre à venir.
Il a également émis des types plus « classiques » mettant en scène des divinités comme Apollon et Diane Lucifère (comme sur le denier RRC 494/23), ce qui, selon LesDioscures.com, pourrait être lié aux cultes sabins d’origine de sa famille ou à la déification de César.
4. Style artistique
On lui attribue le mérite d’être revenu à un style de portrait réaliste pour César. Alors que d’autres monétaires de l’époque tendaient vers une idéalisation du dictateur défunt, les coins de P. Clodius conservent les traits caractéristiques et humains de César, renforçant ainsi l’impact émotionnel et politique de la monnaie auprès des soldats.
En résumé : Publius Clodius M.f. est un magistrat dont la carrière politique est peu documentée en dehors de ses monnaies, mais son travail témoigne d’une grande maîtrise de la propagande visuelle au service des héritiers de César.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
P. Clodius Turrinus. Monétaire en 711 (43 av. J.-C.)
Publius Clodius, fils de Marcus Clodius, fut magistrat monétaire en 711 (43 av. J.-C.). On connaît un P. Clodius qui vivait à cette époque, mais il ne saurait être notre monétaire, car il était fils de P. Clodius Pulcher,le célèbre adversaire de Milon,etles médailles disent que le monétaire était fils d’un Marcus. Il faut aussi éviter de confondre le monétaire avec le Clodius que César envoya en Macédoine en 706 (48 av. J.-C.) rejoindre Metellus Scipion; ce dernier doit être le même qu’Appien appelle Clodius Bithynicus qui combattit au siège de Pérouse, fut fait prisonnier et mis à mort sur l’ordre d’Octave en 714 (40 av. J.-C.) ; mais il portait le prénom de Lucius, tandis que le magistrat monétaire s’appelle Publius. Borghesi croit donc qu’il s’agit de P. Clodius Turrinus, rhéteur célèbre, dont parle Sénèque’ Il fut quatuorvir monétaire au commencement du triumvirat d’Octave, An-toine et Lépide; les types de ses médailles se rapportent tous à Jules César, à Antoine et à Octave. Nous donnons aux familles Antonia et Julia, l explication et la figure de toutes les médailles qui portent les têtes de Jules César, de Marc Antoine ou d’Octave. La tête d’Apollon sur le denier n. 14 a été prise généralement pour la tête d’une Muse; on voit cette tête sur des deniers de C. Considius Paetus et de Q. Pomponius Musa; c’est Borghesi qui a démontré qu’il fallait y reconnaitre Apollon, tel qu’il figure sur des pièces d’Apollonia d’Illyrie.
Diane tenant deux torches sur la pièce n. 14, est la Diane Lucifera qu’on voit sur les deniers de C. Vibius Pansa, et sur les monnaies d’Éphèse, de Tralles, de Cius. La tête du Soleil et le croissant entre cinq étoiles, sur la pièce n. 16, qu’on peut rapprocher des types de Manius Aquillius et de L. Lucretius Trio, font peut-être allusion au culte des divinités diurnes et nocturnes, très populaires à Rome. Nous savons, au surplus, !a place importante que le soleil et les autres astres occupent dans les types monétaires de Marc Antoine, d’Octave et de Lépide; les triumvirs, comme plus tard les empereurs, se regardaient comme participes siderum. P. Clodius est le seul, avec ses collègues L. Livineius Regulus et L. Mussidius Longus, qui ait pris le titre de quatuorvir auro publico feriundo.