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1604LI – Aureus Livineia – Lucius Livineius Regulus

Avers : REGVLVS – .P.R (Regulus Prætor, Régulus préteur)

Tête du préteur Lucius Livineius Regulus à droite.

Revers : L·LIVINEIVS – REGVLVS (Lucius Livineius Régulus)

Chaise curule accostée de trois faisceaux de chaque côté.

Bibliothèque nationale de France 8.09g

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10+

ATELIER : Rome

Datation 42 avant J.C.

Matière Or

Gens Livineia

Références RRC 494/26a – B.9 (Livineia) – CRR.1108

Variante : Crawford répertorie une variante avec la légende REGVLVS écrite de haut en bas. Je n’ai pas encore observé cet aureus.

Référence RRC 494/26b

Cette monnaie est une monnaie fascinante car elle illustre une période de transition brutale : celle où les traditions de la République romaine se mêlent aux prémices du culte de la personnalité qui définira l’Empire.

Voici une analyse approfondie de son symbolisme et du contexte tendu de sa création.


1. Le Symbolisme : L’affirmation de la « Dignitas »

Alors que la plupart des monnaies de 42 av. J.-C. servent la propagande des triumvirs (Octave, Antoine, Lépide), Lucius Livineius Regulus choisit d’honorer sa propre lignée.

  • Le Portrait de l’Avers (Le Préteur) : Le visage représenté est celui de son ancêtre. À cette époque, le portrait d’un homme vivant sur une monnaie était encore une innovation récente et controversée (introduite par Jules César). En plaçant son ancêtre sur l’or, le monétaire utilise ce nouveau « privilège » pour rappeler que sa famille appartient à l’élite dirigeante depuis des générations.

  • La Chaise Curule (Sella Curulis) : Ce n’est pas un simple meuble. C’est le siège sur lequel les magistrats supérieurs (consuls, préteurs) rendaient la justice. Elle symbolise le pouvoir légal et le droit de commandement.

  • Les Faisceaux (Fasces) : Les douze faisceaux (six de chaque côté) flanquant la chaise curule représentent le pouvoir de punir et d’exécuter. C’est l’attribut des licteurs qui précédaient les hauts magistrats. Leur nombre ici confirme le rang de préteur de l’ancêtre.

2. Le Contexte Historique : Rome en 42 av. J.-C.

L’année 42 av. J.-C. est l’une des plus sombres et des plus décisives de l’histoire romaine.

  • Le Second Triumvirat : Octave, Marc Antoine et Lépide ont pris le contrôle de Rome. Ils ont instauré les proscriptions, une liste de citoyens (dont Cicéron) condamnés à mort pour financer leurs armées et éliminer leurs opposants.

  • La Guerre contre les Libérateurs : Au moment où cet aureus est frappé à Rome, les armées des triumvirs s’apprêtent à affronter Brutus et Cassius (les assassins de César) à la bataille de Philippes.

  • Le besoin d’Or : La frappe d’aurei (monnaies d’or) à cette période est massive car elle sert exclusivement à payer les légions. L’or est le métal de la guerre et de la loyauté des soldats.


3. Pourquoi ce type monétaire est-il unique ?

Dans un climat où tout doit converger vers la gloire des trois nouveaux maîtres de Rome, ce type est une anomalie conservatrice.

Cette pièce est la seule du groupe de Regulus à ne pas céder à l’iconographie des triumvirs. C’est un acte de résistance symbolique ou, du moins, une volonté farouche de préserver le prestige des anciennes familles républicaines face à la montée des dictateurs.

Note historique : La finesse du portrait sur cet aureus témoigne de l’excellence des graveurs de l’atelier de Rome, capables de rendre un réalisme saisissant (style « vériste ») typique de la fin de la République.

Le monétaire Lucius Livineius Regulus est un personnage clé de la numismatique de la fin de la République, bien que sa biographie reste mystérieuse. Il fait partie de la gens Livineia, une famille plébéienne qui accède à la notoriété sous Jules César.

Il appartient au collège des quatre magistrats monétaires de l’année 42 av. J.-C. (les Quattuorviri), aux côtés de L. Mussidius Longus, P. Clodius et C. Vibius Varus.

1. Fonctions et Rôle Politique

  • Quattuorvir Monétaire : Sa mission principale était de superviser la frappe des monnaies destinées à financer l’effort de guerre du second Triumvirat.

  • Préfet de la Ville (Praefectus Urbi) : Sur certaines de ses émissions (comme le denier RRC 494/28), il porte le titre de PRAEF VR. Selon l’analyse de T.V. Buttrey reprise par LesDioscures.com, il aurait exercé cette fonction prestigieuse à Rome en l’absence des consuls, ce qui en faisait probablement le membre le plus influent de son collège monétaire (primus).

2. Une Famille liée à César et Cicéron

Le monétaire utilise ses monnaies pour glorifier son lignage, une pratique courante à cette époque de « promotion personnelle » :

  • Le Père (L. Livineius Regulus) : Il était un ami proche de Cicéron. En tant que Préteur, il a servi comme lieutenant (legatus) de Jules César lors de la campagne d’Afrique en 46 av. J.-C. Son portrait apparaît d’ailleurs sur d’autres deniers de la série (RRC 494/27 et 494/29).

  • Loyauté Césarienne : La famille semble avoir été indéfectiblement liée au parti de César, ce qui explique pourquoi Lucius Livineius Regulus a été chargé de frapper les portraits de César divinisé ainsi que ceux d’Octave, Marc Antoine et Lépide.

3. Les Types Monétaires associés

En dehors du célèbre denier au taureau (RRC 494/24), ce monétaire a produit d’autres types remarquables mettant en scène son histoire familiale :

  • Scènes de Venatio : Des combats de gladiateurs ou de bêtes sauvages (lion, sanglier) qui rappellent probablement les jeux organisés par son père ou ses ancêtres.

  • Chaire Curule : Symbole du pouvoir des magistrats supérieurs (préteurs), entourée de faisceaux de licteurs, pour souligner le rang sénatorial de sa lignée.

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon

Le gentilicium Livineius n’a été porté que par des Reguli qui eux-mêmes n’étaient qu’une branche de la gens Atilia. On considère comme certain que les deux frères L. Regulus et M. Regulus, que Cicéron cite parmi ses meilleurs amis, étaient des Livineii. On connaît encore un Livineius Regulus qui fut sénateur sous Tibère. Deux membres de la famille Livineia ont frappé monnaie; ils portent l’un et l’autre le nom de L. Livineius Regulus.

L. Livineius Regulus. Monétaire en 711-712 (43-42 av. J.-C.)

Ce personnage est historiquement inconnu; tout ce que l’on peut dire avec certitude, c’est qu’il fut triumvir monétaire avec L. Mussidius Longus, P. Clodius et C. Vibius Varus. La date des fonctions de ce collège est l’an 711-712 et non, comme l’a cru Mommsen, l’an 716.
Les monnaies de L. Livineius Regulus, comme celles de ses collègues, peuvent se partager en diverses catégories : 1° celles qui portent la tête de Jules César, mort l’année précédente; 2° celles qui ont la tête de Marc Antoine; 3° celles qui ont la tête d’Octave: 4° celles qui ont la tête de Lépide; 5° enfin celles qui portent exclusivement des types spéciaux au monétaire et se rapportant à l’histoire de sa famille. La tête qui figure sur les médailles de cette dernière série (n° 8 à 13) est celle du préteur L. Livineius Regulus, père du monétaire. Ce portrait figure sur les monnaies à titre de souvenir de famille, et l’on constate des exemples analogues pour C. AntiusRestio, M. Arrius Secundus, C. Numonius Vaala, C. Coelius Caldus et d’autres encore. Le préteur L. Regulus est probablement l’ami de Cicéron dont nous avons parlé tout à l’heure et qui fut lieutenant de Jules César pendant la guerre d’Afrique en 708 (46 av.J.-C.).

La médaille n° 8 exige un commentaire particulier à cause de sa légende. Le magistrat monétaire s’appelle ainsi sur cette pièce : Regulusfilins, praefectus Urbis. Il était donc préfet de Rome quand il lit frapper cette monnaie et les suivantes ; mais les pièces précédentes lui donnent le titre de quatuorvir auro publico feriundo. Par conséquent, il faut admettre l’une des deux hypothèses suivantes : ou bien, qu’il s’agit de deux personnages différents, l’un qui a été magistrat monétaire en 711-712, l’autre qui a frappé monnaie comme praefectus Urbis, peut-être en 709 (45 av. J.-C.), avec L. Munatius Plancus,pendant que César était parti pour son expédition d’Espagne, abandonnant aux préfets urbains le gouvernement de Rome’; ou bien, que le triumvir monétaire de l’an 711 fut, peu après l’expiration de sa charge en 712, élevé aux fonctions de praefectus Urbis- et qu’il continua en cette qualité à battre monnaie. Nous préférons cette dernière hypothèse. Les monnaies en question sont donc un peu postérieures à celles où le même personnage porte le titre de quatuorvir ; leurs types de revers se rapportent soit aux fonctions du pracfecius Urbis qui était chargé de l’approvisionnement de Rome (n° 13), soit aux insignes de sa dignité, comme la sella curulis (nos 8, 9 et 10), soit enfin aux jeux et aux fêtes données pendant l’exercice de sa charge (n° 12) : nous savons précisément qu’en l’an 712, Octave fit donner des jeux Apollinaires splendides dans lesquels figurèrent des combats d’animaux féroces.

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