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1606LI – Denier Livineia – Lucius Livineius Regulus

Avers : Anepigraphe

Tête du préteur Lucius Livineius Regulus à droite.

Revers : L·LIVINEIVS – REGVLVS (Lucius Livineius Régulus)

Chaise curule accostée de trois faisceaux de chaque côté.

Bibliothèque nationale de France 3.93g

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10+

ATELIER : Rome

Datation 42 avant J.C.

Matière Argent

Gens Livineia

Références RRC 494/28 – B.11 (Livineia) – CRR.1110

L’émission de ce denier par L. Livineius Regulus en 42 av. J.-C. est exemplaire de la monnaie « familiale » romaine, utilisée comme outil de légitimation politique dans le chaos qui a suivi l’assassinat de Jules César.

Voici l’analyse du symbolisme et du contexte historique de cette pièce :

1. Le Symbolisme : L’affirmation du prestige familial

À cette époque, les monétaires (les magistrats chargés de la frappe) utilisaient les types monétaires pour honorer leurs ancêtres et, par extension, rehausser leur propre statut social et politique.

  • Le Portrait (Avers) : Contrairement aux monnaies de l’époque qui commençaient à représenter des chefs vivants (comme Octave ou Marc Antoine), Regulus choisit de représenter son père, le préteur Lucius Regulus. C’est un acte de Pietas (dévoir filial), mais aussi une manière de rappeler que sa famille appartient à l’élite dirigeante.

  • La Chaise Curule (Sella Curulis) : C’est le symbole suprême de la potestas (le pouvoir légal). Seuls les hauts magistrats (Consuls, Préteurs) avaient le droit de s’y asseoir. Sa présence au revers confirme le rang de la famille.

  • Les Faisceaux (Fasces) : Les trois faisceaux de chaque côté (soit six au total) correspondent exactement au nombre de licteurs qui accompagnaient un Préteur. Ce détail héraldique est une preuve visuelle du mandat exercé par l’ancêtre du monétaire.

2. Le Contexte Historique : Rome en 42 av. J.-C.

L’année 42 av. J.-C. est l’une des plus critiques de l’histoire romaine.

  • Le Second Triumvirat : Octave, Marc Antoine et Lépide ont pris le contrôle de Rome. Ils préparent la campagne de Philippes contre les meurtriers de César (Brutus et Cassius).

  • Le besoin de financement : Cette monnaie a été frappée pour financer l’effort de guerre colossal des triumvirs. La série 494, à laquelle appartient ce denier, est vaste car elle répond à un besoin urgent de liquidités pour payer les légions.

  • La transition politique : On observe une tension iconographique. D’un côté, le monétaire Regulus utilise encore les codes traditionnels de la République (honneur aux ancêtres et aux magistratures). De l’autre, il frappe également des monnaies pour les triumvirs, illustrant le passage d’une République de familles à un régime de chefs militaires.

Le monétaire Lucius Livineius Regulus est un personnage clé de la numismatique de la fin de la République, bien que sa biographie reste mystérieuse. Il fait partie de la gens Livineia, une famille plébéienne qui accède à la notoriété sous Jules César.

Il appartient au collège des quatre magistrats monétaires de l’année 42 av. J.-C. (les Quattuorviri), aux côtés de L. Mussidius Longus, P. Clodius et C. Vibius Varus.

1. Fonctions et Rôle Politique

  • Quattuorvir Monétaire : Sa mission principale était de superviser la frappe des monnaies destinées à financer l’effort de guerre du second Triumvirat.

  • Préfet de la Ville (Praefectus Urbi) : Sur certaines de ses émissions (comme le denier RRC 494/28), il porte le titre de PRAEF VR. Selon l’analyse de T.V. Buttrey reprise par LesDioscures.com, il aurait exercé cette fonction prestigieuse à Rome en l’absence des consuls, ce qui en faisait probablement le membre le plus influent de son collège monétaire (primus).

2. Une Famille liée à César et Cicéron

Le monétaire utilise ses monnaies pour glorifier son lignage, une pratique courante à cette époque de « promotion personnelle » :

  • Le Père (L. Livineius Regulus) : Il était un ami proche de Cicéron. En tant que Préteur, il a servi comme lieutenant (legatus) de Jules César lors de la campagne d’Afrique en 46 av. J.-C. Son portrait apparaît d’ailleurs sur d’autres deniers de la série (RRC 494/27 et 494/29).

  • Loyauté Césarienne : La famille semble avoir été indéfectiblement liée au parti de César, ce qui explique pourquoi Lucius Livineius Regulus a été chargé de frapper les portraits de César divinisé ainsi que ceux d’Octave, Marc Antoine et Lépide.

3. Les Types Monétaires associés

En dehors du célèbre denier au taureau (RRC 494/24), ce monétaire a produit d’autres types remarquables mettant en scène son histoire familiale :

  • Scènes de Venatio : Des combats de gladiateurs ou de bêtes sauvages (lion, sanglier) qui rappellent probablement les jeux organisés par son père ou ses ancêtres.

  • Chaire Curule : Symbole du pouvoir des magistrats supérieurs (préteurs), entourée de faisceaux de licteurs, pour souligner le rang sénatorial de sa lignée.

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon

Le gentilicium Livineius n’a été porté que par des Reguli qui eux-mêmes n’étaient qu’une branche de la gens Atilia. On considère comme certain que les deux frères L. Regulus et M. Regulus, que Cicéron cite parmi ses meilleurs amis, étaient des Livineii. On connaît encore un Livineius Regulus qui fut sénateur sous Tibère. Deux membres de la famille Livineia ont frappé monnaie; ils portent l’un et l’autre le nom de L. Livineius Regulus.

L. Livineius Regulus. Monétaire en 711-712 (43-42 av. J.-C.)

Ce personnage est historiquement inconnu; tout ce que l’on peut dire avec certitude, c’est qu’il fut triumvir monétaire avec L. Mussidius Longus, P. Clodius et C. Vibius Varus. La date des fonctions de ce collège est l’an 711-712 et non, comme l’a cru Mommsen, l’an 716.
Les monnaies de L. Livineius Regulus, comme celles de ses collègues, peuvent se partager en diverses catégories : 1° celles qui portent la tête de Jules César, mort l’année précédente; 2° celles qui ont la tête de Marc Antoine; 3° celles qui ont la tête d’Octave: 4° celles qui ont la tête de Lépide; 5° enfin celles qui portent exclusivement des types spéciaux au monétaire et se rapportant à l’histoire de sa famille. La tête qui figure sur les médailles de cette dernière série (n° 8 à 13) est celle du préteur L. Livineius Regulus, père du monétaire. Ce portrait figure sur les monnaies à titre de souvenir de famille, et l’on constate des exemples analogues pour C. AntiusRestio, M. Arrius Secundus, C. Numonius Vaala, C. Coelius Caldus et d’autres encore. Le préteur L. Regulus est probablement l’ami de Cicéron dont nous avons parlé tout à l’heure et qui fut lieutenant de Jules César pendant la guerre d’Afrique en 708 (46 av.J.-C.).

La médaille n° 8 exige un commentaire particulier à cause de sa légende. Le magistrat monétaire s’appelle ainsi sur cette pièce : Regulusfilins, praefectus Urbis. Il était donc préfet de Rome quand il lit frapper cette monnaie et les suivantes ; mais les pièces précédentes lui donnent le titre de quatuorvir auro publico feriundo. Par conséquent, il faut admettre l’une des deux hypothèses suivantes : ou bien, qu’il s’agit de deux personnages différents, l’un qui a été magistrat monétaire en 711-712, l’autre qui a frappé monnaie comme praefectus Urbis, peut-être en 709 (45 av. J.-C.), avec L. Munatius Plancus,pendant que César était parti pour son expédition d’Espagne, abandonnant aux préfets urbains le gouvernement de Rome’; ou bien, que le triumvir monétaire de l’an 711 fut, peu après l’expiration de sa charge en 712, élevé aux fonctions de praefectus Urbis- et qu’il continua en cette qualité à battre monnaie. Nous préférons cette dernière hypothèse. Les monnaies en question sont donc un peu postérieures à celles où le même personnage porte le titre de quatuorvir ; leurs types de revers se rapportent soit aux fonctions du pracfecius Urbis qui était chargé de l’approvisionnement de Rome (n° 13), soit aux insignes de sa dignité, comme la sella curulis (nos 8, 9 et 10), soit enfin aux jeux et aux fêtes données pendant l’exercice de sa charge (n° 12) : nous savons précisément qu’en l’an 712, Octave fit donner des jeux Apollinaires splendides dans lesquels figurèrent des combats d’animaux féroces.

Lieux de découverte (34 exemplaires)

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