
1607LI – Denier Livineia – Lucius Livineius Regulus
Avers : Anepigraphe
Tête du préteur Lucius Livineius Regulus à droite.
Revers : L·LIVINEIVS – REGVLVS (Lucius Livineius Régulus)
Modius entre deux épis.
INDICE DE RARETE : 7
1
10+
ATELIER : Rome
Datation : 42 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Livineia
Références : RRC 494/29 – B.13 (Livineia) – Syd.1111
1. Symbolisme Iconographique : Le ravitaillement de Rome
Ce denier délaisse les insignes du pouvoir judiciaire (la chaise curule) pour se concentrer sur la prospérité et l’annone (le ravitaillement en blé).
L’Avers (Anépigraphe) : Le portrait reste celui du préteur Lucius Livineius Regulus, mais sans la légende « REGVLVS PR ». Le réalisme du visage souligne toujours la lignée familiale.
Le Revers (Le Modius et les épis) : * Le Modius : C’est le récipient servant de mesure pour le grain.
Les Épis : Ils encadrent le modius et symbolisent l’abondance.
Signification : Ce revers fait très probablement référence à une charge exercée par l’ancêtre du monétaire (peut-être en tant qu’édile ou préteur) liée à la gestion des distributions de blé. C’est une manière de rappeler que la famille Livineia a pris soin du peuple de Rome en assurant sa subsistance.
2. Contexte Historique : La famine et la guerre navale
Le choix de ce symbole en 42 av. J.-C. n’est pas anodin :
Le blocus de Sextus Pompée : À cette période, le fils de Pompée le Grand contrôle la Sicile et impose un blocus maritime à l’Italie, provoquant de graves pénuries de blé et des famines à Rome.
Propagande Triumvirale : En frappant une monnaie montrant un modius et des épis, le monétaire (travaillant pour les Triumvirs) envoie un message d’espoir et de réassurance. Cela suggère que le pouvoir en place s’occupe de la crise frumentaire et que le retour à l’abondance est une priorité.
Le monétaire Lucius Livineius Regulus est un personnage clé de la numismatique de la fin de la République, bien que sa biographie reste mystérieuse. Il fait partie de la gens Livineia, une famille plébéienne qui accède à la notoriété sous Jules César.
Il appartient au collège des quatre magistrats monétaires de l’année 42 av. J.-C. (les Quattuorviri), aux côtés de L. Mussidius Longus, P. Clodius et C. Vibius Varus.
1. Fonctions et Rôle Politique
Quattuorvir Monétaire : Sa mission principale était de superviser la frappe des monnaies destinées à financer l’effort de guerre du second Triumvirat.
Préfet de la Ville (Praefectus Urbi) : Sur certaines de ses émissions (comme le denier RRC 494/28), il porte le titre de
PRAEF VR. Selon l’analyse de T.V. Buttrey reprise par LesDioscures.com, il aurait exercé cette fonction prestigieuse à Rome en l’absence des consuls, ce qui en faisait probablement le membre le plus influent de son collège monétaire (primus).
2. Une Famille liée à César et Cicéron
Le monétaire utilise ses monnaies pour glorifier son lignage, une pratique courante à cette époque de « promotion personnelle » :
Le Père (L. Livineius Regulus) : Il était un ami proche de Cicéron. En tant que Préteur, il a servi comme lieutenant (legatus) de Jules César lors de la campagne d’Afrique en 46 av. J.-C. Son portrait apparaît d’ailleurs sur d’autres deniers de la série (RRC 494/27 et 494/29).
Loyauté Césarienne : La famille semble avoir été indéfectiblement liée au parti de César, ce qui explique pourquoi Lucius Livineius Regulus a été chargé de frapper les portraits de César divinisé ainsi que ceux d’Octave, Marc Antoine et Lépide.
3. Les Types Monétaires associés
En dehors du célèbre denier au taureau (RRC 494/24), ce monétaire a produit d’autres types remarquables mettant en scène son histoire familiale :
Scènes de Venatio : Des combats de gladiateurs ou de bêtes sauvages (lion, sanglier) qui rappellent probablement les jeux organisés par son père ou ses ancêtres.
Chaire Curule : Symbole du pouvoir des magistrats supérieurs (préteurs), entourée de faisceaux de licteurs, pour souligner le rang sénatorial de sa lignée.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
Le gentilicium Livineius n’a été porté que par des Reguli qui eux-mêmes n’étaient qu’une branche de la gens Atilia. On considère comme certain que les deux frères L. Regulus et M. Regulus, que Cicéron cite parmi ses meilleurs amis, étaient des Livineii. On connaît encore un Livineius Regulus qui fut sénateur sous Tibère. Deux membres de la famille Livineia ont frappé monnaie; ils portent l’un et l’autre le nom de L. Livineius Regulus.
L. Livineius Regulus. Monétaire en 711-712 (43-42 av. J.-C.)
Ce personnage est historiquement inconnu; tout ce que l’on peut dire avec certitude, c’est qu’il fut triumvir monétaire avec L. Mussidius Longus, P. Clodius et C. Vibius Varus. La date des fonctions de ce collège est l’an 711-712 et non, comme l’a cru Mommsen, l’an 716.
Les monnaies de L. Livineius Regulus, comme celles de ses collègues, peuvent se partager en diverses catégories : 1° celles qui portent la tête de Jules César, mort l’année précédente; 2° celles qui ont la tête de Marc Antoine; 3° celles qui ont la tête d’Octave: 4° celles qui ont la tête de Lépide; 5° enfin celles qui portent exclusivement des types spéciaux au monétaire et se rapportant à l’histoire de sa famille. La tête qui figure sur les médailles de cette dernière série (n° 8 à 13) est celle du préteur L. Livineius Regulus, père du monétaire. Ce portrait figure sur les monnaies à titre de souvenir de famille, et l’on constate des exemples analogues pour C. AntiusRestio, M. Arrius Secundus, C. Numonius Vaala, C. Coelius Caldus et d’autres encore. Le préteur L. Regulus est probablement l’ami de Cicéron dont nous avons parlé tout à l’heure et qui fut lieutenant de Jules César pendant la guerre d’Afrique en 708 (46 av.J.-C.).
La médaille n° 8 exige un commentaire particulier à cause de sa légende. Le magistrat monétaire s’appelle ainsi sur cette pièce : Regulusfilins, praefectus Urbis. Il était donc préfet de Rome quand il lit frapper cette monnaie et les suivantes ; mais les pièces précédentes lui donnent le titre de quatuorvir auro publico feriundo. Par conséquent, il faut admettre l’une des deux hypothèses suivantes : ou bien, qu’il s’agit de deux personnages différents, l’un qui a été magistrat monétaire en 711-712, l’autre qui a frappé monnaie comme praefectus Urbis, peut-être en 709 (45 av. J.-C.), avec L. Munatius Plancus,pendant que César était parti pour son expédition d’Espagne, abandonnant aux préfets urbains le gouvernement de Rome’; ou bien, que le triumvir monétaire de l’an 711 fut, peu après l’expiration de sa charge en 712, élevé aux fonctions de praefectus Urbis- et qu’il continua en cette qualité à battre monnaie. Nous préférons cette dernière hypothèse. Les monnaies en question sont donc un peu postérieures à celles où le même personnage porte le titre de quatuorvir ; leurs types de revers se rapportent soit aux fonctions du pracfecius Urbis qui était chargé de l’approvisionnement de Rome (n° 13), soit aux insignes de sa dignité, comme la sella curulis (nos 8, 9 et 10), soit enfin aux jeux et aux fêtes données pendant l’exercice de sa charge (n° 12) : nous savons précisément qu’en l’an 712, Octave fit donner des jeux Apollinaires splendides dans lesquels figurèrent des combats d’animaux féroces.
Lieux de découverte (29 exemplaires)