
1632CA – Aureus Cassius – Caius Cassius Longinus
Avers : LIBERTAS M·AQVINVS·LEG
Tête diadémée de Libertas à droite.
Revers : C·CASSI PR COS
Trépied avec chaudron décoré par deux branches de laurier.
INDICE DE RARETE : 10+
1
10+
ATELIER : Incertain
Datation : 43 – 42 avant J.C.
Matière : Or
Gentes : Cassia et Aquinia
Références : RRC 498/1 – B.12 (Cassia) – Syd.1302
1. Contexte Historique : La Guerre Civile des Libérateurs
Nous sommes en 43-42 av. J.-C., peu après la formation du Second Triumvirat (Octave, Marc Antoine et Lépide). Cassius et Brutus, les « Libérateurs », se sont enfuis en Orient pour lever des armées et des fonds.
Le financement de la guerre : Cette monnaie n’est pas destinée à circuler dans le commerce civil. Elle est frappée pour payer les légions. L’or (aureus) est le métal de prestige par excellence, utilisé pour s’assurer la loyauté des soldats avant l’affrontement décisif de la bataille de Philippes.
Légitimation du pouvoir : Cassius se présente comme PRO COS (Proconsul). C’est un point crucial : il affirme que son autorité émane toujours du Sénat romain, contrairement aux triumvirs qu’il considère comme des usurpateurs.
2. Analyse du Symbolisme
Le message est double : il justifie le passé (le meurtre de César) et promet un avenir sous la protection des dieux.
A. L’Avers : La Libertas (La Liberté)
Signification politique : Le portrait de la déesse Libertas est l’emblème absolu des Républicains. En la plaçant sur la monnaie, Cassius rappelle pourquoi il a tué César : pour libérer Rome de la « tyrannie ».
Héritage familial : La famille de Cassius (la gens Cassia) revendiquait de longue date une dévotion à la Liberté. C’est une manière de lier sa vertu personnelle à celle de l’État.
B. Le Revers : Le Trépied d’Apollon
Le trépied, surmonté d’un chaudron et entouré de bandelettes, est riche en symboles :
Piété et Sacerdoce : Cassius était membre des Quindecimviri sacris faciundis (les quinze gardiens des Livres Sibyllins). Le trépied est l’emblème de ce collège sacerdotal. Il montre ainsi qu’il agit avec l’approbation divine.
Apollon vs Dionysos : Les Républicains s’identifiaient souvent à Apollon (ordre, raison, soleil), tandis qu’ils associaient Marc Antoine à Dionysos (excès, ivresse).
Référence à la Victoire : Le trépied était également un trophée courant. Certains historiens y voient une allusion à la victoire navale de Cassius contre Rhodes en 42 av. J.-C., peu avant la frappe de cette monnaie.
3. Conclusion Numismatique
Cet aureus est le témoignage tragique d’un monde en train de basculer. En utilisant des symboles traditionnels (la Liberté et la religion), Cassius tente désespérément de maintenir l’illusion d’une République romaine intacte, alors que le système impérial est déjà en train de naître.
Cet aureus mentionne deux noms essentiels sur ses deux faces : l’autorité émettrice (Cassius) et le magistrat responsable de la frappe (Aquinus).
Voici les informations historiques et biographiques sur ces deux personnages :
1. L’autorité émettrice : Caius Cassius Longinus
C’est le célèbre Cassius, l’un des principaux instigateurs du complot contre Jules César.
Rôle militaire : Au moment de la frappe (43-42 av. J.-C.), il est Proconsul et commande les provinces d’Orient. Il a été acclamé Imperator (titre figurant sur le revers :
C·CASSI·IMP) après ses victoires en Syrie et la soumission de Rhodes.Profil politique : Contrairement à Brutus, souvent perçu comme un idéaliste tourmenté, Cassius est décrit par les historiens antiques (comme Plutarque) comme un homme pragmatique, énergique et parfois sévère.
La religion comme légitimité : Sur cette pièce, il met en avant sa fonction de Quindecimvir sacris faciundis (membre du collège des quinze prêtres gardiens des Livres Sibyllins), symbolisée par le trépied. C’est une manière de dire : « Je ne suis pas un rebelle, je suis un magistrat romain légitime et pieux. »
2. Le monétaire (Légat) : Marcus Aquinus
Le nom à l’avers, M·AQVINVS·LEG, désigne le responsable direct de l’émission.
Son rang : Le titre LEG (Legatus) indique qu’il n’est pas un magistrat monétaire ordinaire de Rome (tresvir monetalis), mais un lieutenant de haut rang (légat) au service de Cassius.
Son parcours :
C’est un partisan convaincu de la cause républicaine (les Optimates).
Avant de rejoindre Cassius, il avait combattu aux côtés de Pompée. Il fut pardonné par César après la bataille de Thapsus en 46 av. J.-C., mais il choisit de rejoindre les « Libérateurs » après l’assassinat.
Sa fin : Après la défaite de la bataille de Philippes en 42 av. J.-C., Marcus Aquinus, fidèle à ses convictions, se serait suicidé pour ne pas tomber aux mains d’Antoine et d’Octave.
Pourquoi deux noms sur une monnaie ?
À cette époque de guerre civile, la structure monétaire classique de Rome est brisée.
Cassius apporte la caution politique et militaire (son nom garantit la valeur de l’or et l’autorité de l’armée).
Aquinus apporte la caution administrative (il supervise la fonte, le poids et la qualité du métal précieux dans l’atelier mobile).
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
C. Cassius Longinus. Imperator en 712 (42 av. J.-C.)
Il s agit du meurtrier de César ; son histoire est bien connue et nous n’en résumerons ici que les traits généraux. On le mentionne pour la première fois en 701 (53 av. J.-C.) : il remplissait alors les fonctions de questeur dans l armée de Crassus, lors de sa funeste expédition contre les Parthes. En 7o5 (49 av. J.-C.) il fut tribun du peuple et se déclara pour Pompée; après Pharsale, il se réconcilia avec César qui en fit un de ses lieutenants, et, en l’an. 710 (44 av. J.-C.), nommé prætor peregrinus, il devait partir l’année suivante pour la Syrie. Ce fut alors qu’il forma avec M. Brutus et d’autres conjurés le projet d’attenter à la vie du dictateur.
Après le meurtre de César, Cassius partit pour la Syrie où il eut à lutter contre les Parthes et contre les partisans de César. Après une victoire sur Caecilius Bassus et les Rhodiens en 712, il fut proclamé imperator à Sardes par ses troupes. On sait que l’armée de Brutus et de Cassius fut définitivement écrasée en Macédoine, dans les plaines de Philippes, en 712 (42 av. J.-C.), par les troupes des triumvirs Marc Antoine, Octave et Lépide ; Cassius désespéré se donna la mort.
Les monnaies sur lesquelles C. Cassius reçoit le titre d’imperator, ont été frappées en Orient par ses lieutenants M. Aquinus, P. Cornelius Lentulus Spinther, et M. Servilius . La tête de la Liberté rappelle que les Cassii s’étaient voués à la défense des revendications des plébéiens; le trépied qui fait peut-être allusion à la dignité de quindecimvir sacris faciundis, dont Cassius était investi rappelle , en même temps les monnaies de Delphes, de Cyzique et de beaucoup d autres villes grecques; l’acrostolium, symbole de l’empire sur la mer, se voit notamment sur les médailles d’Aradus, de Berytus, de l île de Corcyre; le crabe parait sur les monnaies de Cos, et il figure ici, comme l’a montré Borghesi , parce que la victoire de Cassius sur les Rhodiens fut livrée en vue de cette île. On voit encore sur la même pièce une fleur; c’est la rose de Rhodes qui rappelle la victoire de Cassius, de même que le diadème dénoué fait allusion au titre de roi que les Rhodiens, suivant le récit de Plutarque , voulaient lui offrir, et qu’il refusa en se glorifiant d’être le meurtrier des rois.