
1640JU – Denier Brutus – Quintus Caepio Brutus
Avers : LEIBERTAS (Libertas, La Liberté)
Tête de Libertas (la Liberté) à droite.
Revers : Q CAEPIO BRVTVS PR. COS (Quintus Caepio Brutus proconsul)
Trépied delphien entre une hache à sacrifice et un simpulum.
INDICE DE RARETE : 8
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ATELIER : Lycie?
Datation : 43 – 42 avant J.C.
Matière : Argent
Gentes : Servilia et Junia
Références : RRC 501/1 – B.34 (Junia) – Syd.1287
Ce denier est une monnaie chargée de symboles politiques et culturels, frappée dans un contexte de guerre civile totale. Voici une analyse détaillée de son symbolisme et du cadre historique de son émission.
1. Contexte Historique : La lutte pour la République (43-42 av. J.-C.)
Après l’assassinat de Jules César aux Ides de Mars en 44 av. J.-C., Brutus et Cassius s’enfuient vers l’Orient. Ils y lèvent des armées et des fonds pour affronter les héritiers de César (Octave et Marc Antoine).
Un atelier militaire itinérant : Cette monnaie n’est pas frappée à Rome, mais par un atelier monétaire suivant Brutus dans ses déplacements, probablement en Asie Mineure ou dans le nord de la Grèce (Macédoine).
Le besoin de légitimité : Brutus doit payer ses légions, mais il veut aussi convaincre le monde romain que sa cause est juste. La monnaie devient alors son principal outil de propagande.
2. Analyse du Symbolisme
L’Avers : Libertas (La Liberté)
La tête de la déesse Libertas (avec la légende LEIBERTAS) est le symbole central de la cause des conjurés.
Le message politique : Pour Brutus, l’assassinat de César n’était pas un crime, mais un acte de libération. En plaçant la Liberté sur ses pièces, il se présente comme le « Vindex Libertatis » (le vengeur de la liberté) contre la tyrannie.
L’orthographe archaïque : L’utilisation de « LEIBERTAS » au lieu de « LIBERTAS » renvoie aux anciennes traditions de la République, soulignant le conservatisme idéologique de Brutus.
Le Revers : La Lyre et l’Apollonisme
Le revers montre une lyre entre un plectre et une branche de laurier. Ces attributs sont directement liés au dieu Apollon.
Le cri de ralliement : Lors de la bataille de Philippes (42 av. J.-C.), le mot d’ordre donné par Brutus à ses troupes était « Apollon ». Le dieu était perçu comme le protecteur des arts, de la civilisation et de l’ordre face à ce que les Républicains considéraient comme la « barbarie » et l’arbitraire du Triumvirat.
La Campagne Lycienne : Certains numismates suggèrent que la lyre fait référence à la Confédération Lycienne (en Turquie actuelle), que Brutus a soumise. Apollon était une divinité majeure dans cette région.
La Légende : CAEPIO BRVTVS PRO COS
Q. Caepio Brutus : Brutus avait été adopté par son oncle maternel, Quintus Servilius Caepio. Bien qu’il soit resté célèbre sous le nom de Marcus Junius Brutus, il utilise ici son nom officiel d’adoption.
PRO COS (Proconsul) : Cette mention est cruciale. Elle affirme que Brutus exerce un commandement légal accordé par le Sénat, contrairement à ses adversaires qu’il considère comme des usurpateurs.
3. Synthèse idéologique
Contrairement au célèbre denier EID MAR qui célèbre l’acte violent (les poignards), ce denier est plus subtil. Il cherche à ancrer l’action de Brutus dans la piété religieuse (Apollon), la légitimité institutionnelle (Proconsul) et les valeurs ancestrales de Rome (Libertas).
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
Q. Caepio Brutus
Ce personnage célèbre était fils de M. Junius Brutus et de Servilia, soeur de Q. Servilius Caepio. Né dans l’automne de l’an 666 (8e av. J.-C.), il fut adopté par son oncle Q. Servilius Caepio, et c’est en raison de cette adoption qu’on voit figurer sur les monnaies de Brutus des souvenirs de la gens Servilia. Sur ses espèces, qu ‘il fit frapper, soit comme proconsul soit comme imperator, il prend simplement le nom de Brutus ou celui de Q. Caepio Brutus.
En 705 (49 av. J.-C.), lorsqu’éclata la guerre civile entre César et Pompée, Brutus, bien que démocrate, se déclara pour le parti aristocratique; l’année suivante, il se distingua à Dyrrachium contre les troupes de César; après Pharsale il ne dut son salut qu’à la clémence du vainqueur. Réfugié à Larissa, il résolut de quitter le parti pompéien et il écrivit à César pour solliciter son pardon. Non seulement il l’obtint, mais dès l’an 708, il fut nommé gouverneur de la Gaule Cisalpine. Rentré à Rome l’année suivante, il répudia sa femme Claudia pour épouser Porcia, soeur de Caton. En 710 (44 av. J.-C.). Brutus était préteur urbain et César lui avait promis le gouvernement de la Macédoine ; il ne s’en joignit pas moins à C. Cassius pour conspirer contre la vie du dictateur qui tomba sous le poignard des assassins le 15 mars 710 (44 av. J.-C.).
Le Sénat pardonna aux meurtriers, mais l’ attitude de Marc Antoine fit comprendre à Brutus que le futur triumvir se disposait à venger le dictateur. Brutus partit pour Athènes avec l ‘intention de prendre possession du gouvernement de la Macédoine dont il s ’empara grâce au secours en argent que lui fournit le questeur M. Appuleius. Maisle Sénat avait, dans l’intervalle, assigné la Macédoine à Marc Antoine qui y envoya son frère, C. Antonius, en qualité de préteur, mais avec les pouvoirs proconsulaires ; ce dernier tomba entre les mains de Brutus qui le fit mettre à mort. D’autre part, Octave, en août 711 (43 av. J.-C.), obtint du Sénat la condamnation des meurtriers de César. La guerre était devenue nécessaire : Brutus prit le titre d’ imperalor et fit, à Sardes, sa jonction avec Cassius. On se battit d’abord sur mer, et finalement, dans l’automne de 712 (42 av. J.-C.), à Philippes, où Brutus et Cassius furent vaincus. Brutus désespéré se perça de son poignard.
Les emblèmes qui figurent sur les monnaies de Brutus rappellent que le tyrannicide se prétendait le restaurateur de la liberté du peuple romain. Tantôt son nom n’est suivi d’aucun titre ; tantôt il prend, comme C. Cassius, le titre de proconsul ; celles-ci ont été frappées en Macédoine par le proquesteur L. Sestius. Tantôt enfin, Brutus prend le titre d’imecrator ; ces dernières sont frappées par ses lieutenants en Orient, avant la bataille de Philippes : P. Cornélius Lentulus Spinther, C. Flavius Hemicillus, Pedanius Costa, L. Plaetorius Cestianus, M. Servilius, et C. Servilius Casca.
Lieux de découverte (11 exemplaires)