LesDioscures.com

1641JU – Aureus Brutus – Lucius Sestius Quirinalis

Avers : L SESTI / PRO Q (Lucius Sestius Pro Quaestori, Lucius Sestius pro questeur)

Buste voilé et drapé de Libertas (la Liberté) à droite.

Revers : Q CAEPIO BRVTVS PR. COS (Quintus Caepio Brutus proconsul)

Trépied delphien entre une hache à sacrifice et un simpulum.

Bibliothèque nationale de France 7.95g

1

10+

ATELIER : Sud-ouest Asie mineure?

Datation 43 – 42 avant J.C.

Matière Or

Gentes Sestia, Servilia et Junia

Références RRC 502/1 – B.36 (Junia)

L’analyse du symbolisme et du contexte historique de cette monnaie (frappé en 43-42 av. J.-C.) révèle une stratégie de communication politique très précise de la part de Brutus, visant à transformer son image de « meurtrier » en celle de « sauveur » de l’État.

1. Le Contexte Historique : Une République en exil

Cette monnaie est frappée alors que Brutus et Cassius, les « Libérateurs », se trouvent en Orient (Asie Mineure et Grèce). Ils ont pris le contrôle des provinces orientales pour lever les fonds et les légions nécessaires à l’affrontement final contre Octave et Marc Antoine.

  • Une monnaie de guerre : L’émission d’aurei (en or) est exceptionnelle sous la République. Elle répond à une nécessité immédiate : payer les soldes des officiers et s’assurer la loyauté des troupes avant la bataille décisive de Philippes.

  • Légitimité institutionnelle : Bien qu’il soit en exil, Brutus utilise son titre de PRO COS (Proconsul) et mentionne son questeur L. Sestius. Cela vise à démontrer que son commandement est légal et émane de l’autorité du Sénat, contrairement au Triumvirat qu’il considère comme une usurpation.

2. Symbolisme de l’Avers : La Libertas voilée

L’avers présente la tête de Libertas (la Liberté), mais avec une particularité notable : elle est voilée.

  • La piété et le deuil : Le voile suggère une dimension religieuse et solennelle. Cela peut interpréter la Liberté comme une divinité que l’on doit honorer avec gravité, ou symboliser le deuil de la République blessée par la dictature de César.

  • Le message politique : Brutus réaffirme que le seul motif de son action est le rétablissement de la liberté républicaine.

3. Symbolisme du Revers : Le Trépied et les attributs religieux

Le revers est dominé par un trépied delphien, flanqué d’une hache sacrificielle (securis) et d’un vase à libation (simpulum).

  • Le patronage d’Apollon : Le trépied est le symbole par excellence d’Apollon. Ce dieu était le protecteur personnel de Brutus (le mot d’ordre à la bataille de Philippes était d’ailleurs « Apollon »). Brutus se place sous une protection divine solaire et civilisatrice contre ce qu’il présente comme la tyrannie.

  • L’autorité religieuse : La hache et le vase sont les insignes du collège des Pontifes, dont Brutus faisait partie. En affichant ces instruments, il signifie que ses actes sont conformes au droit sacré et à la volonté des dieux. Il ne s’agit pas d’une rébellion, mais d’une mission de purification de l’État.

Synthèse

Cette monnaie est un chef-d’œuvre de propagande. Il cherche à équilibrer la force militaire (le titre de Proconsul) avec la vertu morale (Libertas) et la caution divine (Apollon/Pontificat).

Cette monnaie mentionne un personnage clé de l’état-major de Brutus : Lucius Sestius Quirinalis (orthographié L. SESTI sur la monnaie).

Voici les informations essentielles sur ce magistrat monétaire et son rôle historique :

1. Son rôle auprès de Brutus

Sur cette monnaie, Lucius Sestius porte le titre de PRO Q (Pro Quaestore).

  • Fonction : En tant que pro-questeur, il était le responsable financier et logistique de Brutus durant sa campagne en Orient (43-42 av. J.-C.).

  • Responsabilité monétaire : C’est lui qui supervisait l’atelier monétaire itinérant suivant l’armée. Il avait la lourde tâche de transformer le métal précieux (souvent issu de réquisitions en Asie Mineure) en pièces de monnaie pour payer les légions.

2. Un survivant politique

Contrairement à son chef Brutus qui se suicida après la défaite de Philippes en 42 av. J.-C., Lucius Sestius a survécu aux guerres civiles :

  • Amnistie : Il bénéficia de l’amnistie accordée par les membres du second triumvirat.

  • Loyauté mémorielle : Il est resté célèbre pour sa fidélité à la mémoire de Brutus, conservant des statues du « Libérateur » chez lui, même après l’avènement d’Auguste.

3. Consul aux côtés d’Auguste

Fait remarquable, son passé républicain ne l’empêcha pas d’atteindre le sommet de l’État sous l’Empire :

  • Consul Suffect (23 av. J.-C.) : Auguste le choisit comme collègue au consulat lorsqu’il démissionna lui-même de cette fonction.

  • Symbole de réconciliation : La nomination de Sestius (un ancien partisan de l’assassin de César) par Auguste était un geste politique fort. Cela prouvait que le nouveau régime (le Principat) pouvait intégrer les anciens républicains ralliés, renforçant l’image d’une « République restaurée ».

4. Liens culturels et archéologiques

  • Horace : Le poète Horace lui a dédié l’une de ses célèbres odes (Ode I, 4, Solvitur acris hiems), ce qui témoigne de son appartenance à la haute société intellectuelle romaine.

  • Production de briques et d’amphores : Des recherches archéologiques ont identifié des estampilles de briques et d’amphores au nom de L. SESTI. Il possédait d’importantes briqueteries et des domaines produisant du vin près de Cosa en Étrurie, faisant de lui l’un des hommes les plus riches de son temps.

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon

La famille Sestia, d’origine patricienne, remonte à une haute antiquité. Un de ses membres, P. Sestius Capitolinus Vaticanus, fut consul dès l’an 302 (452 av. J.-C.), avec T. Menenius Agrippa. On l’appelle quelquefois Sextius, et bien que, plus tard, on ait distingué les familles Sestia et Sexlia, elles paraissent sortir de la même souche et avoir porté primitivement le même nom. P. Sestius ou Sextius fut questeur en 691 (63 av. J.-C.) et aida Cicéron à démasquer la conspiration de Catilina. Tribun du peuple en 697 (57 av. J.-C.), préteur en 701 (53 av. J.-C.), il suivit la fortune du parti pompéien jusque dans le courant de l’année 706 (48 av. J.-C.), époque où il se rallia à César. Son fils, L. Sestius, le seul des Sestii qui ait inscrit son nom sur les médailles. servit en Macédoine dans l’armée de M. Brutus; c ‘est dans cette campagne qu’il frappa les monnaies qui le désignent sous le nom de proquaestor: son collègue fut C. Norbanus Flaccus. C’était après le meurtre de Jules César en 710 (44 av. J.-C.) et avant la bataille de Philippes en septembre 712 (42 av. J.-C.). Après la mort de M. Brutus, L. Sestius professa pour sa mémoire un véritable culte, et il en gardait pieusement le portrait. Cela ne l’empêcha pas de se lier d’amitié avec Auguste qui le fit consul suffectus en 731 (23 av. J.-C.): Horace lui dédia l’une de ses odes.

Cet article vous a été utile?Votre avis peut permettre a améliorer ce site, merci!