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1655JU – Aureus Brutus – Publius Servilius Casca

Avers : BRVTVS / IMP (Brutus/ Imperator)

Tête barbue de Brutus à droite, le tout compris dans une couronne de laurier.

Revers : CASCA LONGVS (Casca Longus)

Trophée avec épée courbée et deux lances à gauche et bouclier en huit à droite; à la base, de chaque côté, proue et à droite, épée à manche carré.

Bibliothèque nationale de France 8.07g

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10+

ATELIER : Nord de la Grèce ou Asie mineure

Datation 43 – 42 avant J.C.

Matière Or

Gentes Plaetoria et Junia

Références : RRC 507/1a – B.45 (Junia)

Cet aureus est une pièce d’une importance capitale car elle cristallise le moment où la cause républicaine tente de légitimer son action par l’image, tout en adoptant paradoxalement les codes du pouvoir personnel qu’elle prétendait combattre.

1. Le Contexte Historique : L’agonie de la République

Nous sommes en 42 av. J.-C., deux ans après l’assassinat de Jules César. Brutus et Cassius, les « Libérateurs », se sont installés en Orient pour lever des fonds et des troupes. Ils se préparent à affronter les forces d’Antoine et d’Octave lors de la bataille décisive de Philippes (Macédoine).

Cette monnaie a une fonction précise : payer les légions. Dans une période de guerre civile, le soldat ne se bat plus pour l’État (le Sénat), mais pour son général. L’or, métal prestigieux, sert à cimenter cette fidélité.

2. Le Symbolisme de l’Avers : Le paradoxe de Brutus

  • Le Portrait : C’est l’aspect le plus frappant. Brutus, qui justifiait le meurtre de César par la haine de la tyrannie et du culte de la personnalité, finit par faire figurer son propre portrait sur ses monnaies.

  • La Couronne de Laurier : Elle entoure son effigie, le désignant comme un général victorieux (Imperator). Cela montre que pour sauver la République, Brutus est contraint d’utiliser les mêmes outils de communication que César : l’incarnation du pouvoir.

  • La filiation spirituelle : En affichant son visage, il rappelle aussi son ascendance (les Bruti qui ont chassé les rois de Rome), transformant son portrait en un symbole de « liberté » tyrannicide.

3. Le Symbolisme du Revers : Le trophée naval et terrestre

Le revers, signé par le monétaire Casca Longus, est un condensé de propagande militaire :

  • Le Trophée (Tropaeum) : Il est composé d’armures et d’armes prises à l’ennemi. C’est la preuve visuelle de la « virtus » (la valeur guerrière) des commandants.

  • Les Proues de Navires (Rostra) : Situées à la base du trophée, elles sont fondamentales. Elles font référence aux victoires navales récentes. En 42 av. J.-C., la flotte de Brutus et Cassius dominait la Méditerranée orientale. Cassius avait notamment brisé la puissance navale de Rhodes, et Brutus avait soumis les cités de Lycie (comme Xanthe).

  • Le message politique : Ce revers dit aux soldats et au monde romain : « Nous sommes les maîtres des mers et des terres, les dieux et la victoire sont de notre côté contre les usurpateurs à Rome. »

4. L’association avec Casca Longus

Le nom de Casca Longus sur la pièce n’est pas anodin. Il est celui qui a frappé César le premier. Sa présence aux côtés du nom de Brutus scelle l’unité des conjurés. C’est une signature de sang qui rappelle que cet argent provient de ceux qui ont osé « libérer » Rome.

En résumé, cet aureus est un témoignage tragique : il montre un Brutus « républicain » obligé de se comporter en monarque (portrait, or, titres militaires) pour tenter de sauver un système politique déjà condamné par l’histoire.

Le magistrat monétaire associé à cette monnaie est une figure historique majeure de la fin de la République : Publius Servilius Casca Longus.

1. Le premier agresseur de César

Casca Longus est resté célèbre dans l’histoire pour son rôle lors des Ides de Mars (15 mars 44 av. J.-C.). Selon les récits de Plutarque et de Suétone, c’est lui qui a porté le premier coup de poignard à Jules César.

  • Alors que les conjurés entouraient le dictateur, Casca se tenait derrière lui. Il l’aurait frappé à l’épaule ou à la gorge en criant à son frère (en grec) : « Frère, à l’aide ! ».

  • Ce geste a déclenché l’assaut général des autres conspirateurs.

2. Identité et Famille

  • Branche familiale : Il appartenait à la gens Servilia, une famille aristocratique ancienne. Bien que membre de la noblesse, il était initialement un proche de César avant de rejoindre le camp de Brutus et Cassius.

  • Le rôle de son frère : Il ne faut pas le confondre avec son frère, Gaius Servilius Casca, qui était également l’un des conspirateurs. Les deux frères ont fui Rome ensemble après que la foule se soit retournée contre les assassins lors des funérailles de César.

3. Son rôle en tant que « Monétaire » (Legatus)

Sur cet aureus, son nom apparaît sous la forme CASCA LONGVS.

  • En 42 av. J.-C., il ne s’agit pas d’un magistrat monétaire ordinaire (comme ceux qui officiaient à Rome), mais d’un lieutenant (légat) de Brutus.

  • Sa fonction de monétaire était de superviser la frappe de l’atelier mobile qui suivait l’armée des Libérateurs en Orient (en Asie Mineure puis en Grèce).

  • En inscrivant son nom sur la pièce, il affirmait sa légitimité et son rang élevé au sein de la coalition républicaine.

4. Sa fin tragique

Comme la plupart des conspirateurs, Casca ne survit pas longtemps après l’émission de cette monnaie.

  • Il participe à la bataille de Philippes en octobre 42 av. J.-C.

  • Après la défaite finale des forces républicaines contre Antoine et Octave, il se serait donné la mort, tout comme Brutus et Cassius, pour échapper à la capture et à l’exécution.

Variante : Revers différent avec un trophée avec épée courbée et deux lances à gauche et bouclier en huit à droite; à la base, de chaque côté, proue et, à droite, épée à manche carré. Un petit L au-dessous des lances.

Référence : RRC 507/1b

British Museum 7.99g

Lien : The Aureus of Casca Longus (RRC 507/1) de Wilhelm Hollstein

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon

L. Plaetorius Cestianus. Monétaire entre 710 et 712 (44-42 av. J.-C.)

Ce personnage qui fut lieutenant de Q. Caepio Brutus durant la guerre civile qui suivit la mort de César, est inconnu dans l’histoire ses médailles dont les types se rapportent à Brutus, ont été frappées en Orient, avant la bataille de Philippes. Le buste de femme sur le n. II, paraît être celui de la Fortune que Brutus avait particulièrement besoin d’invoquer, tout autant, au moins, que la Liberté. Les ides de Mars inscrites sur le n. 13 avec le bonnet de la Liberté et deux poignards rappellent cyniquement le meurtre de Jules César.

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