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1656JU – Denier Brutus – Publius Servilius Casca

Avers : CASCA LONGVS (Casca Longus)

Tête laurée de Neptune à droite; au-dessous, sous le cou, un trident.

Revers : BRVTVS / IMP (Brutus/ Imperator)

Victoria (la Victoire) marchant à droite, les ailes déployées, sur un sceptre brisé, tenant de la main droite une couronne brisée et de la main gauche, une palme.

British Museum 4.05g

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10+

ATELIER : Asie Mineure ou Macédoine

Datation 43 – 42 avant J.C.

Matière Argent

Gentes Servilia et Junia

Références RRC 507/2 – B.44 (Junia) – Syd.1298

Ce denier est bien plus qu’une simple monnaie ; c’est un outil de communication politique (ou « monnaie de camp ») frappé par les Libérateurs (les assassins de César) peu avant leur défaite finale à Philippes.

Voici une analyse approfondie de son symbolisme et de son contexte :

1. Contexte Historique : La lutte pour la « Libertas »

Frappée entre 43 et 42 av. J.-C., cette pièce est émise par un atelier monétaire mobile qui suivait les armées de Marcus Junius Brutus et Cassius en Orient (Grèce/Asie Mineure).

À ce moment-là, le monde romain est déchiré par la guerre civile. Brutus cherche à financer ses légions tout en légitimant son acte : le meurtre de Jules César. La monnaie sert alors de tract politique pour convaincre les soldats et les populations que leur cause est celle de la liberté contre la tyrannie.

2. Symbolisme de l’Avers : Neptune et la maîtrise des mers

  • La figure de Neptune : Le dieu des mers, accompagné de son trident, ne figure pas ici par hasard.

  • Signification : Cela célèbre la puissance navale des Républicains. Brutus et Cassius contrôlaient alors la Méditerranée orientale et avaient remporté plusieurs succès maritimes contre les forces du Second Triumvirat (Octave et Marc Antoine). C’est un message de confiance : les mers sont sous leur contrôle, assurant le ravitaillement de leurs troupes.

3. Symbolisme du Revers : La défaite de la Royauté

C’est ici que le message politique est le plus explicite. On y voit la Victoire marchant sur un sceptre brisé et tenant un diadème royal, lui aussi brisé.

  • Le Sceptre et le Diadème brisés : Dans le monde antique, ces deux objets sont les attributs par excellence des rois (le rex). César avait été accusé de vouloir restaurer la royauté à Rome.

  • Le message : En montrant ces symboles brisés, Brutus proclame que la tyrannie a été vaincue. C’est une justification directe de l’assassinat de César : l’acte n’était pas un crime, mais un acte de salut public pour briser les chaînes de la monarchie.

  • « BRVTVS IMP » : L’inscription Imperator souligne que Brutus a été acclamé par ses troupes, renforçant sa légitimité militaire face à ses adversaires.

4. L’importance de Casca Longus

Le nom figurant sur la pièce, Casca Longus, est celui de Publius Servilius Casca, l’un des conspirateurs les plus célèbres. Selon la tradition (Plutarque), c’est lui qui porta le premier coup de poignard à César dans le Sénat. Sa présence sur la monnaie aux côtés de Brutus lie indéfectiblement l’objet à l’acte des Ides de Mars.

Conclusion

Ce denier est un témoignage fascinant d’une République à l’agonie qui utilise l’imagerie religieuse et militaire pour tenter de restaurer son autorité morale. Comme le soulignent souvent les analyses numismatiques détaillées, chaque élément visuel est choisi pour transformer un régicide en une victoire héroïque pour la liberté romaine.

Le magistrat monétaire associé à cette monnaie est une figure historique majeure de la fin de la République : Publius Servilius Casca Longus.

1. Le premier agresseur de César

Casca Longus est resté célèbre dans l’histoire pour son rôle lors des Ides de Mars (15 mars 44 av. J.-C.). Selon les récits de Plutarque et de Suétone, c’est lui qui a porté le premier coup de poignard à Jules César.

  • Alors que les conjurés entouraient le dictateur, Casca se tenait derrière lui. Il l’aurait frappé à l’épaule ou à la gorge en criant à son frère (en grec) : « Frère, à l’aide ! ».

  • Ce geste a déclenché l’assaut général des autres conspirateurs.

2. Identité et Famille

  • Branche familiale : Il appartenait à la gens Servilia, une famille aristocratique ancienne. Bien que membre de la noblesse, il était initialement un proche de César avant de rejoindre le camp de Brutus et Cassius.

  • Le rôle de son frère : Il ne faut pas le confondre avec son frère, Gaius Servilius Casca, qui était également l’un des conspirateurs. Les deux frères ont fui Rome ensemble après que la foule se soit retournée contre les assassins lors des funérailles de César.

3. Son rôle en tant que « Monétaire » (Legatus)

Sur cet aureus, son nom apparaît sous la forme CASCA LONGVS.

  • En 42 av. J.-C., il ne s’agit pas d’un magistrat monétaire ordinaire (comme ceux qui officiaient à Rome), mais d’un lieutenant (légat) de Brutus.

  • Sa fonction de monétaire était de superviser la frappe de l’atelier mobile qui suivait l’armée des Libérateurs en Orient (en Asie Mineure puis en Grèce).

  • En inscrivant son nom sur la pièce, il affirmait sa légitimité et son rang élevé au sein de la coalition républicaine.

4. Sa fin tragique

Comme la plupart des conspirateurs, Casca ne survit pas longtemps après l’émission de cette monnaie.

  • Il participe à la bataille de Philippes en octobre 42 av. J.-C.

  • Après la défaite finale des forces républicaines contre Antoine et Octave, il se serait donné la mort, tout comme Brutus et Cassius, pour échapper à la capture et à l’exécution.

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon

Servilius Casca Longus. en 711-712 (43-42 av. J.-C.)

On connaît deux frères du nom de Servilius Casca Longus à qui les monnaies qui suivent peuvent être attribuées. L’un portait le prénom de Publius et l’autre celui de Caius. Le premier prit part au meurtre de Jules César en 710 (44 av. J.-C.); il était alors tribun du peuple. Il combattit à la bataille de Philippes, dans l’armée de Brutus, et il mourut peu après. Son frère, bien que lié d’amitié avec César, n’en conspira pas moins, lui aussi, contre la vie du dictateur et il figure également dans la campagne qui aboutit, pour le parti républicain, au désastre de Philippes, à la fin de 712. L’un de ces deux personnages, on ne sait lequel, parait avoir été chargé par Brutus du gouvernement civil de la province d’Asie, en 711-712 3. Les deniers ci-dessous, frappés en Orient, au nom de Brutus, font allusion à quelque victoire maritime remportée par le parti républicain dans les mers d ‘Asie. On avait intérêt, avant la bataille de Philippes, à célébrer bien haut ce succès qui dut être de peu d’importance.

Lieux de découverte (12 exemplaires)

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