
1665ST – Denier Statia – Lucius Statius Murcus
INDICE DE RARETE : 10+
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ATELIER : Grèce
Datation : 42 – 41 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Statia
Référence : RRC 510/1 – B.1 (Statia) – Syd.1315
1. Contexte Historique : L’agonie de la République (42-41 av. J.-C.)
Cette pièce est émise juste après la bataille de Philippes (octobre 42 av. J.-C.), où Brutus et Cassius, les assassins de César, ont été défaits par Marc Antoine et Octave.
L. Staius Murcus était le commandant d’une immense flotte républicaine (environ 60 navires) stationnée dans l’Adriatique pour intercepter les renforts des triumvirs.
Après la défaite et le suicide de Brutus et Cassius, Murcus refuse de se rendre. Il devient un chef de guerre indépendant, utilisant sa flotte comme une base souveraine.
Le but de la monnaie : Ce denier n’est pas destiné au commerce civil, mais à la solde des légionnaires et des marins. Il doit réaffirmer la légitimité de Murcus en tant qu’ Imperator alors que la cause qu’il servait officiellement a disparu.
2. Symbolisme de l’Avers : Neptune et la Thallassocratie
Le choix de Neptune, le dieu des mers, avec son trident, est hautement stratégique :
La maîtrise des mers : À ce moment précis, les républicains n’ont plus de territoire terrestre. Leur seul pouvoir réside dans leur flotte. Murcus se présente comme le protégé de Neptune.
Lien avec Sextus Pompée : Peu après cette émission, Murcus rejoindra Sextus Pompée en Sicile, ce dernier se prétendant « Fils de Neptune ». Cette imagerie préfigure l’alliance des forces navales dissidentes contre le Second Triumvirat.
3. Symbolisme du Revers : Le « Restitutor » (Le Restaurateur)
Le revers est l’un des plus éloquents de la fin de la République :
La figure agenouillée : Elle représente la République (Res Publica) ou Rome elle-même, affaiblie et prostrée par les guerres civiles.
Le geste de Murcus : En tendant la main pour la relever, Murcus utilise l’iconographie de la restitutio. Il se présente non pas comme un rebelle, mais comme celui qui sauve et relève la patrie face à la tyrannie des triumvirs.
Le Trophée : Placé au centre, il rappelle que cette légitimité de « sauveur » est acquise par la victoire militaire. C’est un message de force : la paix et la restauration de Rome ne passeront que par les armes de Murcus.
En résumé
Ce denier est le témoignage numismatique d’un homme qui tente de transformer une défaite politique totale en une mission divine et morale. C’est une pièce qui symbolise l’espoir ultime des républicains s’appuyant sur la force navale pour contester le partage du monde entre Antoine et Octave.
L’autorité émettrice de ce denier est Lucius Staius Murcus, une figure fascinante et tragique de la fin de la République romaine. Son parcours illustre parfaitement le chaos des guerres civiles, passant du statut de lieutenant fidèle de Jules César à celui de dernier rempart de la cause républicaine en mer.
1. Un « Homme Nouveau » (Homo Novus)
Originaire du Samnium (une région d’Italie centrale), Murcus n’appartenait pas à la vieille aristocratie romaine. Sa famille, la gens Statia, s’est élevée par le mérite militaire.
Lieutenant de César : Il commence sa carrière comme officier supérieur (légat) sous les ordres de Jules César, notamment durant les campagnes d’Afrique et de Syrie entre 48 et 46 av. J.-C.
Ascension politique : En récompense de ses services, César le fait nommer préteur en 45 av. J.-C., puis proconsul de Syrie.
2. Le basculement après l’assassinat de César
Bien que promu par César, Murcus choisit le camp des Libérateurs (Brutus et Cassius) après l’Ides de Mars.
Commandant de la flotte : Cassius lui confie le titre de Praefectus Classis (préfet de la flotte). Il devient l’un des amiraux les plus efficaces de la faction républicaine.
Succès militaires : Avant Philippes, il remporte des victoires notables sur la flotte de Dolabella et celle des Rhodiens, ce qui lui vaut le titre d’Imperator (que l’on retrouve sur la légende de votre pièce :
MVRCVS IMP).
3. Le chef de guerre indépendant
Après la défaite de Philippes (42 av. J.-C.), Murcus se retrouve dans une position unique :
Il refuse de se soumettre au Second Triumvirat (Octave, Antoine, Lépide).
Il conserve le contrôle d’une armada puissante (environ 60 navires et deux légions), faisant de lui un acteur incontournable en Méditerranée.
C’est durant cette période d’errance entre la Grèce et la Sicile (42-41 av. J.-C.) qu’il fait frapper le denier RRC 510/1 pour maintenir la loyauté de ses troupes.
4. Une fin tragique en Sicile
En 41 av. J.-C., il finit par rejoindre Sextus Pompée en Sicile pour unir leurs forces navales. Cependant, l’entente tourne court :
Murcus, fier de son rang et de son expérience, entre en conflit avec l’entourage de Sextus Pompée (notamment ses affranchis).
Jaloux de son influence ou craignant une trahison, Sextus Pompée l’accuse de conspiration et le fait assassiner à Syracuse en 39 av. J.-C.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
La famille Statia paraît originaire du Samnium ou de la Lucarne; mais une partie de ses membres était déjà fixée à Rome à une époque très ancienne, car nous y trouvons, en 279 (475 av. J.-C.), T. Statius comme tribun du peuple. Un général Samnite du nom de Statius Gellius fut battu par les Romains et fait prisonnier pendant les guerres du Samnium, en 449 (305 av. J.-C.). L. Statius Murcus, dont le nom figure sur les médailles, était lieutenant de César en 706 (48 av. J.-C.). Il fut l’un des trois commissaires envoyés pour entreprendre des négociations avec les Pompéiens, à Oricum. Préteur en 709-710 (45-44 av. J.-C.), il passa en Syrie avec le titre de proconsul, et battit Caecilius Bassus à Apamée. Mais après la mort de César, L. Statius Murcus se jeta dans le parti de Brutus et de Cassius, et ce dernier l’investit du titre de praefectus classis; il avait déjà celui d’imperalor. Il battit Dolabella et la flotte rhodienne sur les côtes de la Cilicie et bloqua Laodicée. Il vint ensuite croiser dans la mer Ionienne et sur les côtes du Péloponèse. Au lendemain de la défaite du parti républicain à Philippes en 712 (42 av. J.-C.), il s’enfuit en Sicile auprès de Sex. Pompée, à qui il offrit ses services. Après l’avoir d’abord accueilli favorablement, Sex. Pompée le fit mettre à mort.
Le denier de L. Statius Murcus a été frappé en Orient et il est toujours d’une fabrique assez grossière. On voit, au droit, la tête de Neptune, allusion à son titre de praefectus classis, ce qui fixe l’époque de la frappe en l’an 711 (43 av. J.-C.), au moment où Murcus commandait la flotte de la mer Ionienne. Le revers montre l’Asie faisant sa soumission à Murcus qui lui tend la main pour la relever. Le trophée fait allusion aux récentes victoires de Murcus sur Dolabella.
Lieu de découverte (1 exemplaire)