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1687AN – Denier Marc Antoine et Lucius Antoine – Marcus Antonius

Avers : M·ANT·IMP·AVG·III·VIR·R·P·C·M·BARBAT·Q·P (Marcus ANTonius IMPerator AUGurus triumviri Rei Publicae Constituandae Marcus Barbatio Quaestor Pro Praetore; Marc Antoine Imperator augure triumvir pour la restauration de la République, Marcus Barbatius Pollio questeur propréteur)

Tête nue de Marc Antoine à droite.

Revers : L.ANTONIVS COS (Lucius Antoine consul)

Tête de Lucius Antoine à droite.

Bibliothèque nationale de France 4.09g

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10+

ATELIER : Ephèse

Datation 41 avant J.C.

Matière Argent

Gentes : Barbatia et Antonia

Références : RRC 517/3 – Syd.1183

1. Contexte Historique : La « Guerre de Pérouse » (41 av. J.-C.)

Cette monnaie est un témoin métallique d’une période de tension extrême au sein du Second Triumvirat. Alors que Marc Antoine gère l’Orient après la victoire de Philippes (42 av. J.-C.), son frère cadet Lucius Antoine est consul à Rome en 41 av. J.-C.

  • Le Conflit Fratricide : En Italie, la situation est explosive. Octave (le futur Auguste) doit exproprier des milliers de citoyens italiens pour installer ses vétérans. Lucius Antoine, poussé par Fulvie (l’épouse de Marc Antoine), se pose en défenseur des spoliés.

  • La Guerre de Propagande : Lucius prend le surnom de Pietas (la piété, au sens de loyauté envers sa famille) pour signifier qu’il agit au nom de son frère aîné. Ce denier est frappé par Marc Antoine en Orient pour soutenir politiquement la légitimité de Lucius à Rome.

  • Le Dénouement : Le conflit dégénère en siège à Pérouse (Bellum Perusinum). Lucius capitule en 40 av. J.-C. Marc Antoine, resté en Égypte avec Cléopâtre, ne l’a jamais rejoint, laissant son frère et sa femme porter seuls la responsabilité de l’insurrection pour préserver son alliance avec Octave.


2. Analyse Symbolique de l’Iconographie

Ce denier est exceptionnel car il présente deux portraits de personnes vivantes, une pratique encore récente et hautement politique.

Avers : Marc Antoine, l’Héritier de l’Autorité

  • L’Effigie : Marc Antoine est représenté en homme mûr et viril, affirmant sa prééminence sur le jeune Octave.

  • La Légende : M·ANT·IMP·AVG·III·VIR·R·P·C·M·BARBAT·Q·P

    • AVG (Augur) : Il souligne son statut religieux, hérité de César.

    • III VIR R P C : Rappelle son titre officiel de Triumvir pour la restauration de la République.

    • M. BARBAT : Citation du magistrat Marcus Barbatius Pollio, questeur propréteur, qui a supervisé la frappe en Orient (probablement à Éphèse).

Revers : Lucius Antoine, le Défenseur des Lois

  • L’Effigie : Le portrait de Lucius est stylistiquement proche de celui de son frère, créant un lien visuel de puissance dynastique.

  • La Légende : L·ANTONIVS COS

    • COS (Consul) : C’est le point clé. Marc Antoine rappelle à tous que son frère détient la magistrature suprême à Rome. C’est un message direct contre Octave : Lucius est la loi, Octave n’est qu’un triumvir contesté.

Nota : Ce type monétaire illustre parfaitement comment la monnaie a cessé d’être un simple outil d’échange pour devenir un bulletin de vote et un outil de communication de masse dans une République à l’agonie.

Le Monétaire : Marcus Barbatius Pollio

Marcus Barbatius Pollio est une figure fascinante de la fin de la République, illustrant parfaitement comment des officiers de rang intermédiaire jouaient un rôle clé dans la légitimation des grands chefs de guerre.

1. Identité et Fonctions

Barbatius Pollio n’était pas un simple « magistrat monétaire » (triumvir monetalis) au sens traditionnel de l’atelier de Rome. Sa titulature sur l’aureus RRC 517/1 est précise : Q. P. pour Quaestor Propraetor (Questeur propréteur).

  • Rôle financier et militaire : En tant que questeur de Marc Antoine en 41 av. J.-C., il était responsable du trésor de guerre de l’armée antonienne en Orient. Le titre de « propréteur » indique qu’il détenait également un pouvoir de commandement délégué (imperium), probablement pour superviser l’administration de la province d’Asie (Éphèse).

  • Carrière politique : Selon les sources épigraphiques et numismatiques, il aurait poursuivi sa carrière après cette émission, accédant possiblement à l’édilité curule en 40 av. J.-C., puis à la préture.

2. Un rôle de « Médiateur » par l’image

Ce qui rend Barbatius unique, c’est le message politique dont il se fait le vecteur. En signant une monnaie qui porte à la fois le portrait d’Antoine (son chef direct) et celui d’Octave (le rival/allié de son chef), il agit comme un garant de la cohésion du Second Triumvirat.

Note historique : Barbatius Pollio est souvent cité dans les sources anciennes (notamment par Cicéron dans ses Philippiques) comme un proche d’Antoine, mais son monnayage est l’un des plus « diplomatiques » de l’époque, tentant de maintenir l’illusion d’une direction collégiale de l’État.

3. Caractéristiques de sa signature sur le RRC 517

Sur l’aureus et le denier, sa signature apparaît à l’avers, entourant le portrait de Marc Antoine : M·BARBAT·Q·P

  • L’atelier mobile : Barbatius ne travaillait pas dans un bâtiment fixe. Il dirigeait un « atelier itinérant » qui suivait les déplacements de Marc Antoine. La finesse de gravure de ses coins (notamment les ligatures MP et AV) suggère qu’il employait des artisans grecs de haut niveau, probablement recrutés à Éphèse.

  • Une rareté révélatrice : Le fait que son nom apparaisse sur un aureus (RRC 517/1) témoigne de la confiance absolue que lui portait Antoine. L’or était destiné aux hautes sphères de l’armée ; Barbatius était donc le visage « officiel » du financement de la cause antonienne.

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Lieu de découverte (1 exemplaire)

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