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1707AT – Denier Labienus – Quintus Labienus Parthicus

Avers : Q LABIENVS PARTHICVS IMP (Quintus Labienus Parthicus, Imperator)

Tête de Q Labienus à droite.

Revers : Anépigraphe

Cheval Parthe à droite.

British Museum 3.96g

1

10+

ATELIER : Asie mineure

Datation 40 avant J.C.

Matière Argent

Gens : Atia

Références : RRC 524/2 – B.2 (Atia) – Syd. 1357

1. Analyse du Symbolisme Numismatique

L’iconographie de cette pièce rompt avec les codes traditionnels de la République pour adopter une communication de crise, axée sur la légitimité militaire et l’intégration culturelle.

Le Portrait (Avers) : Une Légitimité Transgressives

  • Le titre « Parthicus » : Habituellement, ce cognomen est décerné par le Sénat à un général ayant vaincu les Parthes. En se l’appropriant, Labienus opère un retournement sémantique : il est le « Parthe » par alliance. Pour le public romain, c’est un aveu de trahison ; pour ses troupes, c’est l’affirmation d’une puissance nouvelle.

  • Le style réaliste : Le portrait suit la tradition du réalisme républicain tardif (gravitas), soulignant la détermination du chef de guerre.

Le Cheval Parthe (Revers) : L’Arme Absolue

  • La monture équipée : Le revers ne montre pas un cheval romain classique, mais une monture de guerre orientale. La présence de la selle avec carquois et arc est cruciale. Elle symbolise la supériorité technique de la cavalerie légère parthe, capable de décocher des flèches tout en feignant la retraite (la fameuse « flèche du Parthe »).

  • L’absence de cavalier : En laissant le cheval seul, Labienus place l’accent sur l’outil de la victoire. Le cheval devient l’emblème de sa nouvelle force de frappe, remplaçant les aigles légionnaires traditionnelles.


2. Contexte Historique : L’Invasion de 40 av. J.-C.

L’émission de cet aureus s’inscrit dans un vide de pouvoir laissé par le Second Triumvirat en Orient.

  • L’Alliance de l’Exil : Après la défaite des Républicains à Philippes (42 av. J.-C.), Labienus, qui était l’ambassadeur de Brutus et Cassius auprès de la cour arsacide, refuse de se rendre. Il convainc Pacorus Ier, fils du roi Orodes II, de lancer une offensive majeure.

  • La Conquête de l’Orient : En 40 av. J.-C., Labienus et Pacorus pénètrent en Syrie. Les garnisons romaines, souvent composées d’anciens soldats de Brutus, se rallient massivement à Labienus. Il s’empare d’Antioche, de la Cilicie et d’une grande partie de l’Asie Mineure.

  • Le Besoin de Numéraire : La frappe de l’aureus (RRC 524/1) et du denier (RRC 524/2) répond à une nécessité immédiate : payer ces légions ralliées et les mercenaires. L’utilisation de l’or (métal rare pour les rebelles) servait à démontrer sa solvabilité et la richesse de ses soutiens orientaux.

Le Monétaire : Quintus Labienus « Parthicus »

Quintus Labienus († 39 av. J.-C.) n’est pas un magistrat monétaire au sens urbain du terme. Il fait frapper monnaie en tant qu’Imperator pour les besoins de sa campagne militaire.

1. Origines et Héritage

Il appartient à la gens Atia (ou potentiellement une famille Labiena autonome). Il est surtout le fils de Titus Labienus, le plus brillant lieutenant de Jules César durant la Guerre des Gaules, qui devint plus tard son plus acharné adversaire en rejoignant Pompée.

  • Quintus hérite de son père une haine profonde pour le parti césarien et une expertise reconnue dans le commandement de la cavalerie.

2. Le « Dernier Républicain » en Exil

Après l’assassinat de César en 44 av. J.-C., Quintus se rallie à Brutus et Cassius. En 42 av. J.-C., il est envoyé en ambassade auprès du roi parthe Orodes II pour solliciter des renforts.

  • Bloqué en Parthie après la défaite des Républicains à Philippes, il se retrouve dans une impasse : soit se rendre aux triumvirs (Octave et Antoine) et risquer la mort, soit s’allier à l’ennemi héréditaire de Rome.

3. Le Titre « Parthicus » : Un Cas Unique

Sur cette monnaie, il s’octroie le titre de PARTHICVS.

Nota : C’est un paradoxe numismatique. Habituellement, ce titre est un « cognomen ex virtute » célébrant une victoire sur les Parthes. Dans le cas de Labienus, il signifie qu’il commande avec les Parthes. Il se présente comme un chef romain menant une armée « orientale » pour « libérer » Rome de la tyrannie des triumvirs.

4. Rôle Militaire et Chute

En 40 av. J.-C., avec le prince Pacorus Ier, il envahit la Syrie et l’Asie Mineure. C’est à ce moment, alors qu’il est au sommet de sa puissance et qu’il lève des troupes locales, qu’il fait frapper ses célèbres monnaies d’or et d’argent.

  • Sa fortune tourne en 39 av. J.-C. lorsque le général Ventidius Bassus (envoyé par Marc Antoine) le bat lors de la bataille du Mont Taurus. Capturé en Cilicie, Labienus est exécuté, mettant fin à l’une des aventures les plus singulières de la fin de la République.

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon

Q. Atius Labienus Parthicus, imperator vers 714 (40 av. J.-C.)

Nous avons suivi tous les historiens en rattachant les Labieni à la gens Atia; mais nous devons reconnaître qu’on ne peut former à ce sujet que des conjectures, et s’il est certain que le nom de Labienus a été porté dans la gens Atia, rien ne prouve que ce cognomcn ait été en usage, exclusivement, dans cette tribu. On ne sait donc pas positivement à quelle famille appartenaient les Labieni qui ont joué un rôle important dans les troubles de la fin de la République. M. Waddington pense même que Labienus est un gentilicium, comme Vetulenus, Trebellenus et quelques autres, de sorte qu ‘il faudrait admettre une famille Labiena. On connaît un Q. Labienus, tué en 654 (100 av. J.-C.) lors de la révolte de Saturninus. Il était l’oncle de Labienus, tribun du peuple en 691 (63 av. J.-C.). Celui-ci est le célèbre lieutenant de Jules César dans les Gaules; on sait que, pendant la guerre civile, il se jeta dans le parti de Pompée et qu’il combattit en Espagne où il périt à la bataille de Munda. Il est le père de Labienus qui a inscrit son nom sur la monnaie décrite plus bas. S’étant joint à Brutus et à Cassius, après le meurtre de César, Q. Labienus fut envoyé par le parti républicain, pour solliciter le secours d’Orodes, Arsace XV, roi des Parthes, en 710 (44 J.-C.). C’est  lui qui persuada au prince Arsacide d’envahir les provinces asiatiques de l’empire romain. Labiernus et Pacorus, fils d’Orodes, firent irruption sur la Syrie en l’an 714 (40 av. J.-C.) ; ils entrèrent à Antioche et conquirent successivement la Palestine, la Phénicie, la Cilicie, la Carie. Ce fut alors que Q. Labienus prit le surnom de Parthicus que lui donnent les pièces qu’il fit frapper, en l’honneur de ses succès, pour imiter les généreux romains; comme ces derniers aussi, il prend le titre d’imperator, et place son effigie sur ses monnaies. Mais en 715 (J9 av. J.-C.), battu par P. Ventidius Bassus, lieutenant d ‘Antoine, il fut obligé de se déguiser pour se sauver en Cilicie. On croit généralement que le cheval sellé qui figure au revers de ses pièces, est le symbole de l’excellente cavalerie des Parthes. Les monnaies de Q. Labienus ont été frappées en Orient vers 714 (40 av. J.-C.) et elles sont des plus rares.

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