
1714JU – Aureus Octave – Quintus Voconius Vitulus
INDICE DE RARETE : 10+
1
10+
ATELIER : Rome
1. Le Symbolisme de l’Avers : La Piété et la Vengeance
L’avers est entièrement dédié à la construction du mythe d’Octave comme héritier légitime de Jules César.
Le Portrait Barbu (Barba et Capillus) : Contrairement à l’usage romain de l’époque qui privilégiait le rasage de près, Octave est représenté avec une barbe. C’est la barbe de deuil. Il a fait le serment de ne pas se raser tant que les assassins de son père adoptif ne seraient pas châtiés. En 40 av. J.-C., bien que les chefs césariicides aient péri à Philippes (42 av. J.-C.), la menace de Sextus Pompée persiste, justifiant la continuité de ce deuil public et politique.
Le Lituus : Ce bâton augural placé derrière la tête souligne son appartenance au collège des augures. Il ne s’agit pas seulement d’un titre religieux, mais d’une preuve de sa felicitas (la chance accordée par les dieux).
La Légende DIVI F : Abréviation de Divi Filius (Fils du Divin). Depuis la déification de César en 42 av. J.-C., Octave utilise ce titre pour se placer au-dessus de ses rivaux (Marc Antoine et Lépide).
2. Le Symbolisme du Revers : Entre Tradition et Humour
Le revers mêle les prérogatives du monnayeur aux réalités administratives de l’époque.
Le Veau (Vitulus) : Il s’agit d’un « type parlant » (ou armes parlantes). Le monnayeur Quintus Voconius utilise l’image d’un veau (vitulus en latin) pour illustrer son propre nom. C’est une pratique courante chez les monnayeurs républicains pour marquer leur identité familiale.
Q·VOCONIVS VITVLVS / DESIG : L’inscription mentionne sa qualité de Quaestor Designatus (Questeur désigné). Cela montre que le contrôle de la frappe monétaire à Rome reste officiellement entre les mains des magistrats, même si l’iconographie est dictée par le chef de faction (Octave).
S C (Senatus Consulto) : La mention « Par décret du Sénat » est ici presque ironique. Bien que le Sénat ait perdu son pouvoir réel face au triumvirat, Octave tient à maintenir une apparence de légalité républicaine pour s’attirer la faveur des élites romaines.
3. Le Contexte Historique : L’Année 40 av. J.-C.
Le contexte de frappe est celui d’une Rome en pleine mutation, oscillant entre guerre civile et espoir de paix.
Le Traité de Brindes : À l’automne 40 av. J.-C., Octave et Marc Antoine évitent de justesse un nouveau conflit ouvert. Ils signent le pacte de Brindes, qui redécoupe le monde romain : l’Occident pour Octave, l’Orient pour Antoine. Cet aureus célèbre la souveraineté d’Octave sur l’Italie et Rome.
La Guerre de Pérouse : La monnaie est frappée peu après la reddition de Lucius Antonius (frère de Marc Antoine) à Pérouse. Octave sort renforcé de cette crise intérieure, s’imposant comme le seul maître de la péninsule.
Rareté de l’Or : L’émission d’aurei (monnaies d’or) sous la République est toujours liée à des besoins militaires urgents ou à de grandes gratifications. Cette pièce servait probablement à payer les vétérans des légions après la victoire de Pérouse pour s’assurer leur loyauté face à la menace navale de Sextus Pompée.
Le Magistrat : Quintus Voconius Vitulus
Bien que son nom figure sur l’une des monnaies les plus prestigieuses de la fin de la République, l’homme derrière la frappe reste une figure relativement mystérieuse de l’histoire romaine.
1. Identité et Rang
Quintus Voconius Vitulus appartient à la gens Voconia, une famille plébéienne qui n’atteint les hautes sphères de l’État qu’assez tardivement.
Titre : Sur les monnaies (notamment le denier RRC 526/4), il est qualifié de Q. DESIGN. S. C. (Quaestor Designatus Senatus Consulto). Cela signifie qu’il était questeur désigné au moment de la frappe et qu’il agissait par décret du Sénat.
Fonction : Il fait partie du collège des magistrats monétaires de l’année 40 av. J.-C. Son collègue connu pour cette même année est Tiberius Sempronius Gracchus (RRC 525).
2. Origines : La Gens Voconia
La famille est principalement connue pour deux autres membres illustres :
Q. Voconius Saxa : Tribun de la plèbe en 169 av. J.-C., célèbre pour la Lex Voconia (approuvée par Caton l’Ancien), qui limitait le droit des femmes à hériter de grandes fortunes.
Q. Voconius Naso : Préteur et juge lors du célèbre procès de Cluentius plaidé par Cicéron en 66 av. J.-C.
3. Allégeance Politique
Voconius Vitulus est un partisan déclaré d’Octave. À une époque où le pouvoir est disputé entre les triumvirs, le choix de faire figurer le portrait d’Octave (avec la barbe de deuil) et celui du divin Jules César sur ses émissions montre une loyauté sans faille au camp césarien.
Il est l’un de ces « nouveaux hommes » ou partisans de rang intermédiaire à qui Octave confie la gestion de l’atelier monétaire de Rome pour saturer l’espace public de sa propre image et de celle de son père adoptif.
4. Le Symbolisme du « Veau » (Vitulus)
Le choix du revers de l’aureus (le veau) est une signature héraldique personnelle :
C’est un type parlant : en latin, vitulus signifie « veau ».
Cette pratique, typiquement républicaine, permettait au magistrat de marquer la monnaie de son identité familiale tout en servant l’autorité supérieure (ici Octave).
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
Les Voconii ne font leur apparition dans l’histoire romaine que dans les derniers siècles de la république. On connaît notamment Q. Voconius Saxa, tribun du peuple en 585 (169 av. J.-C.), auteur de la loi Voconia défendue par Caton l’Ancien; Q. Voconius Naso, juge dans le procès de Cluentius plaidé par Cicéron, en 688(66 av. J.-C.); et enfin Q. Voconius Vitulus, qui remplit la charge de monétaire.
Q. Voconius Vitulus n’est connu que par les médailles qui le qualifient de quaeslor designalus; son collègue qui a aussi frappé monnaie était Ti. Sempronius Gracchus. Les médailles de Voconius ont, au revers, un veau, emblème du surnom du monétaire; elles portent au droit, les unes, l’effigie de Jules César, et les autres celle d’Octave; elles ont été frappées peu d’années après la mort de Jules César, sous le triumvirat d’Octave, Antoine et Lépide, selon l’opinion de Borghesi.
La barbe que porte Octave, en signe de deuil à cause de la mort de Jules César, fait placer ces médailles au temps de la guerre contre Sex. Pompée en 716-718. Elles ne sauraient, en effet, être postérieures, car Dion Cassius nous apprend que c’est après la guerre contre Sextus Pompée qu’Octave se rasa pour la première fois depuis la mort de César. Les médailles de Q. Voconius Vitulus ne sauraient, d’autre part, être antérieures à l’an 713 (41 av. J.-C.), car Jules César ne reçut le titre de divus que le V des kalendes de décembre 712 (42 av. J.-C.). Ce titre paraissant sur toutes les médailles, il faut donc renoncer à les classer en 711 (43 av. J.-C.) comme on l’a fait souvent. Fr. Lenormant croit qu’on peut placer la date de la magistrature de Ti. Sempronius Graccus et de Q. Voconius Vitulus vers les années 713 et 714 (41 et 40 av. J.-C.). C’est l’époque où, des trois triumvirs, Octave seul était demeuré en Italie; ainsi on s’expliquerait pourquoi les questeurs urbains ont mis, sur leurs espèces, son effigie à l’exclusion de celle de ses deux collègues. La mention senalus consulto indique que les questeurs urbains frappaient sous l’autorité du sénat qui, alors, était réconcilié avec Octave auquel il avait concédé le droit d’effigie monétaire.