
1748AN – Denier Marc Antoine – Marcus Silanus
Avers : ANTON AVG IMP III COS DES III III V. R. P. C (Antonius Augurus Imperator tertium Consul designatus tertium Triumvir Rei Publicæ Constituandæ, Marc-Antoine, augure, Imperator pour la troisième fois, consul désigné pour la troisième fois Triumvir pour la restauration de la République)
Tête nue de Marc Antoine à droite.
Revers : M. SILANVS AVG // Q. PRO. COS (Marcus Silanus Augurum Quæstor Pro Consuli (Marcus Silanus augure, questeur, proconsul)
Légende en deux lignes.
INDICE DE RARETE : 8
1
10+
ATELIER : Incertain
Datation : 33 avant J.C.
Matière : Argent
Gentes : Antonia et Junia
Références : RRC 542/1 – Syd. 1208 – B.97 (Antonia)
Le Denier de Marc Antoine et M. Silanus (32 av. J.-C.)
Ce denier est une pièce maîtresse de la fin de la République romaine. Frappé juste avant l’affrontement final à Actium, il est l’un des rares à porter une signature de graveur, signe d’une attention particulière portée à sa production.
1. Contexte Historique : L’Aube d’Actium
L’année 32 av. J.-C. marque le point de non-retour entre Marc Antoine et Octavien. Le second triumvirat a expiré, et la rupture est consommée :
Divorce politique et personnel : Antoine répudie officiellement Octavie (la sœur d’Octavien).
Propagande et légitimité : Alors qu’Octavien le présente à Rome comme un chef « orientalisé » sous l’emprise de Cléopâtre, Antoine réplique par cette monnaie en réaffirmant ses titres républicains traditionnels.
Préparation militaire : La pièce est frappée par un atelier itinérant (souvent associé à Athènes ou Patras), accompagnant le quartier général d’Antoine alors qu’il rassemble ses légions pour la guerre imminente.
2. Analyse Symbolique et Épigraphique
Avers : L’Image du Chef Romain
Le Portrait : Le portrait de Marc Antoine est traité de manière réaliste et sobre, loin de l’imagerie hellénistique. Il se présente comme un magistrat romain sévère et déterminé.
La Signature du Graveur (Le point « P ») : Derrière l’oreille d’Antoine, on peut distinguer une minuscule lettre P. C’est un détail exceptionnel ; les graveurs romains restaient normalement anonymes. Cela souligne le prestige de cette émission.
La Titulature :
ANTON • AVG • IMP • III • COS • DES • III • III • V • R • P • CAVG (Augur) : Rappelle son appartenance au collège des Augures, soulignant sa piété et sa légitimité religieuse.
IMP III (Imperator Tertium) : Célèbre ses victoires militaires passées.
III VIR R P C (Triumvir Rei Publicae Constituendae) : Malgré l’expiration du mandat, il continue de revendiquer son titre de « Triumvir pour la restauration de la République ».
Revers : La Fidélité de Silanus
M • SILANVS • AVG / Q • PRO • COS : Contrairement à de nombreux deniers qui utilisent des images mythologiques, ce revers est purement épigraphique. Il mentionne Marcus Junius Silanus, fils adoptif de la célèbre famille des Junii.
Le Rôle de Silanus : À cette époque, Silanus est le pro-questeur d’Antoine. Sa mention sur la monnaie garantit la valeur intrinsèque de la pièce (le poids d’argent) et témoigne du soutien des grandes familles sénatoriales à la cause d’Antoine, malgré les pressions d’Octavien.
Le Monétaire : Marcus Junius Silanus
Marcus Junius Silanus (v. 68 av. J.-C. – v. 11 av. J.-C.) est un membre éminent de la gens Junia, l’une des familles les plus prestigieuses de Rome.
1. Une généalogie au cœur du pouvoir
Filiation : Il est le fils de Decimus Junius Silanus (consul en 62 av. J.-C.) et de la célèbre Servilia.
Liens familiaux stratégiques : Cette ascendance fait de lui le demi-frère de Brutus (l’assassin de César). Il est également le beau-frère du triumvir Lépide (qui avait épousé sa sœur Junia Secunda).
Statut : Sa position sociale est immense ; il représente la vieille noblesse plébéienne intégrée au sommet de l’État.
2. Carrière et rôle auprès de Marc Antoine
Silanus a été un acteur clé de l’état-major d’Antoine durant la période précédant la guerre civile finale :
Le poste de confiance : En 34-32 av. J.-C., il est envoyé en Grèce avec le titre de Quaestor Pro Consule (ou Pro-questeur). C’est à ce titre qu’il frappe le denier RRC 542/1.
Responsabilité monétaire : Contrairement aux monétaires de Rome (III VIR AAAFF), il agit ici comme un officier financier militaire. Sa signature sur la monnaie garantit la paie des légions d’Antoine rassemblées en Grèce.
Signe de légitimité : La présence du nom d’un membre de la gens Junia sur les monnaies d’Antoine servait à rassurer les élites romaines sur le fait qu’Antoine n’était pas un « tyran oriental » mais un dirigeant soutenu par la noblesse traditionnelle.
3. Le ralliement à Octavien (Auguste)
Sentant le vent tourner avant la bataille d’Actium (31 av. J.-C.), Silanus fait un choix politique décisif :
La défection : Il abandonne Marc Antoine pour rejoindre le camp d’Octavien juste avant l’affrontement final.
L’ascension sous l’Empire : Ce ralliement lui permet non seulement de survivre aux proscriptions, mais de prospérer. En 25 av. J.-C., il atteint le sommet de la carrière politique en devenant consul aux côtés d’Auguste lui-même.
Honneur ultime : Auguste le fait élever au rang de Patricien en 30 av. J.-C., une distinction rare pour une famille plébéienne.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
En 720, Marc Antoine fut consul pour la seconde fois ; il abdiqua dès les Kalendes de janvier de la même année, et à partir de ce moment, il fut consul designatus tertio jusqu’en 723 (31 av. J.-C .); pendant toute cette période également, il fut imperator tertio.
Lieux de découverte (11 exemplaires)