
2448AU – Denier Auguste – P. Carisius
Avers : IMP CAESAR AVGVSTVS
Tête nue d’Auguste à droite.
Revers : P CARISIVS LEG PRO PR
Casque italo-corinthien à cornes entre pugio (poignard) et bipennis (hache).
INDICE DE RARETE : 10
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10+
ATELIER : Augusta Emerita
Datation : 25-23 avant J.C.
Matière : Argent
Gentes : Julia et Carisia
Références : RIC 8, BMC 280, BN 1051.
Iconographie de la Soumission Ibérique
Frappé vers 25-23 av. J.-C. sous l’autorité du légat Publius Carisius, ce denier est un document historique exceptionnel. Il ne se contente pas de célébrer une victoire ; il dresse un inventaire symbolique de la résistance farouche des peuples du nord de l’Hispanie (Cantabres et Astures) face à l’ordre romain naissant.
I. Le Contexte : La Paix par le Fer
À cette époque, Auguste se trouve lui-même en Espagne pour diriger les Guerres Cantabres. La fondation d’Emerita Augusta (l’actuelle Mérida) en 25 av. J.-C. marque une étape clé : il s’agit de loger les vétérans des légions V Alaudae et X Gemina.
Le légat P. Carisius, en tant que gouverneur de Lusitanie, reçoit le privilège de frapper monnaie pour payer ces soldats. Ce denier est donc une monnaie « militaire » au sens propre, destinée à des hommes qui ont affronté face à face les armes représentées au revers.
II. Analyse du Symbolisme du Revers
Le revers est une composition unique dans le monnayage augustéen. Plutôt qu’un trophée classique (mannequin de bois revêtu d’armures), Carisius choisit d’isoler trois objets emblématiques de la culture guerrière celtibère.
1. Le Casque à Cornes de Cerf
C’est l’élément le plus spectaculaire. Contrairement aux casques romains standardisés, ce casque indigène orné de bois de cerf (ou de protubérances en forme de cornes) possède une double fonction :
Psychologique : Impressionner l’adversaire en augmentant la stature du guerrier.
Spirituelle : Invoquer la puissance de la faune sauvage et des divinités sylvestres.
Signification politique : En le plaçant au centre, Rome signifie qu’elle a brisé l’orgueil et la protection divine des chefs tribaux les plus puissants.
2. Le Poignard (Pugio)
Ce poignard n’est pas une arme de parade. Il s’agit du redoutable poignard à antennes ou à rivets, typique de la péninsule.
L’anecdote historique : Cette arme était si efficace que Rome l’a adoptée pour ses propres légions. En le faisant figurer sur cette pièce, on rappelle que l’Espagne fut le « laboratoire » de l’armement romain.
3. La Bipenne (Hache à double tranchant)
La hache double est une arme de combat rapproché souvent associée, dans l’imaginaire gréco-romain, aux peuples barbares ou aux Amazones. En Espagne, elle symbolise la rudesse des combats de montagne dans les Asturies. Elle représente ici la force brute vaincue par la discipline romaine.
III. L’Avers : L’Image du Maître du Monde
Le portrait d’Auguste est souvent qualifié de « style provincial » ou « militaro-monétaire ».
Description : Tête nue.
Légende :
IMP CAESAR AVGVSTVS.Analyse : On est loin de l’idéalisme néo-attique des ateliers de Rome. Ici, Auguste est représenté comme un chef de guerre ( Imperator ), dont le titre sacré ( Augustus ) vient à peine d’être officialisé par le Sénat en 27 av. J.-C.