
1504LO – Denier Lollia – Marcus Lollius Palicanus
INDICE DE RARETE : 8
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ATELIER : Rome
Datation : 45 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Lollia
Références : RRC 473/2a – B.1 (Lollia) – Syd.961
Le symbolisme de ce denier est indissociable des luttes politiques de la fin de la République romaine. Frappé en 45 av. J.-C. par Marcus Lollius Palicanus, ce type monétaire est un manifeste visuel de la faction des Populares.
Voici une analyse détaillée du message politique et historique véhiculé par cette monnaie :
1. La tête d’Honos (Avers) : Une légitimité contestée
Le choix de la divinité Honos (l’Honneur) n’est pas anodin. Dans la Rome antique, l’honneur était intrinsèquement lié à la virtus (le courage) et, par extension, au droit d’accéder aux magistratures.
Le message : En affichant l’Honneur, le monnayeur rappelle que sa famille possède la dignité nécessaire pour siéger au sommet de l’État, malgré les blocages subis par son père.
Le contexte : Cela fait écho à la carrière de son père, Palicanus, un tribun de la plèbe influent mais méprisé par l’aristocratie conservatrice (Optimates).
2. La Chaise Curule et les Épis de Blé (Revers)
Le revers est le cœur du message politique. Selon les analyses disponibles sur LesDioscures.com, chaque élément est une référence directe aux exploits du père du monnayeur en 71-67 av. J.-C. :
La Chaise Curule (Sella Curulis) : C’est le symbole du pouvoir des magistrats supérieurs (préteurs, consuls). En 67 av. J.-C., Palicanus était le candidat favori du peuple pour le consulat, mais le consul en charge, Piso, refusa illégalement de proclamer son nom. Placer cette chaise sur la monnaie est une manière de revendiquer ce siège qui lui fut volé par l’élite sénatoriale.
Les Épis de Blé : Ils rappellent que Palicanus, durant son tribunat, fut un défenseur acharné des lois frumentaires (distribution de blé à bas prix). C’est un rappel de son dévouement envers le peuple romain (Cura Annonae).
3. Contexte Historique : La revanche des Populares
L’année 45 av. J.-C. marque la fin de la guerre civile entre Jules César et les partisans de Pompée.
L’alignement avec César : En frappant cette monnaie sous la dictature de César, le jeune Palicanus célèbre le triomphe de la cause populaire sur les anciens oligarques qui avaient humilié son père.
La restitution des droits : C’est aussi une période de réorganisation où César redonne du poids aux familles autrefois écartées par le Sénat. Ce denier est donc une monnaie de « revanche » symbolique.
Le monétaire Marcus Lollius Palicanus (ou Palikanus) appartient à la gens Lollia, une famille d’origine plébéienne (peut-être samnite) qui a marqué la fin de la République romaine par son attachement aux droits populaires.
Voici les informations clés sur ce personnage et sa lignée :
1. Identité du monétaire (45 av. J.-C.)
Le monétaire de cet émission est identifié comme le fils du célèbre tribun de la plèbe du même nom. À cette époque (45 av. J.-C.), la fonction de monétaire (tresvir monetalis) était souvent occupée par de jeunes hommes issus de familles sénatoriales, servant de tremplin pour leur future carrière politique (cursus honorum).
2. L’héritage de son père (M. Lollius Palicanus, Tribun en 71 av. J.-C.)
La majeure partie du message de la monnaie rend hommage à l’action politique de son père. Ce dernier était un personnage central de la politique « populaire » :
Défenseur de la plèbe : Il fut l’un des principaux artisans du rétablissement des pouvoirs des tribuns de la plèbe, qui avaient été drastiquement réduits par la dictature de Sylla.
Orateur et opposant : Décrit par les sources (comme Valère Maxime ou Cicéron) comme un orateur fougueux, il fut un farouche opposant aux Optimates (la faction conservatrice du Sénat).
Échec au consulat : En 67 av. J.-C., il brigua le consulat, mais le consul en charge des élections, Pison, refusa de proclamer son nom bien qu’il ait reçu les suffrages, le jugeant « indigne » en raison de son passé séditieux.
3. Carrière possible du monétaire
Certains historiens et numismates (comme Crawford ou Babelon) suggèrent que ce monétaire pourrait être le même Marcus Lollius qui devint consul en 21 av. J.-C. sous Auguste :
Proche d’Auguste : Si cette identification est correcte, il aurait été un fidèle de l’empereur, premier gouverneur de la Galatie et plus tard précepteur de Caius César (le petit-fils d’Auguste).
La Clades Lolliana : Ce Marcus Lollius est resté célèbre pour une défaite militaire en Gaule contre les Germains en 16 av. J.-C., où il perdit l’aigle de la Vème Légion.
Variante 1 : Chaise curule sur laquelle, couronne ; de chaque côté, un épi de maïs.
Référence : RRC 473/2b
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
Les Lollii n ‘apparaissent pas dans l ‘histoire de Rome avant led ernier siècle de la république. On les croit d’origine samnite parce qu ‘un Samnite du nom de Lollius est mentionné dans la guerre contre Pyrrhus, roi d ‘Epire, en 485 (269 av. J.-C.). Le seul cognomen qu’on rencontre chez les Lollii est Palicanus; il fut porté pour la première fois par M. Lollius Palicanus ou Palikanus, tribun du peuple en 683 (71 av. J.-C.). Orateur médiocre, mais ardent défenseur de la classe plébéienne contre Sylla, il parvint à rendre aux tribuns du peuple leur ancienne puissance et fut un des principaux accusateurs de Verrès.le souvenir de son dévouement à la cause populaire a été conservé sur les médailles. La famille Lollia n’a fourni qu’un seul monétaire, dont le prénom est inconnu. C’était certainement un descendant du fameux tribun, puisque les monnaies sont frappées en son honneur. Ces monnaies qui datent de 709 (4, av. J.-C.) environ, peuvent être attribuées à M. Lollius M. f., probablement fils de Palicanus. et qui devint consul en 733 (21 av. J.-C.). Cinq ans plus tard, nous trouvons ce personnage comme légat en Gaule; il combattit avec succès les tribus germaniques qui avaient franchi le Rhin; toutefois, ayant laissé tomber aux mains de l’ennemi l’aigle de la cinquième légion, Suétone qualifia ainsi cet accident militaire : majoris infamiae quam detrimenti. Il était, paraît-il, sous les ordres de Varus dans sa désastreuse campagne ; il n’en conserva pas moins, dans la suite, l’amitié d’Auguste qui lui confia l’éducation de Caius César. On ignore quel était son cognomen; mais il est probable qu’il s’appelait Palicanus comme son père, si l’attribution de nos monnaies est fondée. La tête de l’Honneur, de la Liberté, de la Félicité et la tablette ou tessère de vote, rappellent le rôle démocratique du tribun de l’an 683. La chaise curule entre deux épis paraît se rapporter à une particularité de la vie de ce tribun qui, s’étant porté, en l’an 687 (67 av. J.-C.), comme candidat au consulat, eût été élu si le président des comices, le consul Pison, n’eût refusé de proclamer son nom : la chaise curule, emblème du consulat, figure sur la monnaie comme protestation contre cette exclusion. La tribune aux harangues rappelle que ce tribun rendit à la puissance tribunitienne son ancien éclat; on y distingue, à la base, les rostres ou éperons de navire qui la décoraient depuis la prise d’Antium en 420 (334 av. J.-C.).
Lieux de découverte (13 exemplaires)