Scylla
Monstre marin du détroit de Messine · Iconographie antique · Denier de Sextus Pompée
Scylla (grec Skylla, homérique Skyllè) est le monstre marin qui, depuis l'Odyssée, garde l'un des côtés d'un détroit étroit, face au gouffre de Charybde. Les Anciens ont localisé ce passage dans le détroit de Messine : Scylla sur le promontoire calabrais de Scyllaeum (l'actuelle Scilla), Charybde du côté sicilien. Monstre dévoreur chez Homère, elle devient chez les poètes plus tardifs une nymphe métamorphosée, victime de la jalousie de Circé ou d'Amphitrite.
Dans le monnayage romain républicain, Scylla n'apparaît que sur un seul type : le denier de Sextus Pompée (RRC 511/4), fils de Pompée le Grand. Maître de la Sicile et de la flotte dans les années 42–36 av. J.-C., Sextus y associe le phare de Messine et le monstre de la rive opposée : le détroit tout entier devient l'emblème de sa puissance navale face aux triumvirs.
« Là demeure Scylla aux aboiements terribles ; sa voix n'est pas plus forte que celle d'une jeune chienne, mais c'est un monstre funeste. Elle a douze pieds, tous difformes, et six cous démesurés ; sur chacun, une tête effroyable, avec trois rangées de dents serrées et drues, pleines de la noire mort. »
— Homère, Odyssée, XII, 85–92 · trad. LesDioscures

Les reliefs dits « méliens », petites plaques de terre cuite moulées et peintes, comptent parmi les plus anciennes images de Scylla. Le monstre y présente déjà le schéma qui restera canonique pendant près de mille ans : un buste de femme prolongé par un corps marin, et des protomés de chiens qui jaillissent de la taille.
Cette image ne suit pas la lettre d'Homère, qui décrit douze pieds et six cous : elle traduit plutôt l'étymologie populaire qui rapprochait déjà Skylla de skylax, « le jeune chien » — le poète lui-même compare sa voix à celle d'une jeune chienne.

Ce cratère en cloche, de fabrication béotienne (il est parfois décrit à tort comme attique), offre l'une des images les plus nettes de Scylla dans la céramique classique. Le monstre, le bras levé, porte à la ceinture des protomés de chiens et se termine par une queue serpentiforme qui ondule dans la mer.
Le contraste entre le haut du corps, féminin, et le bas, bestial, résume toute l'ambivalence de la figure — ambivalence que les poètes hellénistiques et romains expliqueront plus tard par le récit d'une métamorphose.
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Conservée sous le sol de la Maison de Dionysos, cette mosaïque de galets en noir et blanc appartient à un état antérieur de l'édifice romain. Scylla y est figurée de face, les chiens à la ceinture, la queue enroulée : la composition circulaire, adaptée à un pavement, montre combien le motif était devenu familier dans le décor domestique dès l'époque hellénistique.
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Découvert en 1957 dans la grotte-triclinium de la villa impériale de Sperlonga, entre Rome et Naples, ce groupe colossal (environ 3 m de haut) montrait le navire d'Ulysse assailli par Scylla : marins arrachés au pont, pilote à la poupe, chiens et tentacules du monstre. Une inscription gravée sur le navire nomme trois sculpteurs rhodiens, Athanodoros, Agesandros et Polydoros — les mêmes noms que Pline l'Ancien attribue aux auteurs du Laocoon.
La grotte s'effondra en 26 apr. J.-C., manquant de tuer Tibère (Tacite, Annales, IV, 59 ; Suétone, Tibère, 39) : c'est le terme le plus tardif possible pour l'ensemble, dont la date exacte reste discutée. Brisé en milliers de fragments, le groupe n'est connu que par des reconstitutions partielles.
Deux traditions coexistent : celle du texte homérique (douze pieds, six cous, six têtes) et celle des artistes, qui dès le Ve siècle fixent un type plus lisible — buste féminin, chiens à la ceinture, queue marine. C'est ce second type que reprennent les vases, les reliefs, les mosaïques et les monnaies.
Sur une monnaie, la place manque pour le navire et les marins : le graveur ne retient que le buste, les chiens et la queue, et donne au monstre un geste — le gouvernail levé — qui le transforme en figure d'action.
Avant Rome, Scylla figurait déjà sur des monnaies grecques d'Italie du Sud et de Sicile, notamment comme ornement du casque d'Athéna sur les monnaies de Thourioi et sur des tétradrachmes d'Akragas (Agrigente) de la fin du Ve siècle.
Dans le monnayage républicain, le seul type qui lui soit consacré est le denier de Sextus Pompée (RRC 511/4). Le choix est géographique autant que mythologique : l'avers montre le phare de Messine, sur la rive sicilienne ; le revers, le monstre qui hantait la rive calabraise. Les deux faces de la monnaie représentent ainsi les deux rives du détroit que la flotte de Sextus contrôlait.

Le titre de préfet de la flotte et des côtes avait été conféré à Sextus par le Sénat en 43 av. J.-C. ; proscrit peu après par la loi Pedia, il continua de le revendiquer, comme une légitimité que les triumvirs lui contestaient. Le type comporte quatre variantes (RRC 511/4a–d), qui diffèrent par des détails de l'avers.
La datation reste discutée. Crawford place l'émission en 42–40 av. J.-C. ; d'autres auteurs la rapprochent des années 38–36, voire de la période qui suit la défaite de Nauloque (36 av. J.-C.), en s'appuyant sur le titre imperator iterum. Le rapprochement avec un succès naval précis dans le détroit — comme la victoire remportée en 42 av. J.-C. sur Q. Salvidienus Rufus au large de Scyllaeum (Appien, Guerres civiles, IV, 85) — reste une hypothèse.
Références : Crawford RRC 511/4a–d · Babelon Pompeia 22 · Sydenham 1348–1349 · Sear RCV 1393 · ↗ Fiche 1670PO
Chez Homère, Scylla n'est pas une nymphe transformée mais un être immortel, monstrueux par nature : Circé conseille à Ulysse d'invoquer sa mère, Crataïs, pour l'empêcher de frapper deux fois (Od. XII, 124–126). Les généalogies divergent ensuite : un fragment hésiodique lui donne pour parents Hécate et Phorbas, Acousilaos Hécate et Phorcys ; Apollonios de Rhodes concilie les versions en faisant de Crataïs un autre nom d'Hécate, unie à Phorcys (Argonautiques, IV, 828–829). Hygin la range parmi les enfants de Typhon et d'Échidna (Fables, préface).
La métamorphose est un développement plus tardif. Chez Ovide (Métamorphoses, XIII, 730 – XIV, 74), Scylla est une jeune fille aimée du dieu marin Glaucos, qu'elle repousse ; Glaucos demande un philtre à Circé, qui s'éprend de lui et, jalouse, empoisonne la crique où Scylla se baigne. La jeune fille voit des chiens surgir de son propre corps et, pétrifiée de haine, se fixe au rocher du détroit. Hygin rapporte la même histoire (Fables, 199).
Une variante, transmise par Servius (ad Aen. III, 420) et par Tzetzès (ad Lycophron, 45), attribue la transformation à Amphitrite, jalouse de l'amour que Poséidon portait à Scylla.

Circé avertit Ulysse : d'un côté du détroit, le rocher de Scylla ; de l'autre, à portée de flèche, Charybde, qui trois fois par jour engloutit la mer et trois fois la rejette (Od. XII, 101–107). Mieux vaut perdre six hommes que le navire entier : Ulysse longe le rocher de Scylla, et le monstre enlève six compagnons, un par tête, qu'il dévore à l'entrée de son antre (Od. XII, 234–259).
Scylla incarne un danger ciblé, qui choisit ses victimes ; Charybde, une force aveugle qui emporte tout. L'expression proverbiale naît bien plus tard : le vers incidit in Scyllam qui vult vitare Charybdim se lit chez Gautier de Châtillon, dans l'Alexandréide (XIIe s.), et La Fontaine fixe en français la formule « tomber de Charybde en Scylla ».

Virgile place Scylla sur la route d'Énée : Hélénus décrit son antre et son corps mi-femme, mi-bête, terminé par des queues de dauphins et une ceinture de loups (Énéide, III, 420–432) ; aux Enfers, les Scyllae biformes gardent le seuil (Énéide, VI, 286). Ovide, nous l'avons vu, en fait l'une des grandes métamorphoses de son poème.
Dans l'art, le motif connaît une large fortune : la plaque de Paphos et le groupe de Sperlonga en sont deux jalons, et une réduction du groupe a été retrouvée à la villa d'Hadrien à Tivoli. Scylla orne aussi des pavements, des sarcophages et, au IVe siècle, des médaillons contorniates. Monstre de l'abîme dans le récit, elle devient un motif décoratif familier des décors marins.
À partir de la Renaissance, c'est le récit d'Ovide, plus que l'épisode homérique, qui inspire les peintres : Glaucos surgissant des flots, Scylla qui se dérobe sur le rivage. Agostino Carracci les montre enlacés dans les fresques de la galerie Farnèse (1597), libre écart par rapport au mythe ; Bartholomeus Spranger les sépare entre la terre et l'eau ; plus tard, Turner (1841, Kimbell Art Museum) dissout la scène dans la lumière. Le compositeur Jean-Marie Leclair en tire une tragédie lyrique, Scylla et Glaucus (1746).


Scylla sur les monnaies
Divinités & personnages
- Homère, Odyssée, XII, 73–126 (avertissements de Circé, description de Scylla et Charybde) ; XII, 234–259 (passage du détroit).
- Apollonios de Rhodes, Argonautiques, IV, 789–832 (passage des Argonautes), 828–829 (Phorcys et Hécate-Crataïs).
- Virgile, Énéide, III, 420–432 ; VI, 286.
- Ovide, Métamorphoses, XIII, 730 – XIV, 74 (Glaucos, Circé et la métamorphose).
- Hygin, Fables, préface et 199.
- Servius, Commentaire à l'Énéide, III, 420 ; Tzetzès, Scholies à Lycophron, 45 (version d'Amphitrite).
- Appien, Guerres civiles, IV, 85 (combat naval contre Salvidienus Rufus, 42 av. J.-C.).
- Tacite, Annales, IV, 59 ; Suétone, Tibère, 39 (effondrement de la grotte de Sperlonga).
- Crawford, M. H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 511/4a–d.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885–1886 — Pompeia 22.
- Sydenham, E. A., The Coinage of the Roman Republic, Londres, 1952 — n° 1348–1349.
- Sear, D. R., Roman Coins and their Values, vol. I, Spink, Londres, 2000 — n° 1393.
- Jentel, M.-O., « Skylla I », Lexicon Iconographicum Mythologiae Classicae, vol. VIII, 1997, p. 1137–1145.
- Gantz, T., Mythes de la Grèce archaïque, Belin, 2004.
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