
1692AN – Denier Marc Antoine et Octave – Lucius Gellius Publicola
Avers : M ANT. IMP. AVG. III. VIR. R. P. C. L. GELL Q. P (Marcus Antonius Imperator Augurus Triumvir Rei Publicae Constituandæ Lucius Gellius Quæstor Pro Prætore, Marc-Antoine, augure triumvir pour la restauration de la République, Lucius Gellius Publicola questeur propréteur)
Tête nue de Marc Antoine à droite; derrière, un vase, (capis).
Revers : CAESAR IMP. PONT. III. VIR. R. P. C (Cæsar Imperator Pontifex, Triumvir Rei Publicæ Constituandæ, Octave imperator triumvir pour la restauration de la République)
Tête nue d’Octave à droite, derrière, un lituus.
INDICE DE RARETE : 10
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ATELIER : Ephèse
Datation : 41 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Antonia, Julia et Gellia
Références : RRC 517/8 – B.54 (Antonia) – Syd.1188
1. Contexte Historique : L’Harmonie avant la Tempête (-41 av. J.-C.)
L’année 41 av. J.-C. marque un tournant fragile. Après avoir écrasé les assassins de César à Philippes (-42), les membres du Second Triumvirat se partagent le monde romain.
Le partage des rôles : Marc Antoine part en Orient pour réorganiser les provinces et préparer la guerre contre les Parthes. Octave rentre en Italie pour gérer la difficile distribution de terres aux vétérans.
L’atelier d’Éphèse : Cet aureus est frappé par un atelier militaire itinérant accompagnant Marc Antoine en Asie Mineure (probablement à Éphèse).
Un message de stabilité : Malgré les tensions naissantes entre les deux hommes (accentuées par la révolte de Lucius Antonius, le frère de Marc Antoine, en Italie), cette monnaie proclame officiellement la Concordia. Elle sert à payer les légions et à rassurer les élites sur la pérennité du pouvoir triumviral.
2. Analyse Symbolique : Le Miroir du Pouvoir
L’originalité de cette monnaie réside dans son iconographie biface, où chaque leader valide la légitimité de l’autre.
L’Avers : La Puissance Militaire et l’Honneur de Marc Antoine
Le portrait d’Antoine est empreint d’une certaine maturité.
Le Capis (Vase sacrificiel) : Placé derrière la tête d’Antoine, il symbolise ses fonctions religieuses de Pontife. Cela souligne que son autorité n’est pas uniquement basée sur la force brute des légions, mais sur la piété (pietas) et le respect des rites.
La titulature :
M ANT IMP AVG III VIR R P C L GELL Q P. Antoine s’y affiche comme Imperator et Augure. La mention du magistrat monétaire Lucius Gellius Publicola (un ancien partisan des républicains rallié) montre la capacité d’Antoine à intégrer les anciennes élites.
Le Revers : L’Héritage et la Jeunesse d’Octave
Le revers présente le jeune César, futur Auguste, dont les traits sont encore marqués par l’influence du style césarien.
Le Lituus (Bâton augural) : Placé derrière Octave, il fait écho au capis de l’avers. Cette symétrie des instruments sacrés renforce l’idée d’un partage égal des auspices et de la protection divine sur le Triumvirat.
La Légende :
CAESAR IMP PONT III VIR R P C. L’utilisation du nom de Caesar est son arme politique la plus puissante, revendiquant l’héritage direct du dictateur assassiné.
Qui était Lucius Gellius Publicola ?
Lucius Gellius Publicola est une figure fascinante de la fin de la République, illustrant parfaitement les retournements d’alliances de cette période tourmentée.
1. Origines et ralliements successifs :
Fils de consul : Il est le fils de Lucius Gellius Publicola (consul en 72 av. J.-C.).
Le camp des Républicains : Au début de la guerre civile qui suit l’assassinat de Jules César, il se range du côté des « Libérateurs » (Brutus et Cassius).
La trahison : Selon les sources antiques (notamment Dion Cassius et Tite-Live), il aurait été accusé de comploter contre Brutus et Cassius. Bien que pardonné grâce à l’intervention de son demi-frère Messalla Corvinus, il finit par déserter pour rejoindre le camp de Marc Antoine avant la bataille de Philippes en 42 av. J.-C.
2. Son rôle comme monétaire (41 av. J.-C.) :
Titre : Sur la pièce, il porte le titre de Q. P. (Quaestor Propraetore). Cela signifie qu’il n’est pas un simple magistrat monétaire urbain (IIIvir AAAFF), mais un officier financier de haut rang accompagnant Marc Antoine en Orient.
L’atelier mobile : Il supervise la frappe de l’or et de l’argent à Éphèse (ou via un atelier itinérant en Asie Mineure). Son nom sur l’aureus (
L. GELL) sert de garantie officielle pour la qualité et le poids du métal précieux destiné à payer les troupes.
3. Un fidèle d’Antoine jusqu’à la fin :
Consul en 36 av. J.-C. : Sa loyauté envers Marc Antoine est récompensée par l’accession au consulat.
Actium (-31) : Lors de la confrontation finale contre Octave à Actium, Lucius Gellius Publicola commande l’aile droite de la flotte de Marc Antoine. On perd sa trace après la bataille, ce qui laisse supposer qu’il y a péri ou qu’il s’est retiré de la vie publique après la défaite.
Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
L. Gellius Publicola. Questeur en 713 (41 av. J.-C.)
L’histoire de ce personnage est bien connue. C’est le fils de L. Gellius Publicola que nous n’avons fait que mentionner plus haut comme consul en 682 (72 av. J.-C.). Le fils qui inscrivit son nom sur des monnaies de Marc Antoine et d’Octave, en qualité de quaestor provincialis, jouit d’une réputation scandaleuse. Il fut accusé d’entretenir des relations incestueuses avec sa belle-mère et de conspirer contre la vie de son père . A la mort de César, il se jeta dans le parti plot contre Brutus et Cassius dont il était l’auteur; il fut néanmoins pardonné, grâce à l’intercession de M. Valerius Messala et de sa belle-mère Polla qui avait épousé ce dernier. Ce pardon inespéré ne l’empêcha pas de passer au camp d’Octave et de Marc Antoine. Il reçut le titre de quaestor provincialis et c’est en cette qualité qu ‘il fit frapper, en Orient, les monnaies ci-dessous décrites et qui portent les têtes de Marc Antoine et d’Octave . Enfin L. Gellius devint consul l’an 718 (36 av. J.-C.); ayant plus tard préféré le parti d’Antoine à celui d’Octave, il commandait l’aile droite de l’armée d’Antoine, à Actium, et il paraît avoir péri dans la bataille . Ses monnaies datent du moment où il embrassa le parti des triumvirs, vers 713 (41 av. J.-C.).
Lieux de découverte (3 exemplaires)