Amphinomos
Piété filiale · Catane · Iconographie numismatique républicaine
Dans la mythologie sicilienne, Amphinomos et Anapias sont deux frères associés à la ville de Catane. Lors d'une éruption de l'Etna, ils sauvèrent leurs parents en les portant sur leurs épaules pour les mettre à l'abri des coulées de lave. Selon la tradition, les flammes s'écartèrent miraculeusement pour les laisser passer. Leur piété filiale fut célébrée dans tout le monde grec puis romain, et ils restèrent connus sous le nom de « frères pieux » (Pii fratres).
Il ne faut pas les confondre avec leur homonyme de L'Odyssée : Amphinomos (Ἀμφίνομος), prince de Doulichion et fils de Nisos, l'un des prétendants de Pénélope. Le plus raisonnable d'entre eux, il tente de dissuader les autres de tuer Télémaque ; Ulysse, déguisé en mendiant, l'avertit même de quitter le palais. Mais Athéna le retient, et il périt de la lance de Télémaque lors du massacre des prétendants. Les deux personnages n'ont en commun que leur nom.
« Ceux que l'on appelle, à Catane, les Pieux… »
— d'après Pausanias, Description de la Grèce, X, 28, 4
Selon la tradition locale, lors d'une violente éruption de l'Etna, chacun des deux frères chargea l'un de ses parents sur ses épaules et l'emporta loin des coulées de lave. Leur geste, comparable à celui d'Énée sauvant son père Anchise lors de la chute de Troie, incarna pour les Romains le concept de pietas dans sa forme la plus pure : le devoir envers sa famille.
Le récit, déjà cité en exemple à Athènes par l'orateur Lycurgue au IVe siècle av. J.-C., est repris par Strabon, Sénèque, Valère Maxime et Pausanias. Il était particulièrement vivace à Catane, où les frères étaient honorés comme des héros. Les Romains, sensibles à cette vertu cardinale, reprirent naturellement ce thème dans leur iconographie monétaire.
Avant Rome, c'est Catane elle-même qui avait fait des frères son emblème : ses monnaies de bronze d'époque hellénistique associent une tête de Dionysos couronnée de lierre à l'avers et, au revers, les deux frères portant leurs parents sur les épaules. Des exemplaires de ce type ont même été retrouvés dans l'épave d'Anticythère.
RRC 308/1Rome · 108–107 av. J.-C.
Le denier de Marcus Herennius est la première monnaie romaine à représenter l'un des frères de Catane. Le choix de ce type est traditionnellement lié aux origines catanéennes revendiquées par la gens Herennia, dont une branche commerçait entre la Sicile et l'Afrique.
Marcus Herennius deviendra consul en 93 av. J.-C. Plus de soixante ans après ce denier, Sextus Pompée reprendra le motif pour proclamer sa propre pietas envers son père, Pompée le Grand.
La composition est saisissante : l'avers, avec la tête de Pietas, annonce directement le thème du revers. La vertu est personnifiée, puis illustrée par un acte concret — le fils sauvant son père.
Il existe deux variantes : la lettre de contrôle se trouve soit sous le menton à l'avers (RRC 308/1a), soit dans le champ au revers (RRC 308/1b).
Références : Crawford RRC 308/1a-b · Sydenham 567a · Babelon Herennia 1 · RCV 185 · ↗ Voir la fiche sur LesDioscures
La gens Herennia est une famille plébéienne d'origine samnite, établie en Campanie, dont certaines branches rayonnèrent vers la Sicile et l'Afrique. On connaît un Herennius sénateur de Nola, un Marcus Herennius décurion de Pompéi, et un Herennius banquier à Leptis, que mentionne Cicéron dans les Verrines.
Le monétaire Marcus Herennius, qui frappa ce denier vers 108–107 av. J.-C., est vraisemblablement le même personnage que le consul de 93 av. J.-C. Pline l'Ancien date de ce consulat — celui de C. Valerius et M. Herennius — l'arrivée à Rome d'une quantité remarquable de silphium. En choisissant les frères pieux pour son type monétaire, il rendait hommage aux racines catanéennes de sa famille tout en célébrant la vertu de pietas.
RRC 511/3aSicile · 42–40 av. J.-C.
Vers 42–40 av. J.-C., maître de la Sicile, Sextus Pompée reprend le motif en le dédoublant : au revers, Neptune, le pied sur une proue, se tient entre les deux frères, Amphinomos et Anapias, qui courent en sens opposés en portant chacun un parent. À l'avers figure le portrait de son père, Pompée le Grand, entre la cruche et le lituus.
Le message est limpide : Sextus, qui s'est donné le surnom de Pius (MAG·PIVS·IMP·ITER), se présente comme le fils pieux qui venge la mémoire de son père, sous la protection de Neptune, maître des mers. Le choix d'un mythe sicilien sert aussi à ancrer son pouvoir dans l'île qu'il contrôle.
Le culte des frères pieux survécut longtemps à Catane. Une base de statue de la fin du Ve ou du début du VIe siècle apr. J.-C. commémore encore la remise en place des statues des deux héros, appelés « les frères qui fuient les flammes » . Vers 400, le poète Claudien leur avait déjà consacré une pièce entière de ses Carmina minora, consacrée aux frères et à leurs statues de Catane.
La Renaissance redécouvre le thème. Vers 1595-1597, Annibale Carracci peint les frères de Catane dans le Camerino du palais Farnèse à Rome, petit cabinet dont le programme célèbre la vertu. La composition fut ensuite largement diffusée par la gravure, notamment par Nicolas Mignard.
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Les frères de Catane sur la monnaie
Contexte — le monnayage sicilien de Sextus Pompée
- Lycurgue, Contre Léocrate, 95-96 — le plus ancien récit développé du sauvetage et des flammes qui s'écartent.
- Strabon, Géographie, VI, 2, 3 — les « Pieux » de Catane.
- Sénèque, Des bienfaits, III, 37, 2 — exemple de piété filiale.
- Valère Maxime, Faits et dits mémorables, V, 4, ext. 4 — récit de l'éruption et du sauvetage des parents.
- Pausanias, Description de la Grèce, X, 28, 4 — mention des Pieux de Catane.
- Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XIX, 40 — le silphium sous le consulat de C. Valerius et M. Herennius (93 av. J.-C.).
- Claudien, Carmina minora, De piis fratribus et de statuis eorum quae sunt apud Catinam — éloge des frères de Catane.
- Homère, Odyssée, XVI, XVIII, XX, XXII — Amphinomos le prétendant (homonyme).
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 308/1 et 511/3.
- Sydenham, E.A., The Coinage of the Roman Republic — n° 567a (Herennius), 1344 (Sextus Pompée).
- Babelon, E., Description historique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885 — Herennia 1 ; Pompeia 27.
- Sear, D.R., Roman Coins and their Values, vol. I, Spink, Londres — RCV 185.
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