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Amphinomos

Piété filiale · Catane · Iconographie numismatique républicaine

NatureHéros légendaire
OrigineGrecque · Catane (Sicile)
AttributsParent porté sur les épaules
Période108–107 · 42–40 av. J.-C.
MonnaiesRRC 308/1 · RRC 511/3

Dans la mythologie sicilienne, Amphinomos et Anapias sont deux frères associés à la ville de Catane. Lors d'une éruption de l'Etna, ils sauvèrent leurs parents en les portant sur leurs épaules pour les mettre à l'abri des coulées de lave. Selon la tradition, les flammes s'écartèrent miraculeusement pour les laisser passer. Leur piété filiale fut célébrée dans tout le monde grec puis romain, et ils restèrent connus sous le nom de « frères pieux » (Pii fratres).

Il ne faut pas les confondre avec leur homonyme de L'Odyssée : Amphinomos (Ἀμφίνομος), prince de Doulichion et fils de Nisos, l'un des prétendants de Pénélope. Le plus raisonnable d'entre eux, il tente de dissuader les autres de tuer Télémaque ; Ulysse, déguisé en mendiant, l'avertit même de quitter le palais. Mais Athéna le retient, et il périt de la lance de Télémaque lors du massacre des prétendants. Les deux personnages n'ont en commun que leur nom.

« Ceux que l'on appelle, à Catane, les Pieux… »

— d'après Pausanias, Description de la Grèce, X, 28, 4
✦ Les frères catanéens
01 Amphinomos & Anapias — Les fils pieux de Catane Mythologie sicilienne

Selon la tradition locale, lors d'une violente éruption de l'Etna, chacun des deux frères chargea l'un de ses parents sur ses épaules et l'emporta loin des coulées de lave. Leur geste, comparable à celui d'Énée sauvant son père Anchise lors de la chute de Troie, incarna pour les Romains le concept de pietas dans sa forme la plus pure : le devoir envers sa famille.

Le récit, déjà cité en exemple à Athènes par l'orateur Lycurgue au IVe siècle av. J.-C., est repris par Strabon, Sénèque, Valère Maxime et Pausanias. Il était particulièrement vivace à Catane, où les frères étaient honorés comme des héros. Les Romains, sensibles à cette vertu cardinale, reprirent naturellement ce thème dans leur iconographie monétaire.

Avant Rome, c'est Catane elle-même qui avait fait des frères son emblème : ses monnaies de bronze d'époque hellénistique associent une tête de Dionysos couronnée de lierre à l'avers et, au revers, les deux frères portant leurs parents sur les épaules. Des exemplaires de ce type ont même été retrouvés dans l'épave d'Anticythère.

🔥 L'éruption de l'Etna Cadre dramatique du mythe — les flammes qui s'écartent devant les frères pieux selon certaines versions.
🏛️ Pietas Vertu romaine fondamentale : le devoir envers les dieux, la patrie et la famille. Les deux frères en incarnent l'aspect familial.
⚓ Lien avec Énée Le geste d'Amphinomos fait écho à Énée portant Anchise hors de Troie — archétype romain de la piété filiale.
🌋 Catane Cité sicilienne au pied de l'Etna, patrie des frères, à laquelle la tradition rattache aussi la gens Herennia.
✦ Représentations numismatiques
🏛️ Première représentation républicaine des frères pieux
Denier Herennia RRC 308/1 — Amphinomos portant son père RRC 308/1
Rome · 108–107 av. J.-C.

Le denier de Marcus Herennius est la première monnaie romaine à représenter l'un des frères de Catane. Le choix de ce type est traditionnellement lié aux origines catanéennes revendiquées par la gens Herennia, dont une branche commerçait entre la Sicile et l'Afrique.

Marcus Herennius deviendra consul en 93 av. J.-C. Plus de soixante ans après ce denier, Sextus Pompée reprendra le motif pour proclamer sa propre pietas envers son père, Pompée le Grand.

02 Denier Herennia · Marcus Herennius 108–107 av. J.-C. · Rome
🏃 Amphinomos courant, portant son père sur les épaules
🏛 Légendes & description
Avers PIETAS Tête diadémée de la Piété (Pietas) à droite.
Revers M · HERENNI L'un des frères catanéens, nu, courant à droite, portant son père âgé sur ses épaules. Légende verticale derrière le personnage.

La composition est saisissante : l'avers, avec la tête de Pietas, annonce directement le thème du revers. La vertu est personnifiée, puis illustrée par un acte concret — le fils sauvant son père.

Il existe deux variantes : la lettre de contrôle se trouve soit sous le menton à l'avers (RRC 308/1a), soit dans le champ au revers (RRC 308/1b).

Références : Crawford RRC 308/1a-b · Sydenham 567a · Babelon Herennia 1 · RCV 185 · ↗ Voir la fiche sur LesDioscures

✦ La gens Herennia & le monétaire
03 Marcus Herennius — Monétaire et consul 108–93 av. J.-C.

La gens Herennia est une famille plébéienne d'origine samnite, établie en Campanie, dont certaines branches rayonnèrent vers la Sicile et l'Afrique. On connaît un Herennius sénateur de Nola, un Marcus Herennius décurion de Pompéi, et un Herennius banquier à Leptis, que mentionne Cicéron dans les Verrines.

Le monétaire Marcus Herennius, qui frappa ce denier vers 108–107 av. J.-C., est vraisemblablement le même personnage que le consul de 93 av. J.-C. Pline l'Ancien date de ce consulat — celui de C. Valerius et M. Herennius — l'arrivée à Rome d'une quantité remarquable de silphium. En choisissant les frères pieux pour son type monétaire, il rendait hommage aux racines catanéennes de sa famille tout en célébrant la vertu de pietas.

✦ Postérité — Sextus Pompée
⚡ Les deux frères autour de Neptune
Denier Sextus Pompée RRC 511/3a — Pompée le Grand / Neptune entre les frères catanéens RRC 511/3a
Sicile · 42–40 av. J.-C.

Vers 42–40 av. J.-C., maître de la Sicile, Sextus Pompée reprend le motif en le dédoublant : au revers, Neptune, le pied sur une proue, se tient entre les deux frères, Amphinomos et Anapias, qui courent en sens opposés en portant chacun un parent. À l'avers figure le portrait de son père, Pompée le Grand, entre la cruche et le lituus.

Le message est limpide : Sextus, qui s'est donné le surnom de Pius (MAG·PIVS·IMP·ITER), se présente comme le fils pieux qui venge la mémoire de son père, sous la protection de Neptune, maître des mers. Le choix d'un mythe sicilien sert aussi à ancrer son pouvoir dans l'île qu'il contrôle.

✦ Postérité artistique
05 De Catane antique au palais Farnèse Antiquité tardive – XVIIe siècle

Le culte des frères pieux survécut longtemps à Catane. Une base de statue de la fin du Ve ou du début du VIe siècle apr. J.-C. commémore encore la remise en place des statues des deux héros, appelés « les frères qui fuient les flammes » . Vers 400, le poète Claudien leur avait déjà consacré une pièce entière de ses Carmina minora, consacrée aux frères et à leurs statues de Catane.

La Renaissance redécouvre le thème. Vers 1595-1597, Annibale Carracci peint les frères de Catane dans le Camerino du palais Farnèse à Rome, petit cabinet dont le programme célèbre la vertu. La composition fut ensuite largement diffusée par la gravure, notamment par Nicolas Mignard.

Annibale Carracci, les frères de Catane, fresque du Camerino Farnese
Annibale Carracci · Les frères de Catane · Camerino Farnese, Palais Farnèse, Rome (photographie de 1934) · Wikimedia Commons
Nicolas Mignard, gravure des frères de Catane d'après Annibale Carracci
Nicolas Mignard · Les frères de Catane, gravure d'après Annibale Carracci · Wikimedia Commons
✦ Fiches numismatiques liées

Les frères de Catane sur la monnaie

Contexte — le monnayage sicilien de Sextus Pompée

📚Notes & Références
  • Lycurgue, Contre Léocrate, 95-96 — le plus ancien récit développé du sauvetage et des flammes qui s'écartent.
  • Strabon, Géographie, VI, 2, 3 — les « Pieux » de Catane.
  • Sénèque, Des bienfaits, III, 37, 2 — exemple de piété filiale.
  • Valère Maxime, Faits et dits mémorables, V, 4, ext. 4 — récit de l'éruption et du sauvetage des parents.
  • Pausanias, Description de la Grèce, X, 28, 4 — mention des Pieux de Catane.
  • Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XIX, 40 — le silphium sous le consulat de C. Valerius et M. Herennius (93 av. J.-C.).
  • Claudien, Carmina minora, De piis fratribus et de statuis eorum quae sunt apud Catinam — éloge des frères de Catane.
  • Homère, Odyssée, XVI, XVIII, XX, XXII — Amphinomos le prétendant (homonyme).
  • Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 308/1 et 511/3.
  • Sydenham, E.A., The Coinage of the Roman Republic — n° 567a (Herennius), 1344 (Sextus Pompée).
  • Babelon, E., Description historique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885 — Herennia 1 ; Pompeia 27.
  • Sear, D.R., Roman Coins and their Values, vol. I, Spink, Londres — RCV 185.
Article rédigé par Christopher Mérat
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