Ancus Marcius
4e roi de Rome · 640–616 av. J.-C. · Iconographie numismatique républicaine
G. Rouillé, Promptuarium iconum, Lyon, 1553
Ancus Marcius, quatrième roi légendaire de Rome (règne traditionnel : 640–616 av. J.-C.), succède à Tullus Hostilius. Petit-fils de Numa Pompilius par sa mère Pompilia (Tite-Live, I, 32, 1 ; Plutarque, Numa, 21), il est présenté par la tradition comme une synthèse des deux premiers modèles royaux : la piété de Numa et l'énergie guerrière de Romulus.
Son règne est rapporté surtout par Tite-Live (I, 32–35) et Denys d'Halicarnasse (III, 36–45). On lui attribue les rites des fétiaux, la prise de plusieurs villes latines, l'installation des vaincus sur l'Aventin, le Pons Sublicius, la fortification du Janicule, la fossa Quiritium, la prison du Forum et la fondation d'Ostie. Comme pour les autres rois, ces récits mêlent mémoire historique, reconstructions savantes et traditions familiales.
C'est précisément par ce dernier biais qu'Ancus entre dans la numismatique : la gens Marcia se disait issue de lui, et deux de ses monétaires ont placé son portrait sur leurs émissions, en 88 puis en 56 av. J.-C.
« Ancus avait un caractère tenant le milieu, fidèle au souvenir de Numa comme à celui de Romulus. »
Medium erat in Anco ingenium, et Numae et Romuli memor.
— Tite-Live, Ab Urbe Condita, I, 32, 4 · trad. LesDioscures
Croyant le nouveau roi aussi pacifique que son grand-père, les Latins pillent le territoire romain. Ancus fait d'abord réclamer réparation selon le rituel des fétiaux — Tite-Live situe sous son règne la première déclaration de guerre conduite selon ce droit — puis prend Politorium, détruit Tellenae et Ficana et l'emporte devant Medullia.
Les populations vaincues sont transférées à Rome et installées sur l'Aventin et dans la vallée de Murcia. Le roi enlève ensuite aux Véiens la forêt Mésia et pousse jusqu'à la mer : à l'embouchure du Tibre, il fonde Ostie et fait aménager des salines (Tite-Live, I, 33, 9). Il agrandit enfin le temple de Jupiter Férétrien.
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La critique moderne reste prudente : le plus ancien noyau fortifié d'Ostie mis au jour (le castrum) ne remonte pas au-delà du IVe siècle av. J.-C. La fondation royale pourrait viser un établissement plus ancien lié aux salines, ou relever d'une reconstruction tardive.
Pour empêcher l'ennemi de s'y établir, Ancus annexe le Janicule, le fortifie et le relie à la ville par le Pons Sublicius, premier pont de Rome sur le Tibre. Du côté de la plaine, il fait creuser la fossa Quiritium, fossé défensif.
Face à l'accroissement de la population et de la délinquance, il fait bâtir, « au cœur de la ville, dominant le Forum », la première prison de Rome (Tite-Live, I, 33, 8). Son cachot inférieur, le Tullianum, est rattaché par d'autres auteurs (Varron) à Servius Tullius ; le nom de « prison Mamertine » n'apparaît qu'au Moyen Âge. Jugurtha, les complices de Catilina et Vercingétorix y finirent leurs jours.
Le Pons Sublicius (de sublicae, « pilotis ») était un pont de bois. La tradition voulait qu'il fût assemblé sans aucune pièce de fer (Pline, HN, XXXVI, 100), et son entretien relevait de prescriptions religieuses ; Varron (LL, V, 83) rattache d'ailleurs le nom des pontifices au pont (pons + facere). C'est sur ce pont qu'Horatius Coclès aurait arrêté les Étrusques de Porsenna.
Selon Tite-Live (I, 32, 2), le premier acte d'Ancus est d'ordonner au pontife de copier les règles religieuses de Numa et de les afficher en public, afin que les rites négligés sous Tullus soient de nouveau accomplis correctement. Le lituus, bâton augural recourbé placé derrière sa tête sur le denier de 56 av. J.-C., rappelle ce rôle religieux du roi.
D'après Festus, son surnom d'Ancus viendrait d'un bras recourbé (ancus). Il meurt après vingt-quatre ans de règne (Tite-Live, I, 35, 1). Lucius Tarquinius Priscus, tuteur de ses fils, éloigne ces derniers de Rome au moment de l'élection et se fait choisir comme roi ; les fils d'Ancus le feront plus tard assassiner.
Une dernière tradition, rapportée par Pline l'Ancien (HN, XXXI, 41), fait d'Ancus le premier à avoir voulu amener à Rome l'eau qui deviendra l'Aqua Marcia — ce qui éclaire directement le denier de L. Marcius Philippus.
La gens Marcia, plébéienne, revendiquait une double ascendance royale : Ancus Marcius et, à travers lui, Numa Pompilius. Le cognomen Rex d'une de ses branches et le culte familial de Marsyas participent du même programme. Sur les monnaies, Ancus apparaît dans deux émissions : celle de C. Marcius Censorinus (88 av. J.-C.), qui l'associe à Numa, et celle de L. Marcius Philippus (56 av. J.-C.), qui lui donne un portrait seul.
Crawford qualifie ces généalogies de fiction familiale ; elles n'en sont pas moins un témoignage précieux sur la manière dont les monétaires de la fin de la République exploitaient le passé royal de Rome.
1245MA · RRC 346/1↗ Voir la fiche
La barbe distingue le grand-père (Numa) du petit-fils (Ancus). Le desultor, cavalier sautant d'un cheval à l'autre, renvoie aux jeux d'Apollon (ludi Apollinares) institués en 212 av. J.-C. sur la foi des prophéties du devin Marcius (Tite-Live, XXV, 12) — autre gloire revendiquée par la famille.
Références : Crawford RRC 346/1a–i · Babelon Marcia 18 · Sydenham 713
1247MA · RRC 346/3↗ Voir la fiche
Censorinus frappe aussi deux types d'as au même avers : les têtes accolées de Numa et d'Ancus, cette fois nommés en légende. Les revers évoquent Ostie, la fondation attribuée à Ancus — première représentation monétaire du port de Rome.
1248MA · RRC 346/4↗ Voir la fiche
La colonne à la Victoire est parfois rapprochée des succès de C. Marcius Rutilus, quatre fois consul et premier dictateur plébéien (356 av. J.-C.), l'ancêtre le plus illustre des Censorini. Ces as, souvent mal conservés, sont plus rares que le denier.
Références : Crawford RRC 346/3 et 346/4 · Sydenham 715
1394MA · RRC 425/1↗ Voir la fiche
Le monétaire est le fils du consul de 56, homonyme. C'est le père, L. Marcius Philippus, consul en 56, qui avait épousé Atia, nièce de César et mère d'Octave : il fut donc le beau-père du futur Auguste, et le monétaire son demi-frère par alliance.
L'avers met en avant l'ancêtre royal ; le revers, l'Aqua Marcia, construite de 144 à 140 av. J.-C. par le préteur Q. Marcius Rex (Frontin, De aquaeductu, I, 7). Longue d'environ 91 km, c'était le plus long des aqueducs de Rome, et Pline (HN, XXXI, 41) la tenait pour l'eau la plus pure. La statue équestre est généralement identifiée à Q. Marcius Rex. Le choix des deux faces se répond : selon la tradition rapportée par Pline, c'est Ancus qui avait le premier projeté d'amener cette eau à Rome.
Pour la fleur sous le cheval, Babelon proposait un jeu savant sur le nom de Mars, en rapport avec la fleur par laquelle Flora rendit Junon mère de Mars (Ovide, Fastes, V, 229–260) ; l'hypothèse reste sans confirmation.
Références : Crawford RRC 425/1 · Babelon Marcia 28 · Sydenham 919
- Tite-Live, Ab Urbe Condita, I, 32–35 — Avènement, fétiaux, guerre latine, Janicule, Pons Sublicius, prison, Ostie, mort après 24 ans de règne.
- Tite-Live, XXV, 12 — Prophéties du devin Marcius et institution des ludi Apollinares.
- Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, III, 36–45 — Règne d'Ancus Marcius.
- Cicéron, De Re Publica, II, 33 — Ancus Marcius.
- Plutarque, Vie de Numa, 21 — Pompilia, fille de Numa, mère d'Ancus.
- Varron, De lingua Latina, V, 83 — Étymologie de pontifex.
- Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XXXI, 41 (Aqua Marcia) et XXXVI, 100 (Pons Sublicius).
- Frontin, De aquaeductu urbis Romae, I, 7 — Construction de l'Aqua Marcia par Q. Marcius Rex.
- Ovide, Fastes, V, 229–260 — Flora, Junon et la naissance de Mars.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 346/1, 346/3, 346/4, 425/1.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885–1886 — Marcia 18, 28.
- Sydenham, E.A., The Coinage of the Roman Republic, Londres, 1952 — n° 713, 715, 919.
- Grueber, H.A., Coins of the Roman Republic in the British Museum, Londres, 1910.
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