Apex · Bonnet de Flamine
Insigne des flamines · Religion romaine · Iconographie numismatique
Au sens strict, l'apex désigne une courte tige de bois d'olivier entourée à sa base d'un flocon de laine, fixée au sommet de la coiffe des flamines — les prêtres attachés chacun au culte d'une divinité. Par extension, le mot a fini par nommer le bonnet tout entier, que les Romains appelaient aussi galerus ; celui du prêtre de Jupiter, l'albogalerus, était taillé dans la peau d'une victime blanche sacrifiée au dieu.
L'apex n'était pas un simple ornement : un flamine ne devait pas paraître à l'air libre sans lui, et le perdre pendant un sacrifice pouvait coûter le sacerdoce. Sur les monnaies, il apparaît notamment au revers du denier de Numerius Fabius Pictor (RRC 268/1, 126 av. J.-C.), où un ancêtre du monétaire, à la fois magistrat en armes et flamine de Quirinus, le tient à la main.
« Quant à Sulpicius, c'est parce que l'apex était tombé de sa tête pendant qu'il sacrifiait qu'il perdit le sacerdoce. »
— Valère Maxime, Faits et dits mémorables, I, 1, 5 (trad. LesDioscures)
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Dans la religion romaine, le flamen est attaché au culte d'une seule divinité. Varron rattachait leur nom au fil de laine (filum) dont ils ceignaient leur tête. La tradition en comptait quinze : trois flamines maiores, choisis parmi les patriciens, et douze flamines minores, voués à des divinités parfois obscures dès l'Antiquité.
Leur mission était d'accomplir les sacrifices et les rites qui entretenaient la pax deorum, la paix entre Rome et ses dieux. L'apex était l'insigne commun de cette fonction : on le retrouve aussi sur la tête des Saliens, les prêtres danseurs de Mars.
Le bonnet de flamine est représenté sur les monuments tantôt arrondi, tantôt conique. Sur les reliefs d'époque augustéenne, c'est une calotte ajustée, maintenue par des attaches nouées sous le menton, d'où s'élève une courte pointe montée sur un disque.
Servius, commentateur de Virgile, décrit l'apex comme une baguette portant un peu de laine à son extrémité, plantée au sommet du bonnet ; d'autres sources précisent qu'elle était en bois d'olivier.
Festus nomme les liens qui l'assujettissaient : l'apiculum, fil qui lie l'apex, et les offendices, cordons noués sous le menton. Ce ne sont pas des mèches décoratives : ils servaient à ce que la coiffe ne tombe jamais.
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Ovide qualifie le prêtre de Jupiter d'apicatus, « porteur d'apex » : l'objet résumait à lui seul la fonction.
Selon Aulu-Gelle, il était interdit au Flamen Dialis de se trouver à ciel ouvert sans son apex ; ce n'est qu'à une date assez récente que les pontifes lui permirent de l'ôter sous un toit. La règle était prise à la lettre : Valère Maxime et Plutarque rapportent que le flamine Sulpicius fut démis de son sacerdoce parce que l'apex lui avait glissé de la tête au cours d'un sacrifice.
Le bonnet marquait aussi un statut : il signalait immédiatement, dans l'espace public, un homme voué au service d'un dieu et soumis à des règles de vie particulières.
Aulu-Gelle a conservé une longue liste des interdits qui pesaient sur le flamine de Jupiter. Parmi les plus connus :
- Ni cheval, ni armée : il lui était défendu de monter à cheval et de voir l'armée rangée en ordre de bataille hors de l'enceinte sacrée de la ville (pomerium).
- Ni serment, ni nœud : il ne pouvait prêter serment, ni porter sur lui un nœud ou un anneau qui ne fût ouvert.
- Ni absence : selon Tite-Live, il lui était interdit de passer une seule nuit hors de Rome ; Aulu-Gelle précise qu'il ne pouvait découcher de son lit trois nuits de suite.
- Ni contact impur : il ne touchait ni chèvre, ni viande crue, ni lierre, ni fèves, et ne pouvait même les nommer.
Ces contraintes faisaient du flaminat une charge difficilement compatible avec une carrière politique ou militaire. C'est précisément ce que rappelle le denier de la gens Fabia.
Le personnage représenté est Quintus Fabius Pictor, flamine de Quirinus. Élu préteur pour 189 av. J.-C. et désigné par le sort pour la Sardaigne, il fut retenu à Rome par le grand pontife P. Licinius Crassus au nom de ses obligations religieuses ; malgré un appel au peuple, il dut renoncer à sa province (Tite-Live, XXXVII, 51).
Le revers réunit les deux charges inconciliables : l'armure du magistrat et l'apex du prêtre, tandis que le bouclier inscrit QVIRIN rappelle le dieu servi. Crawford y voit le préteur-flamine ; W. Hollstein (2011) a proposé d'y reconnaître plutôt le dieu Quirinus lui-même, la question reste discutée.
Le monétaire de 126 av. J.-C. suivait une pratique courante de son temps : faire de son denier un rappel de l'histoire familiale, ici une illustration rare d'un conflit entre devoir religieux et carrière publique.
L'apex reparaît plus tard, sans personnage, parmi les instruments pontificaux du célèbre denier à l'éléphant de César (RRC 443/1, 49-48 av. J.-C.) : culullus, aspergillum, hache et apex y rappellent que César était grand pontife — et qu'il avait été lui-même, dans sa jeunesse, désigné flamine de Jupiter.
Monnaies républicaines à l'apex
- Aulu-Gelle, Nuits attiques, X, 15 — Interdits du Flamen Dialis, dont l'obligation de porter l'apex à ciel ouvert et l'albogalerus.
- Valère Maxime, Faits et dits mémorables, I, 1, 5 — Sulpicius démis du sacerdoce pour avoir perdu son apex en sacrifiant.
- Plutarque, Vie de Marcellus, 5 — Même anecdote.
- Tite-Live, Histoire romaine, V, 52, 13 — Interdiction pour le flamine de Jupiter de passer une nuit hors de Rome.
- Tite-Live, Histoire romaine, XXVII, 8 — C. Valerius Flaccus, flamine de Jupiter, revendique son siège au Sénat (209 av. J.-C.).
- Tite-Live, Histoire romaine, XXXVII, 51 — Q. Fabius Pictor, flamine de Quirinus, retenu à Rome par le grand pontife (189 av. J.-C.).
- Suétone, Vie de César, 1 — Le jeune César désigné flamine de Jupiter.
- Servius, Commentaire à l'Énéide, II, 683 et VIII, 664 — Description de l'apex.
- Festus, De la signification des mots, s.v. albogalerus, apiculum, offendices.
- Varron, De la langue latine, V, 84 — Étymologie de flamen.
- Ovide, Fastes, III, 397 — Le flamine apicatus.
- Crawford, M. H., Roman Republican Coinage, Cambridge, 1974, n° 268/1.
- Hollstein, W., « Quirinus oder flamen Quirinalis. Der Denar des N. Fabius Pictor (RRC 268) », Jahrbuch für Numismatik und Geldgeschichte 61, 2011, p. 37-54.
- Dumézil, G., La Religion romaine archaïque, Paris, Payot, 1966.
- Scheid, J., La Religion des Romains, Paris, Armand Colin, 1998.
- Vanggaard, J. H., The Flamen. A Study in the History and Sociology of Roman Religion, Copenhague, 1988.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885-1886, s.v. Fabia.
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