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Cérès · Iconographie numismatique · LesDioscures

Cérès

Déesse de l’agriculture et de la fertilité · Iconographie numismatique · République romaine

Nature Divinité olympienne
Origine Romaine · = Déméter grecque
Attributs Épis · Faucille · Corne d’abondance
Période IVe – Ier s. av. J.-C.
Fête Cerealia · 19 avril

Cérès (Ceres en latin) est la grande déesse romaine de l’agriculture, des céréales et de la fertilité, équivalente de la Déméter grecque. Fille de Saturne et d’Ops, elle est l’une des divinités les plus vénérées dans une société profondément agraire comme Rome, où la prospérité de la cité dépendait directement de l’abondance des récoltes. Son nom même est à l’origine du mot céréale, trace vivante de son emprise sur le quotidien romain.

Dans la numismatique républicaine, Cérès apparaît comme une figure à la fois nourricière et politique. Sa tête voilée et couronnée d’épis de blé orne plusieurs émissions monétaires, convoquant à la fois la fertilité des champs et la légitimité plébéienne — son temple sur l’Aventin étant un bastion du peuple romain face aux patriciens. Elle est aussi une figure tragique, marquée par l’enlèvement de Proserpine, mythe fondateur des cycles saisonniers.

Sculpture de Cérès, Ier siècle apr. J.-C., Mérida
Cérès de Mérida · Sculpture romaine, Ier siècle apr. J.-C. · Musée national d’art romain, Mérida (Espagne) · Domaine public

« Cérès la première apprit aux mortels à ouvrir la terre avec le soc courbe, la première donna les fruits et la douce nourriture… »

— Ovide, Métamorphoses, V, 341
✦ Représentations artistiques
00 Cérès dans l’art antique et moderne De l’Antiquité au XVIIe siècle

Cérès est représentée de manière récurrente dans l’art romain sous les traits d’une femme majestueuse et mûre, tenant une gerbe de blé ou une corne d’abondance, parfois accompagnée d’un serpent ou d’une torche — symboles de sa quête nocturne de Proserpine. Contrairement à l’idéal juvénile d’Apollon, Cérès incarne la maturité, la perte et la résilience maternelle.

La Cérès de Mérida (Ier siècle apr. J.-C., Musée national d’art romain d’Espagne) est l’une des plus belles sculptures conservées : assise, voilée, elle dégage une sérénité grave mêlée de douleur contenue. À la Renaissance et au Baroque, Cérès inspire de nombreux peintres — Rubens, Bruegel l’Ancien, Nicolas Poussin — qui exploitent son iconographie d’abondance et de deuil maternel.

Dans la numismatique républicaine, elle est généralement représentée de profil, tête laurée ou voilée, couronnée d’épis de blé. Ses traits sont fermes et solennels, à l’opposé des portraits idéalisés des dieux olympiens masculins.

Rubens — Cérès et deux nymphes avec une corne d'abondance
Peter Paul Rubens — Cérès et deux nymphes avec une corne d’abondance, vers 1615 · Huile sur bois · Dulwich Picture Gallery, Londres · Domaine public
Rubens et Snyders — Cérès et Pan
Peter Paul Rubens & Frans Snyders — Cérès et Pan, vers 1615–1620 · Huile sur toile · Museo del Prado, Madrid · Domaine public
✦ Attributs iconographiques
01 Les emblèmes de Cérès Monnaies · Sculptures · Mosaïques

Les attributs de Cérès reflètent ses domaines de souveraineté — la terre cultivée, l’abondance des moissons, et le deuil maternel qui préside aux cycles saisonniers. Sur les monnaies républicaines, chaque emblème est porteur d’un message symbolique précis.

🌾 Épis de blé Attribut central et identificateur absolu de Cérès. Les épis ornent sa couronne ou sa main, symbolisant la maîtrise des moissons et la nourriture des hommes.
🌿 Couronne végétale Composée d’épis, de coquelicots ou de feuilles, la couronne de Cérès la distingue immédiatement sur les deniers républicains comme déesse des cultures.
⚗️ Faucille Outil de la moisson, la faucille (falx) renvoie à Cérès comme déesse enseignant aux hommes l’art d’agriculturer et de récolter les céréales.
🏺 Corne d’abondance La cornucopia débordant de fruits et de grains illustre la générosité de Cérès et sa fonction de garante de la prospérité romaine.
🔦 Torche Allumée sur l’Etna pour chercher Proserpine dans la nuit, la torche de Cérès symbolise la quête maternelle et la veille perpétuelle de la déesse.
🐍 Serpent Animal chthonien associé à la terre et à la régénération, le serpent accompagne parfois Cérès comme gardien des profondeurs d’où la vie renaît chaque printemps.

Sur les deniers républicains, la tête de Cérès couronnée d’épis est l’un des types les plus répandus à l’avers. Elle est souvent associée au revers à des symboles agricoles — charrue, gerbe — ou à des scènes mythologiques liées à l’enlèvement de Proserpine, notamment sur les émissions des familles liées aux traditions plébéiennes.

✦ Représentations numismatiques
⚡ Cérès — déesse plébéienne et symbole de légitimité politique
Denier Memmia – Caius Memmius Denier Memmia
C. Memmius

Le temple de Cérès sur l’Aventin, consacré en 493 av. J.-C., était bien plus qu’un lieu de culte : c’était le centre civique et politique de la plèbe romaine. Les archives de la plèbe y étaient conservées, et les tribuns du peuple y exerçaient une partie de leurs fonctions.

Choisir Cérès sur une émission monétaire, c’est donc revendiquer une légitimité populaire et plébéienne. Les magistrats monnayeurs de familles plébéiennes l’utilisent comme emblème de leur ancrage dans le peuple de Rome, face à la noblesse patricienne qui se réclame de Jupiter ou de Mars.

02 Denier · Caius Memmius · Gens Memmia Vers 56 av. J.-C.
🌾 Tête de Cérès couronnée d’épis à droite
Denier Memmia – Cérès Gens Memmia
RRC 427
🏛 Légendes & description
Avers Tête de Cérès couronnée d’épis à droite Portrait solennel de la déesse, voilée et couronnée d’épis de blé — type iconographique majeur de la numismatique républicaine tardive.
Revers C·MEMMI·C·F — QUIRIN Légende du magistrat Caius Memmius, fils de Caius, associée à la figure de Quirinus ou à une scène liée aux traditions de la gens Memmia.

Ce denier de la gens Memmia illustre le lien étroit entre Cérès et les émissions de familles plébéiennes cherchant à afficher leur enracinement populaire. Caius Memmius, triumvir monétaire vers 56 av. J.-C., choisit la tête de Cérès pour rappeler les valeurs agraires et plébéiennes de sa lignée.

La couronne d’épis — attribut distinctif de la déesse — est traitée avec un soin particulier sur ce type : elle identifie immédiatement Cérès au premier regard, sans ambiguïté possible avec d’autres divinités féminines de la numismatique républicaine.

✦ Le mythe de Proserpine
03 L’enlèvement de Proserpine — mythe fondateur des saisons Héritage grec · Déméter et Perséphone

Le mythe le plus célèbre associé à Cérès est celui de l’enlèvement de Proserpine (Perséphone en grec) par Pluton, dieu des Enfers. Alors que la jeune déesse cueillait des fleurs en Sicile — sur les pentes de l’Etna selon certaines versions —, Pluton, épris d’elle, l’emporta dans son royaume souterrain.

Dévastée, Cérès parcourut le monde entier à la lueur de ses torches, négligeant la terre dans son chagrin. Les champs devinrent stériles, les récoltes périrent, une famine menaça l’humanité tout entière. Jupiter, alerté par les cris des mortels, intervint et négocia un compromis : Proserpine passerait la moitié de l’année aux Enfers avec Pluton — les mois d’automne et d’hiver — et l’autre moitié sur Terre avec sa mère, au printemps et en été.

Ce mythe est l’étiologie poétique des saisons : la stérilité hivernale s’explique par la douleur de Cérès séparée de sa fille, et le renouveau printanier par leurs retrouvailles. Il justifie également les Mystères d’Éleusis, initiations secrètes célébrées en Grèce en l’honneur de Déméter et Perséphone, auxquels de nombreux Romains de l’époque républicaine participaient.

✦ Culte, fêtes et héritage
04 Les Cerealia et le culte de l’Aventin À partir de 493 av. J.-C.

Le temple de Cérès sur l’Aventin, inauguré en 493 av. J.-C. et dédié à la triade Cérès, Liber et Libera (équivalents romains de Déméter, Dionysos et Perséphone), devient rapidement le cœur religieux et institutionnel de la plèbe. Décorées par des artistes grecs de Grande-Grèce, ses peintures et sculptures sont parmi les premières œuvres d’art public de Rome.

Les Cerealia, célébrées autour du 19 avril, sont l’une des fêtes les plus populaires du calendrier romain : processions, jeux au Cirque Maxime, offrandes de céréales et rites de purification agraire. Les Ambarvalia — processions rituelles autour des champs — complètent ce dispositif liturgique destiné à garantir de bonnes récoltes.

L’héritage de Cérès dépasse la sphère religieuse : les leges frumentariae (lois sur la distribution de blé aux citoyens) portent en creux son nom et sa symbolique. Et c’est de Ceres que provient directement le mot français céréale, héritage linguistique de sa tutelle millénaire sur les grains nourriciers.

✦ Fiches numismatiques liées

Cérès sur les deniers républicains

Divinités liées — contexte mythologique

📚Notes & Références
  • Ovide, Métamorphoses, V, 341–571 — L’enlèvement de Proserpine et la quête de Cérès.
  • Ovide, Fastes, IV, 393–620 — Les Cerealia et le mythe de Cérès.
  • Homère (pseudo), Hymne homérique à Déméter — Source grecque fondamentale du mythe de Perséphone.
  • Cicéron, De Natura Deorum, II — Cérès dans la théologie romaine.
  • Tite-Live, Ab Urbe Condita, II, 41 — Dédicace du temple de l’Aventin en 493 av. J.-C.
  • Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974.
  • Babelon, E., Description des Monnaies de la République Romaine.
  • Sear, D.R., Roman Coins and their Values, Spink, Londres.
  • Spaeth, B.S., The Roman Goddess Ceres, University of Texas Press, 1996 — étude de référence sur Cérès et son culte.
Article rédigé par Christopher Mérat
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