Temple de Vénus Erycina
De la Sicile à Rome · Mont Éryx · Astarté · Guerres Puniques · Denier Considia · RRC 424/1
Parmi les nombreuses facettes de Vénus dans le panthéon romain, celle de Vénus Erycina — Vénus du Mont Éryx — tient une place particulière. Importée de Sicile au plus fort des guerres puniques, elle incarne à la fois la puissance protectrice de l’État romain en temps de crise, les racines méditerranéennes de Rome, et le lien dynastique avec Énée fils de Vénus.
Deux temples distincts, deux populations, deux fonctions : l’histoire de Vénus Erycina est celle d’une déesse qui se dédoubla pour servir à la fois l’élite romaine et le peuple des marchands et des affranchis.
« Vénus Erycina incarne parfaitement la manière dont Rome intégrait les divinités étrangères pour renforcer son identité et sa puissance : elle est le pont entre la mythologie fondatrice d’Énée et la réalité politique de l’expansion romaine. »
— Christopher Mérat, Temple de Vénus Erycina, LesDioscures.com
Le culte de Vénus Erycina trouve sa source sur le Mont Éryx (aujourd’hui Erice), dans l’extrême ouest de la Sicile. Ce lieu abritait un sanctuaire très ancien dédié à une divinité locale de la fertilité et de la nature, vénérée sous des noms différents selon les peuples qui se succédèrent en Sicile :
La déesse du Mont Éryx fut importée à Rome lors d’une période de crise aiguë — la Deuxième Guerre Punique —, répondant à un besoin politique et religieux précis :
Le temple de la Porte Colline accueillait notamment les Veneralia (le 1er avril), fêtes dédiées aussi à Venus Verticordia — Vénus qui tourne les cœurs vers la chasteté. Cette double célébration illustre la complexité de la déesse à Rome : protectrice de l’ordre moral et tutélaire de l’amour et de la fécondité, gardienne de la vertu et déesse des passions. Deux aspects complémentaires plutôt que contradictoires, typiques de la pensée religieuse romaine.
Ce denier a longtemps été interprété comme représentant le temple de Vénus à Eryx en Sicile, bâti selon la légende par Énée. Cette identification est aujourd’hui abandonnée par les numismates au profit d’une lecture différente : le temple représenté serait celui de Vénus Erycina situé juste à l’extérieur de la Porte Colline à Rome. Dans cette lecture, les murs crénelés visibles au revers ne seraient pas le mur du sanctuaire sicilien mais bien les murs de Servius Tullius encadrant la porte nord-est de Rome — lieu chargé d’histoire où Sylla avait écrasé les derniers Marianistes en 82 av. J.-C. La légende ERVC évoquerait le nom de la déesse (Erycina), non la Sicile.
L’histoire de Vénus Erycina est inséparable de celle de la montée en puissance des grandes familles de la fin de la République :
- Tite-Live, Ab Urbe Condita, XXII, 9 — Vœu solennel fait à Vénus Erycina avant la bataille du Trasimène (217 av. J.-C.) et décision de construire le premier temple romain.
- Tite-Live, Ab Urbe Condita, XL, 34 — Construction du second temple de Vénus Erycina hors les murs, près de la Porte Colline (181 av. J.-C.).
- Ovide, Fastes, IV, 863–876 — Description des Veneralia (1er avril) et du culte de Vénus Verticordia/Erycina à Rome.
- Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, IV — Description du sanctuaire du Mont Éryx en Sicile et de son importance dans le monde méditerranéen antique.
- Schilling, R., La Religion romaine de Vénus depuis les origines jusqu’au temps d’Auguste, De Boccard, Paris, 1954 — La référence fondamentale sur Vénus dans la religion romaine, dont Vénus Erycina.
- Wiseman, T.P., Roman Drama and Roman History, University of Exeter Press, 1998 — Le culte de Vénus Erycina et ses implications politiques à la fin de la République.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 424/1 (Considia) et l’identification du temple représenté.
- Babelon, E., Description des Monnaies de la République Romaine — Gens Considia, B.1a, temple de Vénus Erycina sur les deniers républicains.
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